Sport/Santé - Activité physique des seniors : une idée en marche

Mettre les seniors en action, l'idée n'est pas nouvelle. Dans son rapport remis le 14 janvier à Valérie Fourneyron, ministre des Sports, et à Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie, le groupe de travail "Dispositif des activités physiques et sportives en direction des âgés" le rappelle. Le dernier rapport sur la question – "Anticiper pour une autonomie préservée : un enjeu de société" – a été remis le 11 mars 2013 au Premier ministre (lire ci-contre notre article du 11 mars 2013). Mais ses conclusions manquaient de portée pratique. Et c'est précisément pour combler ce manque que le groupe "Dispositif des activités physiques et sportives en direction des âgés" a été mis en place en juillet dernier. Très concrètement, il avait pour objectif d'alimenter le volet prévention du projet de loi d'adaptation de la société au vieillissement et de proposer des cahiers des charges pour la mise en oeuvre d'une offre sportive adaptée, au travers de parcours d'accompagnement en faveur de la pratique des activités physiques et sportives (APS) pour un public de seniors (50 ans et plus).
Par souci de pragmatisme et d'efficacité, le groupe de travail reprend la distinction entre trois catégories de seniors : les seniors sans problèmes de santé identifiés, les seniors à risques identifiés (fragiles ou fragilisés), et les seniors dépendants. Ses recommandations prioritaires portent sur trois mots-clés déjà évoqués par Valérie Fourneyron à Strasbourg, en septembre 2013, lors du congrès européen de médecine du sport : information, accueil et prise en charge.

Une offre d'activités trop hétérogène

Informé, le public doit l'être à deux niveaux. D'abord à propos de l'intérêt de lutter contre la sédentarité et de pratiquer des APS. "Et cela très tôt, dans le cadre d'une modification du comportement de l'individu de l'enfance aux âges extrêmes de la vie", écrivent les rapporteurs. Ceci implique une formation et une sensibilisation au sport-santé de l'ensemble des enseignants et des acteurs du monde du travail : professionnels de l'éducation, de la santé et du sport, intervenants de services à la personne, collectivités locales, etc.
Ensuite, l'information doit porter sur l'offre des APS pour les seniors. "Elle est actuellement très importante en France mais pas toujours connue, parfois mal ciblée, et très inégale en fonction des territoires et des populations", précise le rapport, avant d'ajouter : "En pratique, cette offre sportive repose sur des actions du monde associatif, qu'il soit de la santé ou plus souvent du sport mais aussi du secteur commercial. Les structures associatives ou commerciales sont parfois sollicitées par des institutions publiques, les agences régionales de santé (ARS) ou les collectivités territoriales, pour mettre en place des actions. Là encore se pose le problème de l'extrême hétérogénéité de la provenance des acteurs, de leurs compétences et du financement des actions." Et les rapporteurs de citer l'exemple des structures d'accueil des personnes âgées en établissement, au sein desquelles les APS sont totalement fonction du projet d'établissement.

Faire le lien avec les équipements publics

Le besoin d'accueil devrait pour sa part conduire à orienter le public en fonction des différentes classes d'âges concernées et des caractéristiques des groupes de populations. Surtout, l'offre devra "être basée sur des preuves scientifiques, et non sur l'empirisme et/ou sur une simple adaptation de celle faite aux personnes plus jeunes, en tenant compte non seulement des modifications physiologiques, mais aussi, et peut être même surtout, des modifications cognitives, psychologiques et sociales". Pour cela, tous les intervenants devront recevoir une formation comportant un socle commun de connaissances. Cette harmonisation de la formation devant entraîner l'harmonisation des actions. "Si l'on prend l'exemple caricatural de la prévention des chutes, les financeurs ont tendance à proposer des programmes une fois par semaine pour diminuer les coûts. Cette fréquence n'a pas démontré d'efficacité", illustrent les rapporteurs. Pour eux, l'harmonisation des formations et des actions doit donc reposer sur des travaux de recherche concernant une meilleure connaissance des phénomènes du vieillissement et sur l'évaluation de protocoles définis en fonction des caractéristiques des groupes, afin de déterminer des bonnes pratiques basées sur des données scientifiques adaptées aux réalités du terrain.
Enfin, une meilleure prise en charge passe par la personnalisation, à travers des tests de condition et d'aptitudes, et par l'accès aux équipements publics. A cet égard, le rapport recommande aux DRJSCS (directions régionales jeunesse, sport et cohésion sociale) et aux ARS de "faire le lien, via des conventions ou chartes avec les collectivités territoriales en charge des équipements". Les fédérations et clubs pouvant en outre participer à l'animation d'APS pour les seniors au sein des équipements publics par la mise en place d'actions éligibles aux subventions du CNDS (Centre national pour le développement du sport). Parmi les autres pistes concrètes, le rapport évoque "une véritable prescription médicale" réalisée par des médecins formés, ainsi qu'un encadrement reposant sur "un vrai parcours d'accompagnement évolutif" intégré au sein des structures d'hébergement des personnes âgées (EHPAD).
Ces préconisations alimenteront la réflexion dans le cadre de la préparation des projets de loi sur l'autonomie et l'adaptation de la société au vieillissement porté par Michèle Delaunay, et sur la modernisation du sport porté par Valérie Fourneyron. Par ailleurs, le groupe de travail sera pérennisé au sein du pôle ressources national Sport Santé Bien-être, créé en mai 2013 au sein du ministère des Sports.
 

 

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