Lutte contre l'exclusion - La précarité en milieu rural, peu visible, mais bien réelle

Rédigé conjointement par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et le Conseil général de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux (CGAAER), le rapport "Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural" traite d'une question encore peu explorée. La lettre de commande du ministre de l'Agriculture et du haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté demandait d'ailleurs de "mettre à la disposition du gouvernement un état complet des connaissances sur les phénomènes de pauvreté en milieu rural [...]", ainsi que de formuler "des propositions pour adapter les politiques publiques susceptibles de donner à la solidarité nationale une pleine efficacité en milieu rural [...]". Des enjeux qui concernent les onze millions de Français (18% de la population) vivant dans "l'espace rural", au sens statistique du terme (60% du territoire national).
Les cinq auteurs du rapport ont répondu à la commande, avec un document riche en informations. Ils font notamment ressortir le cumul de handicaps dont souffrent nombre de zones rurales : population plus âgée (27% de plus de 60 ans contre 21% dans les zones urbaines), prédominance d'emplois faiblement qualifiés (32% d'ouvriers, 27% d'employés contre seulement 7% de cadres), revenus inférieurs à la moyenne (taux de pauvreté monétaire de 13,7% contre 11,3% en milieu urbain)... Les zones rurales ne forment pas, pour autant, un paysage uniforme. Si certains espaces peuvent être considérés comme de "véritables territoires de relégation", d'autres affichent des dynamiques locales d'intensité plus ou moins forte. De plus, les prestations sociales devraient corriger en partie les écarts de situation. Pourtant, leur part dans le revenu moyen est plus faible en zone rurale qu'en zone urbaine (28,1% des revenus avant impôts des ménages du premier décile, contre 35,3%). Un écart surprenant, que les auteurs expliquent par une plus grande difficulté d'accès aux droits, mais aussi par les "attitudes 'taiseuses' de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes ou se protègent du qu'en dira-t-on". Dans ce contexte, le rapport souligne l'atout décisif que peut représenter la présence sur le terrain d'élus ou de décideurs "capables de jouer un rôle d'entraînement et de s'appuyer sur des professionnels de bon niveau". Sur ce point, le rapport désigne clairement le niveau intercommunal comme le seul véritablement adapté. Il insiste également sur deux facteurs essentiels : le décloisonnement de l'action des organismes sociaux et l'implantation ou le renforcement d'une ingénierie du développement économique et social en milieu rural. En termes d'outils, les auteurs plaident notamment pour le développement d'une intercommunalité de projets comportant des volets sociaux (en particulier à destination des publics les plus fragiles), pour la prise en considération des surcoûts de certains services sociaux en milieu rural (comme les coûts de transport pour la formation ou les actions d'insertion), ou encore pour une prise en compte de "la situation préoccupante" des adolescents et des jeunes ruraux sous qualifiés (mobilité, accompagnement vers l'emploi, logement...). Enfin, le rapport consacre un long développement à la mise en oeuvre du RSA en milieu agricole. Les auteurs craignent en effet que les groupements d'employeurs ou les organismes de gestion du remplacement cèdent à la tentation de favoriser le temps partiel, en comptant sur le RSA activité pour compléter les ressources. Ils suggèrent donc de procéder à une évaluation spécifique de cet aspect du RSA.

 

Jean-Noël Escudié / PCA

 

 

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