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Décrochage scolaire : le tableau serait plus noir que prévu

Selon une étude menée auprès d'enseignants, le nombre de décrocheurs scolaires à l'issue du confinement serait plus important que ce qu'annonce le ministère de l'Éducation nationale. Les établissements en REP seraient beaucoup plus touchés que les autres.

Alors que Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, estime dans ses dernières interventions le décrochage scolaire durant la période de confinement à environ 4%, la réalité est sans doute plus sombre. Selon une enquête SynLab menée en ligne du 25 au 28 avril auprès de 1.001 enseignants d’établissements primaires et secondaires, 12% des élèves n’ont pas eu d’échange avec eux depuis le début du confinement. Pour les enseignants de collèges des REP (réseaux d'éducation prioritaire), ce taux monte à 26%.
Autre chiffre inquiétant : celui des élèves qui "paraissent désengagés de leur scolarité". Ils seraient en moyenne 19% selon les enseignants répondants. Dans cette catégorie, un taux maximum est atteint en REP, dont les enseignants estiment à 32% le nombre des élèves désengagés.
À partir des chiffres ci-dessus, l'étude tente de mettre en relation le risque de décrochage avec l’absence d’échange entre enseignants et élèves pendant le confinement. Sur ce point, soulignons la difficulté qu'il y a à séparer ces deux notions. Qu'est-ce qu'un décrocheur si ce n'est un élève qui n'a entretenu aucun échange avec ses enseignants et, partant, n'a fourni aucun travail ? L'enquête, en tout état de cause, estime que l'absence d'un tel échange n'est pas systématiquement synonyme de décrochage et rapporte que les enseignants estiment en moyenne que les élèves à risque de décrochage représentent 65% des élèves n’ayant pas eu d’échange avec leur enseignant, soit près de 8% des élèves… le double du chiffre annoncé par le ministère de l'Éducation nationale.

"Absence de sens"

Cette étude cherche par ailleurs à comprendre les raisons du désengagement des élèves. Au-delà de la dimension matérielle, elle avance des motivations psychologiques : pour 75% des enseignants, le désengagement relève de "l’absence de sens à travailler", alors que "les mauvaises conditions de travail et le manque de matériel numérique" ne sont cités que par 56% des enseignants. Par ailleurs, si 47% des enseignants estiment que le désengagement est resté stable au cours du confinement, 40% pensent qu’il a augmenté au fur et à mesure des semaines.
On notera enfin que les méthodes d'enseignement à distance ont varié selon le niveau des élèves. Tandis que 35% seulement des enseignants en primaire ont choisi durant le confinement de recourir à la classe virtuelle, ce taux montait à 51% en primaire, 46% en collège et plafonnait à 79% pour les enseignants des lycées généraux et technologiques. À l'inverse, les enseignants de maternelle (pour 48%) et de primaire (60%) se tournaient plus volontiers vers des rendez-vous individuels par téléphone ou visioconférence, une méthode choisie par seulement 33% des enseignants des lycées généraux et technologiques. Quant aux contenus des cours, ils ont oscillé entre consolidation des apprentissages antérieurs (54% en maternelle contre 18% en lycée général et technologique) et développement de nouveaux apprentissages (8% en maternelle contre 28% en lycée général et technologique). Certains enseignants optant pour un mélange de ces deux approches (38% en maternelle contre 54% en lycée général et technologique).

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