Valérie Liquet et Michel Tendil / Localtis

Les universités devraient bientôt raccrocher le train "Cœur de ville"

Jeunesse, éducation et formation

Cohésion des territoires

Plusieurs associations d'élus locaux remettront courant mars un rapport au préfet coordonnateur du plan Action coeur de ville sur la manière d'associer les universités à la revitalisation des villes moyennes. De son côté, le Cnam annonce le déploiement en trois ans d'une centaine de centres de formation relais dans les villes moyennes.

Au mois de mai, Melun (Seine-et-Marne) accueillera une toute nouvelle fac de médecine, située dans le quartier de la gare. Cette première année commune aux études de médecine (Paces) est une antenne de l’université Paris-Est Créteil (Upec). Une aubaine pour cette ville de 40.000 habitants qui fait partie du plan Action cœur de ville pour la revitalisation de son centre. Depuis trente ans, Melun accueille déjà une antenne de la prestigieuse université de droit Assas. Mais curieusement, ce plan gouvernemental qui voit la revitalisation comme une action d’ensemble (logement, commerce, transports…) avait fait l’impasse sur l’enseignement supérieur. "Les universités sont un élément très important de l’attractivité des villes moyennes, il faudra qu’on travaille là-dessus", reconnaissait le préfet coordonnateur du plan Rollon Mouchel-Blaisot, le 11 décembre, interrogé en marge des Rencontres Coeur de ville, organisées par la Banque des Territoires, à Poitiers. Les étudiants, l'enseignement supérieur et la recherche ont un rôle à jouer dans la redynamisation de villes moyennes, estimait-il. Constatant cet oubli, plusieurs associations* s’étaient saisies du sujet et remettront un rapport au coordonnateur courant mars. La première partie du rapport se penchera sur les initiatives déjà existantes. Plusieurs thèmes seront abordés : le rôle de la vie étudiante dans la vitalité du centre-ville ; le logement étudiant ; les mobilités ; le développement économique (l'adéquation entre les formations et les besoins des employeurs locaux, le lien entre la recherche et l'innovation des entreprises…) ; l'accès aux services publics (culture, sport, accès aux droits…) et le partage des équipements (l'ouverture du campus sur la ville). La seconde partie sera réservée aux préconisations.

Fracture territoriale

Cette réflexion est menée dans un contexte de concurrence croissante des établissements d'enseignement supérieur à l'échelle nationale et internationale. "Cette concurrence se joue en termes d'image, de réputation scientifique, de qualité des formations, mais aussi sur l'attractivité des services et de la qualité de la vie étudiante", estime Vincent Hoffmann-Martinot, président de la Comue d'Aquitaine et membre de la Conférence des présidents d'université. Selon lui, il y a là "une chance à saisir pour les acteurs territoriaux".
La réflexion agite aussi le ministère de l’Enseignement supérieur. "La fracture territoriale traverse aussi l’enseignement supérieur, avec des jeunes et des familles qui ont le sentiment d’être assignés à résidence parce qu’ils habitent à 2 heures de route de l’université la plus proche", a déploré Frédérique Vidal, le 22 janvier, lors de ses vœux à la communauté de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Que"l’université soit présente partout sur notre territoire, en tirant pleinement parti des technologies numériques", a clamé Frédérique Vidal qui devrait faire des annonces d’ici peu. Un ton qui tranche avec le discours entendu depuis des années. Il y a un an, Frédérique Vidal déclarait vouloir "soutenir l’émergence d’une quinzaine de pôles universitaires de rayonnement international". Une course à l'échalote qui vise à figurer dans le fameux classement de Shanghai en dehors duquel, point de salut. Mais l’université française ne se résume pas à ces quelques pôles de "rang mondial" labellisés Idex ou I-Site. Elle compte une centaine de sites sur le territoire, accueillant entre 300 et 15.000 étudiants, à Caen, Limoges, Poitiers, Chambéry ou Besançon, qui sont autant d’atouts pour le tissu économique local. Or aujourd'hui, 60% des bacheliers changent de zone d'emploi quand ils deviennent étudiants, parce qu'ils ne trouvent pas la formation désirée, selon une étude de l'Insee. Associer les universités à la revitalisation des centres revêt un autre enjeu : les sites de ces universités ont le plus souvent été installés en périphérie, après 68, par crainte des mouvements étudiants ou par commodité. De nombreuses villes font aujourd’hui le choix inverse, à l’instar de Perpignan où la municipalité et l’université ont travaillé ensemble au "rapatriement" dans le centre des quelque 1.300 étudiants en droit.

"Une des réponses à la dévitalisation des territoires"

Le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), lui, a pris les devants et a profité de ses vœux, la semaine dernière, pour annoncer le lancement de son projet "cœur de territoires". L’objectif est d’ouvrir une centaine de centres de formation relais au cours des trois prochaines années dans les villes moyennes et d'apporter une "réponse de proximité" aux besoins des individus et des bassins d’emploi. "La question des compétences est une des réponses à la dévitalisation des territoires", a précisé à l’agence AEF info l’administrateur général du Cnam, Olivier Faron. Cette nouvelle offre de proximité vise à répondre aux besoins du tissus économique local et à profiter des effets escomptés de la réforme du CPF (compte personnel de formation) désormais monétisé. Le Cnam entend ainsi répondre à sa mission de service public visant à "faciliter l’accès à l’enseignement supérieur du plus grand nombre". Ces nouveaux centres relais pourraient bénéficier de financement du plan Action cœur de ville.

*Avuf (Association des villes universitaires de France), France urbaine, Fnau  (Fédération nationale des agences d'urbanisme), ADCF (Assemblée des communautés de France), Villes de France.
 

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