La France se remet à perdre des usines, même si l'emploi industriel progresse

L'industrie continue de créer des emplois en 2019 mais le solde des ouvertures et fermetures d'usines repasse dans le rouge. La France a perdu 12 usines l'an dernier après trois années d'embellie, d'après la dernière étude du cabinet Trendeo publiée ce 27 février. Cette étude - qui repose sur les investissements et les désinvestissements en France - fait aussi ressortir les faiblesses du secteur du commerce, la dynamique du numérique et la résilience des entreprises de taille intermédiaire.

L'industrie continue de créer des emplois en 2019, même si le rythme est un peu moins élevé qu'en 2017 et 2018. C'est ce qu'indique l'étude de Trendeo publié ce 27 février 2020. Le solde net des créations et suppressions d'emplois pour l'année 2019 est ainsi positif et s'établit à 51.644, tous secteurs confondus. 2019 reste l'une des trois meilleures années en termes de créations d'emplois nettes depuis 2009.
Si l'emploi industriel reste positif, en revanche, les usines repassent en négatif en 2019, selon Trendeo, qui confirme ses récentes mises en garde. La France a ainsi perdu 12 usines l'an dernier. Le solde des ouvertures et fermetures d'usines était pourtant redevenu positif depuis 2016, après une décennie dans le rouge faisant suite à la crise de 2008. "Il y a de plus en plus d'emplois industriels mais ils sont le fait d'extensions d'usines", explique à Localtis David Cousquer, créateur et gérant de Trendeo. Une tendance qui semble s'installer dans la durée. Entre 2009 (date à laquelle Trendeo a commencé son décompte) et 2019, le solde d'ouvertures et de fermetures est positif en Provence-Alpes-Côte d'Azur (10), Occitanie (9), Guadeloupe et Guyane (1). Mais le Grand Est, les Hauts-de-France et le Centre-Val de Loire sont marqués par une forte désindustrialisation, avec respectivement 121, 110 et 87 usines en moins en dix ans.

L'impact attendu des nouvelles politiques publiques

Les politiques publiques récemment mises en place pourraient-elles changer la donne ? Pour Trendeo, les deux paramètres les plus importants sont les impôts de production et les contraintes qui pèsent sur les industriels (environnement, archéologie…) quand ils souhaitent s'installer en France. "Il y a du foncier à requalifier, des zones à aménager, purgées de toute contrainte, une ingénierie fiscale à mettre en œuvre au niveau national", développe David Cousquer. Le gouvernement s'est mobilisé sur ces deux points, prévoyant d'un côté une baisse des impôts de production et de l'autre une simplification de la viabilisation des sites industriels (sites fournis clés en main avec l'aide des collectivités territoriales, future loi de simplification...), sans parler de la mise en place des Territoires d'industrie. Dresser un état des lieux des sites disponibles est un enjeu important, d'après l'expert. Celui-ci estime toutefois que l'État pourrait aussi investir sur de vastes zones, d'environ 250 hectares, capables d'accueillir de grands projets industriels tels que le projet d'usine européenne de Tesla. "Personne ne sait faire et il y a toujours des projets de ce type dans la compétition internationale", précise-t-il.

Le commerce en difficulté, le numérique en tête

L'étude de Trendeo - qui recense chaque année les investissements et désinvestissements dans le pays - ne se limite pas à l'industrie. Elle montre que la situation est également délicate dans le commerce. Le secteur reste en positif en 2019 mais le solde net des emplois créés et supprimés a été divisé par six depuis 2009. Pour la première fois depuis 2009, les points de vente (commerce de proximité, moyennes, grandes et très grandes surfaces) ont supprimé plus d'emplois qu'ils n'en ont créé (18.444 emplois en 2009 à -1.719 en 2019). A l'inverse, les emplois dans les activités logistiques progressent, de 1.861 en 2009 à 3.865 en 2019. "Les activités logistiques se développent mais créent moins d'emplois", souligne David Cousquer.

C'est du côté du numérique, isolé pour la première fois dans l'étude de Trendeo, que les nouvelles sont les meilleures. Il représente le premier secteur en créations d'emplois en 2019. "Il s'agit de sites pour lesquels le numérique, le code, est le cœur de la valeur ajoutée. L'activité numérique ainsi définie, avec 17.344 emplois nets en 2019, s'impose comme la première devant les autres services et la production industrielle", précise l'étude.

Trendeo met enfin en avant la résilience des entreprises de taille intermédiaire, plus dynamiques que les grandes entreprises dans les périodes de reprise et moins fragiles que les PME pour ce qui est des suppressions d'emplois. Sur la période 2009-2019, ces ETI ont été de loin les plus créatrices d'emplois avec un solde de plus de 200.000 emplois.

 

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