Industrie : après une année 2021 record, des perspectives 2022 plus sombres

Emplois, relocalisations, usines… tous les voyants sont au vert en 2021 pour l'industrie. Le bilan de Trendeo, publié le 8 avril 2022, identifie toutefois des paramètres qui pourraient entraver cette dynamique, au premier rang desquels l'inflation et les risques de rupture d'approvisionnement dans le contexte de guerre en Ukraine.

En 2021, les signaux sont quasiment tous au vert pour l'industrie. C'est ce que révèle le bilan 2021 de Trendeo publié le 8 avril 2022. En termes d'emplois en premier lieu : "Avec 165.310 créations d'emplois annoncées, l'année 2021 est la deuxième depuis 2009", détaille le document, tandis que les suppressions d'emplois sont à leur minimum, passant sous la barre des 50.000. Au total, la production industrielle enregistre 32.155 emplois nets créés en 2021, soit presque aussi bien que le numérique (33.535 emplois). Le secteur dépasse les dix autres secteurs de production analysés dont les services (28.159) et la logistique (14.593). Le secteur du cuir et de la chaussure est le premier en termes de créations d'emplois en 2021, avec 5.513 emplois nets créés. "Aucun secteur industriel n'a perdu plus de 1.000 emplois en net l'an dernier", précise à Localtis David Cousquer, créateur et gérant de Trendeo.

La dynamique des créations et fermetures d'usines est très positive : 120 ouvertures nettes (176 créations et 56 fermetures), un niveau record. À noter : 15% des créations d'usines ont bénéficié d'un soutien de France Relance. En revanche, les projets recensés ne sont pas en moyenne plus riches en emplois ou en montant investi.

Les relocalisations ont elles aussi fortement progressé, passant de 30 en 2020 à 87 en 2021 pour 16 délocalisations. 50% d'entre elles ont été soutenues par le plan de relance. Ces relocalisations ont représenté 4,5% des créations d'emplois industriels en 2021, "un niveau plus que symbolique mais qui ne peut représenter le seul outil d’une politique de réindustrialisation".

"L'ensemble des régions bénéficient de la reprise"

"Globalement, l'ensemble des régions bénéficient de la reprise", indique David Cousquer. L'Île-de-France se place au premier rang pour les créations d'emplois, comme en 2020 (18.104 emplois en 2021 contre 14.017 en 2020). Suit l'Occitanie, avec la bonne reprise du secteur aéronautique (12.555 emplois contre 5.586 en 2020) et les Pays de la Loire (12.136 contre 7.610), boostés par la logistique, la Nouvelle-Aquitaine, grâce aux secteurs du logiciel, du cuir et de la chaussure, et les Hauts-de-France grâce à la logistique pour le secteur du commerce.

Parmi les grands projets de 2021 : l'ouverture à l'été du huitième centre de distribution d'Amazon à Metz avec 1.000 recrutements à la clés sur trois ans, la création d'une grande base logistique sur la zone de l'ancienne aciérie de Talange-Hagondange (57) par le groupe familial Beck de BTP (170 millions d'euros investis et 500 emplois qui seront créés) ou encore la création d'un centre d'excellence dédié aux vaccins à ARN messager basé à Marcy-L'Etoile (69) et aux États-Unis par le groupe pharmaceutique Sanofi (2 milliards d'euros investis sur cinq ans). Un nouvel outil présenté dans le bilan 2021 analyse aussi en détail l'impact géographique sur la période 2009-2021 en fonction de la densité des zones considérées (voir encadré ci-dessous), montrant que l'industrie notamment s'installe plutôt en zone rurale.

Et pour 2022 ?

Pour 2022, en matière de créations et de fermetures d'usines, "la tendance reste bonne au premier trimestre", annonce Trendeo, mais aussi en termes de créations d'emplois, alors que pour les relocalisations, qui ont été fortement soutenues par le plan de relance en 2021, l'intensité de la hausse diminue. "Le niveau du premier trimestre 2022 reste cependant au double des niveaux atteints entre 2009 et 2019", souligne l'étude.

Le maintien du soutien public est en question mais ce n'est le seul sujet d'inquiétude pour l'année qui vient. Les aspects financiers, dont la montée des taux d'intérêt, l'endettement public, l'inflation et les risques de ruptures d'approvisionnement dans le contexte de guerre en Ukraine pèsent aussi sur l'optimisme des données de 2021. "Si on est dans une logique de rattrapage de notre retard, même si la dynamique est très bonne, cela n'est pas suffisant, notamment par rapport à nos voisins allemands, détaille aussi David Cousquer, et le principal point noir est le montant des impôts de production, même si déjà pas mal a été fait. Il y a aussi la question des grands projets, plus de 250 emplois, pour lesquels nous n'avons pas de foncier disponible. L'hostilité de la population à l'égard de ces projets plaide pour que l'État se saisisse du sujet".

 

  • En matière de développement industriel, "il faut jouer la complémentarité" territoriale

Dans le cadre de son bilan 2021 publié le 8 avril 2022, Trendeo fournit des données sur l'impact géographique de la reprise industrielle. L'étude découpe ainsi la France en cinq groupes géographiques constitués de zones d'emploi de taille décroissante (du plus urbain au plus rural), chacun employant le même pourcentage de la population française. Le premier groupe, le plus urbain, emploie 19,9% de la population française et est constitué des villes de Paris, Lyon et Toulouse. Il s'agit du groupe le plus métropolitain. Le cinquième groupe, le plus rural, qui emploie également 20% de la population, rassemble quant à lui 211 zones d'emploi dont la population moyenne employée est de 25.885. L'outil, qui reprend les données sur plusieurs années, de 2009 à 2021, donne une vision de la répartition des activités dans ces groupes géographiques. "Si toutes les créations d'emplois étaient réparties de façon homogène, chacune des cinq zones ainsi définies accueilleraient 20% des emplois numériques, industriels, logistiques, etc.", précise le document. Or, ce n'est pas ce que fait ressortir l'analyse, mis à part les points de vente qui se répartissent de façon presque homogène, avec une légère sous-représentation dans les zones d'emploi du groupe 1, soit les plus grandes. À l'inverse, les activités numériques sont seize fois moins présentes dans les zones les plus rurales du groupe 5, que dans les zones du groupe 1. Les activités industrielles sont quant à elles attirées par les zones les plus rurales. "L'industrie obéit à une logique d'implantation rurale, les projets sont majoritairement situés dans les zones 4 et 5, il y a vraiment un éloignement de l'industrie des zones très métropolitaines, signale David Cousquer. En sens inverse 3% du numérique seulement est dans le rural, il y a à jouer une complémentarité des territoires. Ce n'est pas la peine d'installer des incubateurs à start-up en milieu rural, comme ce n'est pas la peine de réserver du foncier cher pour l'industrie dans les métropoles."