Le coup d'envoi du Congrès mondial de la nature à Marseille officiellement donné

Le coup d'envoi officiel du congrès mondial de l'UICN, qui se tient à Marseille jusqu'au 11 septembre, a été donné ce 3 septembre par le président de la République. Emmanuel Macron y a notamment annoncé sa volonté de placer 5% de la Méditerranée sous protection forte d'ici 2027, mais aussi de faire avancer les dossiers de lutte contre l'artificialisation des sols, contre les pesticides ou contre la déforestation importée lors de la prochaine présidence française de l'Union européenne. Le maire de la ville hôte ambitionne pour sa part d'inscrire la rade de Marseille au patrimoine mondial de l'Unesco.

"Notre maison brûle encore et nous continuons d’attiser les flammes." Lors de la cérémonie d’ouverture, vendredi 3 septembre, du congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui se déroule dans sa ville jusqu’au 11 septembre, le maire de Marseille a filé la métaphore du président Chirac. Égrenant les fléaux estivaux (incendies, inondations…), Benoît Payan (PS) s'est fait grave – "Personne ne sera épargné" –, précisant que "les villes du monde sont en première ligne" de ce front. Et d'exhorter au "quoi qu’il en coûte pour préserver le monde". A l'échelle locale, après avoir dénoncé au passage "un projet de route absurde à quelques centaines de mètres" du parc Chanot, le maire a annoncé son ambition d'obtenir le classement de la rade de Marseille au patrimoine mondial de l’Unesco et d’accélérer la transformation du port, souhaitant "en finir avec la pollution à quai des géants des mers". Et d'appeler "à l'instauration d'une zone ECA en Méditerranée" (zone de réglementation des émissions de polluants atmosphériques) – un projet par ailleurs en cours d'étude (voir le site du ministère de la Transition écologique).

La Méditerranée et les océans au centre des attentions

Naturellement, "notre mer" (Mare Nostrum) a fait l'objet d'une attention particulière lors de cette cérémonie, le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotakis, multipliant les annonces, visant notamment la réduction de la surpêche et des déchets plastiques en mer (ou encore la fermeture des centrales de lignite au plus tard en 2028). Le président Emmanuel Macron lui a emboîté le pas, déclarant vouloir porter d'ici 2027 de 0,2% à 5% la part de la Méditerranée sous protection forte. Mais le président de la République ne s'est pas limité à cette zone. Dans la matinée, il a fait part de sa volonté d'organiser fin 2021/début 2022 un "One Ocean Summit" – sur le modèle des sommets "One Planet" (notamment celui organisé à Paris en janvier dernier sur la biodiversité) – afin de renforcer le droit international protégeant ces espaces. Il a de même insisté sur la nécessité de mieux protéger les pôles, particulièrement un "Arctique en danger" dont il espère faire un "bien public mondial", jugeant la situation de l'Antarctique moins alarmante "grâce au combat mené depuis plusieurs années", soulignant ici l'action de l'ancien Premier ministre Michel Rocard.

Artificialisation des sols et pesticides au menu de la présidence française de l'UE

Au-delà des mers, le président a annoncé que la lutte contre l'artificialisation des sols sera "au cœur de la présidence française" de l'Union européenne, au premier semestre de l'an prochain. Il a de même indiqué qu'une "initiative forte de sortie accélérée des pesticides" serait lancée durant cette période. La lutte contre la déforestation importée constituera une autre bataille, Emmanuel Macron souhaitant que l'Europe décide de ne "plus importer d'huile de palme quand elle est produite par de la déforestation, de soja ou de protéines quand ils ont pour conséquence la déforestation". Le président français faisait ici écho au photographe brésilien Sebastião Salgado, intervenu quelques minutes plus tôt pour inciter les parties prenantes du congrès à prononcer "l'interdiction planétaire d’importation de bois de l’Amazonie", mais aussi au plan stratégique français de la PAC visant à sortir de la dépendance protéinique à l'égard du continent nord-américain.

Resynchroniser les agendas climat/biodiversité

Alors que la COP 26 sur le climat (début novembre à Glasgow) et la COP 15 sur la biodiversité (reportée en avril prochain, à Kunming) se profilent, le président Macron a insisté sur la nécessité de "resynchroniser ces agendas", de "réussir à faire comprendre à tous que la bataille pour le climat est jumelle de la bataille pour préserver la biodiversité et que l'une et l'autre se nourrissent".

Une remise à niveau qui nécessite notamment de "se doter d'instruments partagés en matière de biodiversité", de "standards scientifiques consensuels". Saluant la naissance d'un groupe de travail sur la publication d'informations financières relatives à la biodiversité (TNFD, sur le modèle lancée pour le climat – TCFD), il a néanmoins invité la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, à piloter les travaux, "à ciel ouvert". "Je ne veux pas que cette méthodologie se fasse comme les standards financiers, à l’écart, dans des cénacles trop techniques et en n’atteignant pas les objectifs qui sont les nôtres !", a lancé l'ancien banquier d'affaires. Il a également exhorté l'ensemble des banques publiques de développement, mais aussi les institutions privées, à faire en sorte qu'au moins 30% de leurs financements soient "probiodiversité".

Enfin, le président Macron a appelé à "réinventer nos politiques commerciales pour être cohérents avec les politiques climatique et biodiversité", soulignant que la France avait déjà "porté une resynchronisation" de ces différents "agendas" en refusant le Mercosur "tel que négocié aujourd'hui". Le mot de conclusion est, lui, revenu à l'acteur Harrison Ford : "mettons-nous au travail !"

19 motions à l'étude

Pour les membres de l'UICN, à court terme ces travaux prendront notamment la forme d'un vote sur les 19 motions qui n'ont pas été adoptées en ligne (on en recensait 128 au total). Parmi elles, figurent celles visant à "agir pour réduire la pollution lumineuse", à "reconnaître et soutenir les droits et les rôles des peuples autochtones et des communautés locales dans la conservation" ou encore à "renforcer la protection des mammifères marins par la coopération régionale". Un sujet qui concerne au premier chef la France, toujours sous l'œil de la Commission européenne faute d'avoir adopté des mesures suffisantes pour éviter les prises accidentelles de dauphins et de marsouins par les navires de pêche. Une protection défaillante qui lui a aussi valu d'être condamnée par le tribunal administratif de Paris en juillet 2020.

 
  • La baie d’Audierne, 51e zone humide d'importance internationale française

Dans le cadre du congrès de Marseille, la secrétaire d'État chargée de la biodiversité, Bérangère Abba, a annoncé la labellisation de la baie d'Audierne (Finistère) comme "zone humide d’importance internationale". La baie, qui s’étend de la pointe du Raz au nord au cap Caval au sud, devient le 51e site français à être ainsi reconnu au titre de la Convention de Ramsar sur la protection des zones humides, dont on a récemment célébré le 50e anniversaire (voir notre article du 1er février 2021). D’une superficie de 2.400 hectares, il compte plus de 1.000 espèces animales (dont 300 espèces d’oiseaux, avec une importance nationale pour certaines oiseaux nicheurs), plus de 370 espèces d’invertébrés et plus de 700 espèces de flore. Également intégré au réseau européen Natura 2000, le site fait déjà l’objet de plusieurs protections réglementaires, ou foncières : le conseil départemental du Finistère possède 55 hectares et le Conservatoire du littoral y intervient sur plus de 650 hectares.

 

 

 

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