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Culture - La bibliothèque du XXIe siècle : du sur-mesure pour s'adapter aux territoires

Dans le cadre de la mission confiée à Erik Orsenna sur l'extension des horaires des bibliothèques (voir nos articles ci-dessous du 15 juin et du 8 septembre 2017), le ministère de la Culture et de la Communication organisait, le 21 septembre, une rencontre sur le thème "Les bibliothèques au XXIe siècle : perspectives et réalité", dont il publie aujourd'hui la synthèse. Le lieu choisi pour ce premier rendez-vous national de la mission Orsenna - la bibliothèque publique d'information (BPI) du Centre Pompidou - ne doit rien au hasard puisque, selon le président du centre Serge Lasvignes, "il y a quarante ans, l'invention de la BPI avait révolutionné le monde des bibliothèques, mais elle était restée un cas isolé".

L'Etat n'imposera pas le changement

Même si la fréquentation des 16.000 bibliothèques a fortement progressé en vingt ans (voir notre article ci-dessous du 20 juin 2017), Françoise Nyssen estime cependant que "ce résultat reste très insuffisant". Selon la ministre de la Culture, la nouvelle révolution envisagée aujourd'hui doit placer la question des horaires "au cœur de la réflexion", sachant que plus d'un jeune sur deux souhaite s'y rendre après 18 heures.
Elle a toutefois rappelé qu'elle n'entend pas imposer le changement, mais que la démarche pilotée par Erik Orsenna repose au contraire sur trois éléments : la confiance (pas d'évolution "sans une étroite concertation avec les professionnels et avec les élus"), le pragmatisme ("partir de la réalité du terrain") et la cohérence (nécessité d'une mise à disposition de moyens par l'Etat). La ministre a également confirmé le calendrier de la démarche, avec un premier bilan du tour de France d'Erik Orsenna - qui s'est déjà déplacé à Rennes, Nancy et Strasbourg - à la fin de l'année, et l'annonce des préconisations lors d'états généraux des bibliothèques en mars 2018. Ces mesures s'appuieront à la fois sur les résultats de la démarche et sur les rapports commandés à l'Inspection générale des finances et à celle des affaires culturelles.

Paroles d'élus

Au cours de la rencontre, plusieurs élus locaux ont livré leur témoignage, en insistant plus particulièrement sur les stratégies mises en œuvre pour gagner de nouveaux publics. C'est notamment le cas de Nice, des départements du Finistère ou du Haut-Rhin, ou de la ville du Havre, où l'actuel Premier ministre avait décidé de "faire de la lecture une priorité". A cette occasion, Déborah Munzer, la présidente de la Fédération nationale des collectivités pour la culture (FNCC) a expliqué qu'il ne faut pas de mesures uniformes, mais au contraire "ouvrir différemment", autrement dit en faisant du sur-mesure et en s'adaptant aux réalités du terrain.
Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine et auteur d'un rapport sur l'extension des horaires des bibliothèques (voir notre article ci-dessous du 3 novembre 2015), a d'ailleurs insisté sur le fait que cette extension "n'est pas un long fleuve tranquille. Elle reste néanmoins possible, comme le montre l'exemple des bibliothèques universitaires, dont la durée d'ouverture est passée de 40 heures hebdomadaires en 1988 à 61 heures en 2016 (ce qui reste toutefois inférieur à la moyenne européenne de 65 heures).

Apprendre à "faire autrement"

Comme l'a expliqué la représentante de la ville de Dunkerque, les bibliothèques doivent aussi apprendre à "faire autrement", afin d'intégrer deux nouveaux paramètres : la baisse des dotations des collectivités territoriales et le désir de gagner de nouveaux publics. Les réponses passent sans doute, au moins en partie, par une amélioration de la formation des professionnels, par une meilleure connaissance des attentes des usagers et par une information renforcée sur l'offre des bibliothèques et sur les métiers qu'elles mettent en œuvre.
Concluant la rencontre, Erik Orsenna a affirmé avoir désormais une conviction : "L'Etat ne doit pas dire la même chose à tout le monde. [...] Avec cette mission, nous allons montrer que la réponse de l'Etat peut être souple et adaptée aux réalités du terrain."