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Cœurs de ville : n'oubliez pas l'enseignement supérieur !

Publié le
par
Valérie Liquet pour Localtis
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Jeunesse, éducation et formation

Le programme gouvernemental Action cœur de ville ne prévoit pas de volet spécifique enseignement supérieur et recherche (ESR). Ce n’est pas une raison pour ne pas l’intégrer dans une vision globale de redynamisation des centres-villes. D’autant que sur les 222 communes sélectionnées "Cœur de ville", 218 disposent d’au moins une formation post-bac. 

"Quel rôle pour l'enseignement supérieur dans le programme Action cœur de Ville ?" La question aurait sans doute mérité d’être posée en amont. Pour rattraper cet oubli, le Réseau des associations pour l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), constitué de quatre associations de collectivités locales (Assemblée des communautés de France, France urbaine, Villes de France, Association des villes universitaires de France) et de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau), publie une étude autour de cette question, en partenariat avec la Conférence des présidents d’universités et avec le soutien de la Banque des Territoires.

L’étude tend à démontrer que "l’enseignement supérieur est un levier puissant de redynamisation des villes moyennes". Cela pour trois raisons : efficacité de la dépense publique, démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et aménagement du territoire.

En premier lieu, les pôles d’enseignement supérieur de proximité (PESP) permettent à de nombreux jeunes de familles modestes d’accéder à des formations post-bac (voir notre article ci-dessous du 9 janvier 2019). Pour preuve, les formations les plus représentées dans les PESP sont celles qui attirent le plus de boursiers. Cela vaut aussi pour l’accueil d’étrangers venant de familles de classes moyennes de pays émergents, qui peuvent trouver dans ces villes un prix du logement (et un coût de la vie en général) inférieur à celui de métropoles. De plus, les taux de réussite aux examens sont plus élevés dans les PESP que dans les grands centres métropolitains, "ce qui constitue une forme d’efficience pour l’usage des ressources publiques", souligne l’étude.

Quant aux effets induits sur les territoires, ils sont multiples et déjà largement décrits (voir notre article du 19 septembre 2017) : un dynamisme démographique, social et économique, une animation urbaine, élément d’identité, clé de compétitivité et d’attractivité pour le territoire…

Intégrer l’ESR dans les axes des conventions Cœur de ville

Les auteurs de l’étude regrettent que "l’ESR ne soit pas désigné comme un axe thématique à prendre en compte dans la convention-cadre et que ses acteurs ne soient pas intégrés, de manière obligatoire, à la gouvernance du programme", mais ne s’attardent pas. L’idée est de tracer des pistes pour rattraper le coup parti.  

Sur les 222 villes ACV, 218 proposent des formations post-bac*, dont 15 sont un siège d’université et 109 sont des sites secondaires d’université.

Dès lors, même s’il n’y a pas eu d’obligation à intégrer l’enseignement supérieur et la recherche dans leurs opérations de revitalisation, les auteurs de l’étude observent que des villes ACV ont délibérément choisi de s’approprier cet enjeu en l’insérant dans l’un des cinq axes thématiques obligatoires (habitat, développement économique et commercial, mobilité et accessibilité, espace public, équipements) ou en y consacrant une section dédiée.

Certaines ont par exemple, dans le volet habitat, prévu des logements pour les étudiants et/ou pour les personnels des établissements d’ESR. L’étude conseille d’ailleurs de consacrer une partie des financements destinés à rendre l’habitat attractif au logement étudiant. Elle souligne que la construction d’une offre de logements en centre-ville peut permettre de revaloriser un bâti souvent ancien et abîmé dans des quartiers parfois paupérisés. De plus, les cycles de présence des étudiants "obligent à innover dans les modes d’occupation des logements", offrant des perspectives en termes de mixité sociale ou générationnelle.

L’ESR peut aussi être mobilisé dans la transition énergétique, en développant des prototypes innovants en matière de développement durable.

Ancrer les étudiants dans le territoire

L’axe relatif au développement économique est plus évident. D’abord, parce que les laboratoires de recherche permettent de travailler sur des thématiques liées à l’économie du territoire et, ainsi, d’inscrire celui-ci dans les dynamiques de l’économie, de la connaissance et de l’innovation. Ensuite, grâce aux compétences et aux savoir-faire locaux, des pôles de compétences peuvent être créés dans les villes ACV. "L’enjeu consiste à ancrer les étudiants dans le territoire", souligne également l’étude.

