L'aéronautique, secteur "le plus touché" par la crise

15.660 emplois industriels ont été supprimés dont 10.616 dans l'aéronautique pendant les six mois de crise, selon les dernières données de Trendeo publiées ce lundi 5 octobre. La Haute-Garonne est le département le plus touché. Avec respectivement 6.300 et 5.200 emplois détruits, l'automobile et le commerce payent également un lourd tribut.

Les dispositifs anti-crise mis en place par l’État, notamment l’activité partielle de longue durée, n’y auront pas suffi : en quelques mois, l’industrie aéronautique a vu les créations d’emplois enregistrées depuis la crise de 2008 réduits à néant. Sur les 11.575 emplois créés en dix ans (2009-2019), 10.616 ont été détruits en l’espace d’un semestre (mi-mars à mi-septembre), selon les dernières données de Trendeo qui enregistre, à partir des données diffusées dans la presse, les investissements et désinvestissements (créations et fermetures d’usines) et les créations ou destructions d’emplois.

De tous les secteurs économiques, "c’est l’activité industrielle qui a le plus souffert en 2020" avec 15.660 emplois supprimés en six mois sur un total de 19.183. Le solde net est de 18 usines fermées sur les six mois de crise, soit d’ores et déjà 8 de plus qu’en 2019. Toutefois, nuance Trendeo, la situation bien que dégradée reste "assez éloignée de celle de 2009, où près de 125 sites industriels avaient été perdus". À noter que la situation du commerce n'est pas plus enviable avec 5.200 emplois supprimés dans les points de vente, après une année 2019 déjà dans le rouge (déjà près de 5.000 emplois supprimés).

Choc brutal en Haute-Garonne

Conséquence implacable de l’interruption du trafic aérien, "l’aéronautique est incontestablement le secteur le plus touché, avec le transport aérien, car l’impact du Covid sur le trafic est annoncé partout comme devant durer au-delà de 2021". Avec respectivement 7.700 et 5.600 emplois supprimés entre le 17 mars et le 17 septembre, Air France et Airbus sont les deux groupes qui payent le plus lourd tribut, masquant les destructions en cascades chez les sous-traitants. Trendeo produit une carte géographique qui montre "la brutalité du choc pour la Haute-Garonne, zone habituellement très dynamique". Toulouse n’est cependant pas le seul site impacté, les destructions touchent toutes les villes aéronautiques françaises. À l'inverse, le Grand Est "est relativement épargné, 'bénéficiant' notamment de l’absence de sites aéronautiques".

Les craintes exprimées par le ministre de l’Économie dès le mois de mars se sont donc confirmées, d’où l’importance de faire démarrer au plus vite les mesures du plan de relance aéronautique, telles que le fonds de soutien à l’investissement au profit de toute la chaîne de sous-traitance (voir encadré).

Avec 6.308 emplois supprimés (dont 4.600 chez Renault, 2.000 chez l’équipementier Valeo), l’automobile n'est guère mieux lotie, mais elle est sur la tendance observée chaque année depuis 2009. Seul le japonais Toyota reste dans le vert, comme toutes les années depuis 2011. Devant la commission des finances, la semaine dernière, le ministre de l’Économie se félicitait d’un nombre de vente record parmi les pays européens sur deux mois, notamment grâce aux 200.000 primes à la conversion mises en place début juin. Mais le stock ayant été épuisé fin juillet, le secteur pourrait connaître un contrecoup, les immatriculations ont chuté de 2,97% en septembre par rapport à la même période l’an passé, selon les chiffres du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA).

Effet timide des relocalisations

Malgré les vibrants discours sur la "souveraineté sanitaire", les résultats tardent à venir dans l’industrie pharmaceutique, qui perd 718 emplois. Et pourtant, la note de Trendeo montre un infléchissement puisque pour la première fois de 2009, tous secteurs confondus, les relocalisations ont dépassé les délocalisations en nombre d’emplois. Elles sont passées à 2,1% des emplois créés en 2020 contre une moyenne annuelle de 0,4% ces dernières années. Seulement le cabinet se demande si cette tendance ne restera pas ponctuelle car elle reste gonflée par la décision de la banque américaine JP Morgan de renforcer sa présence en région parisienne du fait du Brexit, ou encore par la confection de masques pour faire aux contraintes actuelles.

Aéronautique/Automobile : treize nouvelles PME aidées à se moderniser

Treize nouvelles PME ont été sélectionnées pour bénéficier des fonds de soutien à l'investissement dans les filières aéronautique et automobile, pour un total de près de 9 millions d'euros, a annoncé le ministère de l'Économie, lundi 5 octobre.
Les projets de huit nouvelles entreprises du secteur aéronautique et cinq du secteur automobile ont été retenues pour bénéficier des fonds de modernisation annoncés fin mai et début juin, dotés d'un total de 300 millions d'euros sur trois ans, selon un communiqué.
Les montants alloués pour chaque filière sont de 5,7 millions d'euros pour l'aéronautique et de 3,1 millions pour l'automobile pour ce deuxième contingent de lauréats. Vingt-quatre entreprises avaient été retenues lors d'une première sélection.
Près de Toulouse, la PME Atmosphere va notamment se diversifier en étendant ses solutions de connectivité pour systèmes autonomes, pensées pour l'aéronautique, aux systèmes maritimes et terrestres. Syntony, qui a développé un système de localisation de haute précision pour l'aérien, va l'adapter aux souterrains avec des applications ferroviaires, routières ou minières.
Du côté de l'automobile, ARO Welding (Pays de la Loire) va moderniser son outil de fabrication d'une pince à souder robotique. Prosyst (Hauts-de-France) va développer ses solutions industrielles pour les ateliers d'assemblage de batteries.
Plus de 1.000 dossiers ont été déjà déposés pour cet appel à projets ouvert jusqu'au 17 novembre.
Le gouvernement veut "donner de la confiance aux entreprises pour qu'elles se sentent soutenues et qu'elles se disent qu'il faut continuer à investir en dépit de la crise", avait déclaré mi-septembre la ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, car l'investissement est "un levier de la reprise".
Le plan de relance consacre 35 milliards d'euros au volet industriel sur une enveloppe globale de 100 milliards d'euros.
AFP

 

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