Le ministère de l'Agriculture publie son "plan d'actions climat" pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation a publié ce 23 juin son "plan d'actions climat", qui doit montrer que ses décisions sont en accord avec les objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais pour le Réseau Action Climat, qui fédère des ONG environnementales, le ministère "fait du neuf avec du vieux". La parution de ce plan a été précédée de celle d'un rapport de la Cour des comptes européenne montrant que les dépenses de l'UE dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) 2014-2020 n'avaient pas permis de réduire les émissions de CO2 du secteur.

Lors du Conseil de défense écologique du 27 novembre 2020, le Premier ministre, Jean Castex, avant demandé à quatre ministères parmi les plus importants en termes d'émissions de gaz à effet de serre d'établir "un plan d'actions climat" en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone. En publiant son plan ce 23 juin, le ministère de l'Agriculture est le troisième à avoir rédigé sa feuille de route, après ceux de la Transition écologique et de l'Économie, des Finances et de la Relance fin avril, et en attendant que le ministère de la Cohésion des territoires ne leur emboîte le pas.
La production alimentaire représente un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, la plupart issues de l'agriculture et particulièrement de l'élevage, via les rejets de méthane des bovins et les déjections. "Alors que la quasi-totalité de notre pays a été frappée par des violents épisodes de gel en avril dernier et que nous connaissons désormais chaque année de fortes périodes de sécheresse, le changement climatique est évidemment au coeur de nos préoccupations", souligne le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, en introduction du document.

Actions soutenues par le plan de relance

Régulièrement taxé par des organisations de défense de l'environnement de favoriser l'immobilisme, le ministère y défend les actions engagées, notamment avec les crédits du plan de relance. Il se dit d'abord décidé à "accélérer le développement de pratiques agricoles permettant d'atténuer" les émissions : baisse de l'utilisation des engrais de synthèse et optimisation de l'usage des fertilisants organiques, valorisation des effluents pour produire de l'énergie (méthanisation), accroissement des surfaces en agriculture biologique mais aussi à "haute valeur environnementale" (HVE) - créée par le ministère, cette certification HVE est associée par ses détracteurs à un label de "greenwashing".
Pour augmenter le "potentiel de séquestration du carbone dans les sols agricoles", le ministère défend notamment la plantation de haies et la préservation des prairies permanentes.
Autre axe important, la "promotion d’une alimentation de qualité, locale, saine, sûre et durable" à travers trois objectifs : " le soutien du développement des projets alimentaires territoriaux et le levier de la restauration collective" ; "la sensibilisation du consommateur à l’impact de la production sur l’environnement " ; la lutte contre le gaspillage alimentaire.
Le document souligne aussi la nécessaire "évolution des connaissances, outils et compétences", via la recherche et l'enseignement agricole, pour favoriser l'adoption de "nouvelles pratiques".
Transmis au Haut Conseil pour le climat (HCC) pour avis, ce plan "sera actualisé régulièrement pour tenir compte de l'avancement de ces actions et l'atteinte des objectifs", indique le ministère dans un communiqué.

"Rien de nouveau" pour le Réseau Action Climat

À travers son plan, le ministère de l'Agriculture "fait du neuf avec du vieux", a sévèrement jugé le Réseau Action Climat, qui fédère des ONG environnementales. C'est une "déception", "ce plan d'actions climat n'est qu'un agrégat des politiques actuellement en place sans rien de nouveau" alors que ces politiques "ne permettront pas d'atteindre l'objectif de division par deux des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, a-t-il tranché dans un communiqué.
Le Réseau pointe "les grands absents". Il regrette notamment que "le plan ne se dote d'aucun objectif de réduction de la consommation d'engrais azotés de synthèse", "deuxième poste d'émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture". Ou encore qu'aucune mention ne soit "faite de la nécessaire mutation en profondeur de l'élevage vers le 'moins et mieux' de production et de consommation de viande". Il juge le développement de l'agro-écologie "bien trop timide" – il estime notamment qu'il faudrait ré-instaurer l’aide au maintien à l’agriculture biologique. Enfin du côté de l'alimentation, "les projets alimentaires territoriaux (PAT) sont bien mis en avant, mais nous attendons surtout que l’enveloppe prévue leur soit allouée à la condition qu’ils intègrent des mesures écologiques et solidaires", souligne le Réseau.

 
  • L'UE a échoué à réduire les émissions de CO2 dans l'agriculture, selon la Cour des comptes européenne

Alors que le financement de la politique agricole de la France repose en grande partie sur les fonds de la politique agricole commune (PAC), dont la nouvelle mouture est encore négociée à Bruxelles, la Cour des comptes européenne estime dans un rapport publié ce 21 juin, que l'UE a échoué à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture, en dépit des sommes allouées à la lutte contre le changement climatique. Au moment où les négociations en cours sur la nouvelle PAC achoppent sur les règles destinées à "verdir" l'agriculture européenne, la PAC de 2014-2020 a été scrutée par les auditeurs européens. Ils notent que si plus d'un quart de l'ensemble des dépenses agricoles de l'UE sur la période - soit plus de 100 milliards d'euros - ont été allouées à la lutte contre le changement climatique, les émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole n'ont pas baissé depuis 2010. Selon le rapport, celles provenant de l'élevage, qui représentent environ la moitié des émissions d'origine agricole, n'ont pas diminué et la PAC ne prévoit pas de limitation du cheptel ni d'incitation à le réduire, alors que certaines de ses mesures promeuvent la consommation de produits d'origine animale, qui n'a pas baissé depuis 2014, épingle la Cour.
Quant aux émissions dues aux engrais chimiques et aux effluents (qui comptent pour près d'un tiers), elles ont augmenté entre 2010 et 2018, soulignent les auditeurs. Ils estiment que l'incidence sur les émissions de gaz à effet de serre des "pratiques susceptibles de réduire l'utilisation d'engrais, telles que l'agriculture biologique et la culture de légumineuses à grains", n'est pas établie.
"En revanche, des pratiques indéniablement plus efficaces, telles que les méthodes d'agriculture de précision consistant à adapter l'application d'engrais aux besoins des cultures, ont été moins financées", déplorent-ils. 
Ils regrettent aussi que la PAC soutienne des "pratiques climaticides, notamment en finançant les agriculteurs qui cultivent des tourbières asséchées, lesquelles représentent moins de 2% des terres agricoles de l'Union mais émettent 20% des gaz à effet de serre d'origine agricole". "Le soutien de la PAC aux mesures de séquestration du carbone telles que le boisement, l'agroforesterie et la conversion de terres arables en prairies n'a pas augmenté par rapport à la période 2007-2013", pointent-ils du doigt, notant qu'"en l'état actuel, le droit de l'UE ne prévoit pas l'application du principe du pollueur-payeur dans le cas des émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole".
Enfin, malgré la révision à la hausse des ambitions climatiques de l'UE, "les règles de la conditionnalité et les mesures de développement rural ont peu évolué par rapport à celles de la période précédente", constatent les auditeurs. "Le régime de verdissement était censé renforcer la performance environnementale de la PAC, mais il n'a pas incité les agriculteurs à adopter des mesures d'atténuation du changement climatique qui soient efficaces et n'a eu qu'une incidence marginale sur le climat", concluent-ils.


 

 

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