Au chapitre de la mobilité, les liaisons entre campus et centre-ville ne devraient pas être oubliées, et il faudrait penser les transports nocturnes. Sans oublier que dans ces villes, les étudiants comme les autres habitants font la plupart de leur déplacements en voiture, d’autant plus s’ils habitent chez leurs parents en périphérie.

S’agissant de l’axe de la mise en valeur du patrimoine local, l’étude rappelle qu’une partie des villes ACV, anciens bastions industriels ou villes de garnison, disposent de friches issues de cette période plus glorieuse. Celles-ci pourraient être reconverties pour y installer des unités d’ESR. L’étude présente ainsi l’exemple du campus de Roanne implanté dans une ancienne caserne militaire.

Associer les acteurs de l’ESR aux concertations

Développer l’ESR dans ces villes peut contribuer à "mettre en place un écosystème local regroupant les collectivités territoriales, les acteurs de l’ESR et le tissu économique local, afin de travailler collectivement". Les associations du "bloc local-ESR" proposent d’ailleurs que les responsables décisionnaires des établissements d’enseignement supérieur d’un territoire donné (antennes universitaires, écoles…) soient systématiquement associés aux concertations et aux réflexions organisées dans le cadre de la finalisation des contrats "Action cœur de ville".

A noter que, d’ores et déjà, des villes impliquent des équipes de recherche et/ou des étudiants dans les travaux d’analyse et/ou de prospective pour définir le programme d’actions sur leur site. Par exemple, l’université du Havre est associée à la mise en œuvre du programme ACV de Fécamp pour conduire les évaluations intermédiaires et finales du programme.

16% des étudiants nationaux

Les aires urbaines des 218 villes ACV concernées par l’enseignement supérieur accueillent, selon les chiffres recueillis par les auteurs de l’étude, près de 410.000 étudiants, soit 16% des étudiants nationaux.

Cela représente une moyenne de 2.000 étudiants par ville. Mais cette moyenne ne veut pas dire grand-chose tant les situations sont contrastées : 43% des villes ACV accueillent moins de 500 étudiants et 36% en accueillent entre 500 et 2.000. 22% ont plus de 2.000 étudiants et 10% seulement plus de 5.000. Cela dépend de l’importance du pôle d’enseignement supérieur de proximité (PESP). L’étude distingue quatre catégories de PESP. Il y a d’abord les villes universitaires moyennes, comme Limoges, Pau ou Besançon, qui ont leur propre université. Viennent ensuite les villes comme Valence, Tarbes ou Angoulême qui peuvent se prévaloir d’avoir des "sites émergents multi-filières" proposant un panel de plusieurs catégories de formation. Puis on trouve, dans des villes comme Moulins, Saint-Malo ou encore Châtellerault, des "sites émergents technologiques" disposant d’au moins un IUT.
Viennent enfin les petits sites n’ayant pas d’IUT ni d’antennes universitaires, et proposant surtout des formations de techniciens supérieurs (BTS) et paramédicales, comme à Bourgoin-Jallieu, Cahors, Bergerac. D'une manière générale, les formations de techniciens supérieurs et les écoles paramédicales et sociales sont deux fois plus présentes dans les villes ACV que dans le reste du territoire.

En moyenne, les étudiants des villes ACV représentent 5,1% de la population de la ville-centre. Mais 17 villes ont une part d’étudiants comprise entre 10% et 15% de leur population : Pointe-à-Pitre – Les Abymes, Lorient, Avignon, Vannes, Béthune, Albi, Chambéry, Tarbes, Valenciennes, Limoges, Compiègne, Troyes, Pau, Besançon, Évry, Poitiers et Arras. Cinq ont une part d'étudiants qui dépasse de 15% leur population : Pau, Besançon, Évry, Poitiers et Arras.

Besançon et Poitiers sont les seules à avoir une proportion d’étudiants dépassant les 10% de leur population intercommunale.

 

*Les quatre villes ACV qui n’en proposent pas sont : Rumilly, Agde, Tarascon et Vallauris.

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