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De bons résultats pour l'extension des horaires des bibliothèques

Quatre ans après la mise en place de l'accompagnement financier de l'État en faveur des projets d'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques, l'objectif de 400 bibliothèques est en passe d'être atteint. Un rapport sénatorial s'inquiète cependant de la pérennité de ces extensions horaires, l'aide de l'État étant prévue pour 5 ans seulement.

Le Sénat rend public le rapport d'information de sa commission de la culture, de l'éducation et de la communication, intitulé "L'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques publiques : une politique d'inclusion culturelle, sociale et territoriale à conforter". Présenté par Colette Mélot, sénatrice (Les Indépendants-République et Territoires) de Seine-et-Marne, et Sylvie Robert, sénatrice (PS) d'Ille-et-Vilaine, le rapport dresse un premier bilan, quatre ans après la mise en place d'un dispositif d'accompagnement financier de l'État en faveur des projets d'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques et deux ans après le lancement du plan "Bibliothèques", consécutif au rapport d'Erik Orsenna (voir notre article du 27 septembre 2018).

L'objectif de 400 bibliothèques engagées est en bonne voie

Déjà en février dernier, lors de l'audition par la commission d'Erik Orsenna et de Noël Corbin, il apparaissait que la mise en œuvre du plan était en bonne voie (voir notre article ci-dessous du 24 février 2020). Le rapport confirme cette impression. Pour le Sénat, le diagnostic "est très clair : oui, les bibliothèques ouvrent plus longtemps depuis 2016, et surtout depuis 2018". Le dispositif d'accompagnement financier mis en place par l'État bénéficie aujourd'hui à 343 projets d'extension des horaires d'ouverture. Compte tenu de l'existence de bibliothèques intercommunales, ceux-ci couvrent 643 communes, 747 bibliothèques et 9,1 millions d'habitants. Le rapport en déduit que l'objectif initial du ministère de la Culture de 400 projets accompagnés "devrait prochainement être atteint". L'augmentation de l'amplitude est, par ailleurs, très loin d'être négligeable, puisqu'elle représente en moyenne 8h30 par semaine, soit l'équivalent d'une journée.

Ce bon bilan quantitatif se double d'un succès qualitatif. En effet, le rapport souligne diverses avancées en matière culturelle, sociale et territoriale. Parmi les conséquences ainsi mises en avant : une amélioration du service offert aux usagers, une hausse de la fréquentation concomitante à une diversification des publics, une réorganisation des missions au sein des bibliothèques, en les recentrant sur l'accueil et l'accompagnement des publics, ou encore un "effet positif sur l'emploi de personnels, majoritairement titulaires".

Poursuivre la dynamique et préparer l'atterrissage

Face à cette réussite, le rapport relève néanmoins quelques points d'attention, voire des sujets d'inquiétude. La principale inquiétude concerne l'atterrissage du dispositif. Il s'agit en effet d'une aide financière à l'amorçage des projets, limitée à cinq années. Dès lors, les premiers financements pourraient s'éteindre dès 2021, pour les projets engagés et financés en 2016. Or, selon le rapport, "force est de constater qu'à ce jour, aucune réponse n'a été apportée, ni aucune période de transition préparée". Lors des auditions, des craintes se sont également exprimées sur un éventuel désengagement de certaines collectivités face aux "règles limitantes" du pacte de Cahors (même si celles-ci sont devenues des plus aléatoires avec la crise sanitaire).

Les deux rapporteures formulent donc plusieurs recommandations pour "préserver voire amplifier la dynamique en cours". Il s'agit en premier lieu de garantir la pérennité des projets en cours au-delà des cinq ans initiaux, "en préparant, dès à présent, la période de transition vers d'autres relais de financement". De même, le rapport propose d'abonder suffisamment le dispositif de soutien jusqu'en 2022, afin de garantir aux nouveaux projets le bénéfice de l'aide à l'amorçage.

Mais le rapport suggère aussi d'améliorer l'accompagnement en ingénierie des collectivités les moins bien dotées, pour réduire les disparités territoriales, et de renforcer la formation initiale et continue des professionnels, notamment dans le cadre des prochaines "Assises de la formation en bibliothèque territoriale". Autre piste : encourager la coopération entre les bibliothèques territoriales et les bibliothèques universitaires, en incitant le ministère de la Culture et celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche à mener une réflexion commune sur le sujet. Enfin, le rapport préconise de "sécuriser juridiquement la compétence lecture publique des départements, en affirmant dans la loi le caractère obligatoire du rôle des départements sur les bibliothèques départementales de prêt". Une suggestion qui pourrait bien donner lieu à un amendement sénatorial lors de l'examen du futur projet de loi 3D (décentralisation, différenciation et déconcentration).

 

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