Le "Varenne agricole de l'eau et du changement climatique" lancé

Le ministre de l'Agriculture et la Secrétaire d'État chargée de la Biodiversité ont ouvert, le 28 mai, les travaux du "Varenne agricole", qui a pour fin d'établir "une feuille de route opérationnelle" pour l'adaptation et la protection de l'agriculture face au changement climatique. Une démarche qui entend réunir toutes les parties prenantes, mais qui n'est pas du goût de certaines associations environnementales.

A l'invite du président de la République, lancée lors des "Grands rendez-vous de la souveraineté alimentaire" le 18 mai dernier, Julien Denormandie et Bérangère Abba ont réuni ce 28 mai la conférence inaugurale du "Varenne agricole de l'eau et du changement climatique", qui vise "à redonner du sens et des perspectives au projet agricole français à l'heure du changement climatique", dans la continuité des "assises de l'eau".

La FNE prend la fuite

"Le conflit sur l'usage de l'eau est vieux comme le monde", a rappelé en ouverture le ministre de l'Agriculture. Ces dernières années, le débit du débat a nonobstant beaucoup grossi, alimenté notamment par des retenues d'eau – comme celle de Caussade – qui débouchent de plus en plus dans les tribunaux. Pour preuve du caractère houleux de ces eaux, la décision de l'association France Nature Environnement "de pratiquer la politique de la chaise vide", annoncée la veille de l'événement – une semaine après que la FNE ait claqué la porte du comité supérieur d'orientation et de coordination de l'économie agricole et alimentaire (voir notre article). Motif pris que ce Varenne n'est "pas un lieu de décision légitime en matière d'adaptation agricole sur les questions d'eau et de changement climatique" et va même "à l'encontre de la démocratie de l'eau, qui s'exerce au Comité national de l'eau (CNE)".

Trois groupes de travail, six mois pour plancher

L'heure n'est toutefois pas – encore – à la décision, mais à la réflexion. Elle sera conduite jusqu'en décembre – avec un point d'étape en octobre – par trois groupes de travail dont la composition sera fixée par leurs "chefs de groupe", "en veillant à garantir la diversité des points de vue".

• Le premier vise à "se doter d'outils d'anticipation et de protection de l'agriculture". Avec à sa tête un binôme constitué du député Frédéric Descrozaille (LREM, auteur d'un récent rapport sur la gestion des risques en agriculture) comme président, et de Hervé Lejeune, membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), comme rapporteur, il sera plus particulièrement chargé de la révision du dispositif d'assurance récolte pour 2023, de l'évolution de la gouvernance du fonds national de gestion des risques en agriculture et du protocole de gestion agricole des crises de sécheresse.

• Le deuxième a pour objectif de  "renforcer la résilience de l'agriculture dans une approche globale" (sols, variétés, pratiques, infrastructures, efficience de l'eau d'irrigation). Il sera présidé par Anne-Claire Vial, présidente de l'Association des instituts techniques agricoles (Acta), François Champanhet, membre du CGAAER, assurant le rôle de rapporteur. Leurs travaux s'appuieront notamment sur des diagnostics territoriaux des effets des changements climatiques élaborés à l'échelle régionale par les chambres d'agriculture, et devront donner lieu à des plans d'adaptation.

• Le dernier devra oeuvrer pour "partager une vision raisonnée des besoins et de l'accès aux ressources en eau mobilisables pour l'agriculture sur le long terme". Présidé par Jean Launay, président du CNE, et Luc Servant, vice-président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture – Hugues Ayphassorho, membre du Conseil général de l'environnement et du développement durable, en étant rapporteur –, ce groupe aura notamment pour tâche de trouver des "voies de sécurisation des projets territoriaux des ressources en eau (PTGE)". "43 PTGE ont été adoptés, 30 sont en cours de concertation", a indiqué à l'occasion Bérangère Abba, annonçant également que le décret sur la gestion quantitative de la ressource en eau et la gestion des situations de crise liées à la sécheresse, naguère soumis à consultation, "sera présenté en Conseil des ministres dans quelques semaines" (après l’avoir annoncé il y a peu pour la mi-juin). Le groupe aura également pour mission de dégager les lignes d'une politique d'aménagement à l'horizon 2050, avec un point d'étape en 2035. Sans nul doute, c'est au sein de ce groupe que les discussions risquent d'être le plus tendues, Jean Launay insistant lors de sa présentation sur son souhait d'une "recherche permanente du consensus, une démarche apaisée, un dialogue partagé et apaisé".

Agriculteurs premières victimes

En introduction, Julien Denormandie avait de manière générale insisté sur la nécessité pour l'ensemble des parties prenantes de "conserver une posture d'écoute et de bienveillance", d'autant plus requise qu'il ne "s'agit pas de faire des constats, mais de tracer une route nouvelle", et ce en "s'appuyant sur la science et en faisant appel à l'innovation". "Il ne s'agit pas de revenir aux solutions du passé, qui ne sont pas adaptées aux nouveaux enjeux", lui a fait écho Luc Servant. Le ministère insiste sur ces derniers : souveraineté alimentaire et sécurité sanitaire, mais aussi "création de valeur ajoutée et d'emplois, maillage des espaces ruraux, renouvellement des exploitations et protection de l'environnement".
En préambule, Jean Jouzel, membre de l’Académie des Sciences et de l’Académie de l’Agriculture, avait rappelé en une formule les phénomènes à l'œuvre : "plus d'eau qui tombe, plus d'eau qui repart". Car si les précipitations se feront toujours plus rares l'été, marquées en outre par davantage d'évaporation ("1 degré supplémentaire, c'est 7% d'évaporation en plus"), les épisodes de pluies extrêmes sont également appelés à se multiplier. "Des aléas plus fréquents et plus intenses", a résumé pour sa part Thierry Caquet, directeur scientifique environnement de l’INRAE. Ils se traduiront en France par des rendements et une qualité de la production en baisse, des substitutions de culture ou encore à plus long terme par une chute de la valeur des terres agricoles, prévient-il. "Les agriculteurs sont les premières victimes des effets du changement climatique", a martelé tout l'après-midi Julien Denormandie, sans que l'on sache s'il cherchait à convaincre les associations environnementales ou les agriculteurs eux-mêmes.

 

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