Comment, face à des risques multiples, assurer la résilience des infrastructures numériques ?

Pour sensibiliser à la prise en compte du caractère essentiel des infrastructures numériques et mobiliser l’écosystème afin de rendre celles-ci résilientes, InfraNum, en partenariat avec la Banque des Territoires, publie une étude qui fait un état des lieux des risques et pistes d’action possibles, le but étant "le maintien du service en toutes circonstances".

Résilience : "capacité de résister aux conséquences d’une crise ou d’une agression et de retrouver le plus rapidement possible un fonctionnement normal, même si celui-ci est différent du fonctionnement précédent". C'est par la définition de ce terme central dans son étude qu'InfraNum relance le débat et remet au goût du jour ses propositions figurant dans l'"appel de Deauville", lancé en mars 2022 (voir notre article du 15 mars 2022). Publiée en partenariat avec la Banque des Territoires, mercredi 22 juin 2022, l'étude a vocation à "sensibiliser à la prise en compte du caractère essentiel des infrastructures numériques et mobiliser l’écosystème afin de rendre celles-ci résilientes". Plus concrètement, elle entend "faire un état des lieux sur les risques et pistes d’action possibles".

"Un vrai défi pour la filière et les pouvoirs publics"

Partant du principe que dans les prochaines années, la transformation numérique des territoires va se poursuivre avec "le déploiement de la 5G, l'essor de l’IoT, de la dématérialisation de certains services publics, le développement [...] de la télémédecine", l'étude questionne "la permanence des réseaux, et leur capacité à surmonter les différents aléas". "Un vrai défi pour la filière et les pouvoirs publics qu’il ne faut pas repousser car la question n’est pas de savoir si un événement majeur risque d’arriver mais quand", explique Philippe Le Grand, président d’InfraNum lors de la conférence de presse du 22 juin.

Au titre des risques, l'étude en recense plusieurs et cite d'abord le risque climatique, citant la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes dont les dégâts sont estimés à plus d’un milliard d’euros. Elle identifie également le "contexte international, marqué par la pandémie et la résurgence des conflits armés sur le sol européen" ainsi que "de nombreux cas de vandalisme, d’atteintes coordonnées physiques ou cyber". Elle rappelle enfin que "le contexte actuel de transition progressive d’un réseau historique exploité par un acteur unique vers de multiples acteurs locaux, relevant de régimes différents" implique "une coordination étroite entre tous les acteurs publics et privés".

Pour toutes ces raisons, la fédération d'industriels a lancé cette étude qualitative basée sur la méthode Ebios 2010 qui consiste en une série de scénarios de menace et d'appréciation du risque de chacun en fonction de sa gravité et de sa vraisemblance. Cinq ont été identifiés en face desquels des préconisations ont été émises.

Développer la vidéoprotection en lien avec les collectivités locales

Les actes de malveillance et les incidents "qui concernent tant les infrastructures fixes que mobiles, sont de plus en plus fréquents" et sont le fait de section de câbles, incendie, destruction d’armoires, etc.", constate l'étude. "Les accidents restent la principale cause d'interruption de service", "sans compter que les systèmes d’information pourraient être la cible d’une cyberattaque aux impacts forts". Face à ces risques identifiés, les auteurs préconisent notamment de "redonder les infrastructures sensibles et renforcer la sécurité des sites très sensibles" tels que les datacenters, les "portes de sortie des plaques réseau" et de "renforcer la sécurité des infrastructures, notamment en développant la vidéoprotection en lien avec les collectivités locales".

Deuxième risque cité dans l'étude, la fragilité des infrastructures aériennes. Elle rappelle qu'une "partie importante des réseaux FttH s’appuie sur des supports aériens et plus de 500.000 km de linéaire, en particulier dans les zones rurales". "Ces segments de réseau sont particulièrement exposés aux intempéries" mais également confrontés à "l'obsolescence de parts significatives du génie civil aérien". Fort de ces constats, l'enfouissement des réseaux est l'une des principales solutions suggérées. L'opération est évaluée à 10 milliards d'euros (1).

Labellisation des entreprises et des intervenants

L'étude s'attache ensuite à examiner les non-conformités et les malfaçons. "Des cas de non-conformité par rapport aux standards lors de la construction sont observés […] mais surtout les problématiques [...] en matière de raccordements amplifient les risques identifiés". Et de citer la "multitude d’intervenants, la dégradation prématurée des équipements, décalage entre le risque identifié et le référentiel réseau et la réalité". InfraNum suggère plusieurs mesures dont la labellisation des entreprises et des intervenants, le partage des plannings d’intervention entre opérateurs commerciaux et opérateurs d’infrastructures, le fait de "faire du compte-rendu d’intervention la clef de voûte du dispositif de validation de la qualité du raccordement" et de "renforcer et homogénéiser les moyens de contrôle à l’aide de l’IA", entre autres.

L'intervention sur des réseaux en exploitation "génère mécaniquement un taux d’accidentologie plus important", observent les auteurs qui identifient "le décommissionnement du cuivre" comme étant "le risque le plus important sur les infrastructures optiques". Ils préconisent de "poursuivre et amplifier la concertation entre l’ensemble des acteurs concernés par les interventions sur les réseaux en exploitation, en particulier dans le cadre de la fin du réseau cuivre".

Appel à un "Grenelle de la résilience et de la souveraineté des infrastructures numériques"

Enfin, cinquième point examiné, la capacité à faire face aux crises. "Face à une organisation de l’État central et déconcentré méconnue par un certain nombre d’acteurs et à une nécessaire meilleure coordination entre toutes les composantes de la filière et des réseaux publics et privés, locaux et nationaux", InfraNum réitère son appel à un "Grenelle de la résilience et de la souveraineté des infrastructures numériques". Ce dernier aspect a été largement commenté lors de la table-ronde qui a suivi. "Les opérateurs d’infrastructures sont en première ligne, or jusqu’à présent, lors de crises, ils ne sont pas consultés. Et de multiples acteurs interviennent sur le réseau. Il y a un vrai besoin de coordination, avec une filière bien organisée et justement rémunérée", a plaidé Éric Jammaron, vice-président d’InfraNum et président d’Axione, lors de la table ronde qui a suivi la conférence de presse. 

La question du financement s’est d'ailleurs invitée tout au long des échanges. "Si de nombreuses mesures n’appellent pas nécessairement à un investissement, tous les acteurs semblent conscients qu’en face d’un problème collectif, il faudra partager les responsabilités", souligne le communiqué d'InfraNum. Le directeur du département en charge de la transition numérique des territoires de la Banque des Territoires, Antoine Darodes, a assuré quant à lui que "face au besoin d’investissement que certaines mesures vont générer, la Banque des Territoires répondra présente si tant est que les notions de solidarité territoriale et de long terme prévalent dans ces projets".

(1) Source : Observatoire du Très Haut Débit 2022, InfraNum - Évaluation du montant nécessaire pour enfouir environ 50% du génie civil aérien.

 

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