Le phare de Cordouan et Vichy entrent au patrimoine mondial de l'Unesco

Le comité du patrimoine mondial de l'Unesco a décidé ce samedi 24 juillet d'inscrire deux sites français : le phare de Cordouan, en Gironde, et Vichy, dans l'Allier, dans le cadre d'une candidature transnationale sur le thermalisme. La troisième candidature française, celle de Nice, devrait être reportée.

Les décisions favorables, prises à l'unanimité le samedi 24 juillet, étaient attendue et ne constituent guère une surprise, mais il n'est cependant pas courant de voir deux candidatures françaises retenues la même année, même si celle de Vichy s'inscrit dans le cadre d'une candidature transnationale autour du thermalisme. Autre paradoxe de ces deux inscriptions : celle du phare de Cordouan n'aura guère d'influence sur la fréquentation du site, car celle-ci est limitée par la configuration des lieux et par les caprices de la mer et des marées. Mais après tout, la France compte déjà, depuis 2019, un site inscrit au patrimoine mondial qui n'accueille pourtant pas le moindre touriste, en l'occurrence les Terres et mers australes françaises (voir notre article du 12 juillet 2019). Enfin, la troisième candidature française – celle de la ville de Nice, capitale du tourisme de riviera (voir notre article du 20 janvier 2020) – ne devrait pas être retenue cette année, mais il s'agit cependant d'un utile "tour de chauffe" avant une possible décision favorable.

Couronnement pour le "roi des phares"

Après une année blanche en 2020 pour cause de crise sanitaire, le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco, réuni – virtuellement – du 16 au 31 juillet à Fuzhou (Chine), avait un grand nombre de dossiers à examiner. La candidature du phare de Cordouan (Gironde) avait été officiellement déposée par la France en février 2019, en même temps que celle de Vichy (voir notre article du 5 février 2019). De nombreux arguments plaidaient pour son inscription. Il s'agit notamment du plus ancien phare de France encore en activité, puisqu'il est entré en service en 1611, après plusieurs décennies de travaux, avant d'être rehaussé sous le règne de Louis XVI.

Le Comité du patrimoine mondial, qui l'a qualifié de "chef d'œuvre de la signalisation maritime", a été particulièrement sensible à la volonté de ses architectes de perpétuer la tradition des grands phares de l'Antiquité (comme celui d'Alexandrie), à ses proportions majestueuses et à son architecture unique (avec notamment la présence d'une chapelle), mais aussi à son exhaussement à la fin du XVIIIe siècle et aux modifications apportées à sa lanterne, qui "témoignent des avancées scientifiques et technologiques de l'époque". Augustin Fresnel y a également testé, en 1823, sa lentille à échelon qui a révolutionné le système d'éclairage et est encore aujourd'hui utilisée partout dans le monde.

Classé monument historique dès 1862 et surnommé le Versailles de la mer ou le roi des phares, Le phare de Cordouan est la propriété de l'État, mais il est géré par le Syndicat mixte pour le développement durable de l'estuaire de la Gironde (Smiddest), Le site accueille environ 24.000 visiteurs par an et l'inscription au patrimoine mondial ne devrait guère faire varier cet étiage. Pour Pascale Got, la présidente du Smiddest, interviewée sur France 2, "inscrit ou pas, les marées ne vont pas changer, la météo ne va pas changer, l'accessibilité au phare restera la même. [...] En revanche, nous pourrons accueillir peut-être sur une saison beaucoup plus large". À noter : Cordouan est le second phare inscrit sur la liste de l'Unesco, après la tour d'Hercule construite par les Romains en Espagne (inscrite en 2009).

Vichy parmi les "grandes villes d'eau d'Europe"

L'inscription de la ville de Vichy semblait tout aussi acquise, après la recommandation de l'Icomos (Conseil international des monuments et des sites), qui expertise toutes les candidatures proposées au comité du patrimoine mondial (voir notre article du 9 juin 2021). Cette inscription ne vaut toutefois pas pour la seule ville de l'Allier, mais concerne la candidature des "Grandes villes d'eaux d'Europe". Il s'agit en l'occurrence d'une candidature transnationale – la seule cette année parmi 48 dossiers –, portée par la République tchèque et déposée conjointement avec l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, la France, l'Italie et le Royaume-Uni. Le dépôt officiel de la candidature remonte à février 2019, en même temps que celle, pour la France seule, du phare de Cordouan (voir notre article du 5 février 2019), mais le projet, plus complexe à monter du fait de sa dimension transnationale, a germé plusieurs années auparavant, en 2012.

La candidature regroupe ainsi onze stations thermales emblématiques, réparties dans sept États européens : Bad Ems (Allemagne), Baden-Baden (Allemagne), Bad Kissingen (Allemagne), Baden bei Wien (Autriche), Spa (Belgique), Vichy (France), Montecatini Terme (Italie), Bath (Royaume-Uni), Franzensbad (Tchéquie), Karlovy Vary (Tchéquie) et Marienbad (Tchéquie). Dans leur diversité, toutes ces villes "témoignent de la culture thermale européenne internationale qui s'est développée du début du XVIIIe siècle aux années 1930, conduisant à l'émergence de grandes stations internationales qui ont influencé la typologie urbaine autour d'ensembles de bâtiments thermaux [...]". Chacune de ces villes témoigne également d'une grande qualité architecturale, souvent innovante et caractéristique du développement du tourisme : les bâtiments thermaux bien sûr, mais aussi les hôtels, les parcs et jardins, les casinos, les théâtres, les villas, les salles de réunion...

Contrairement au cas du phare de Cordouan, l'inscription au patrimoine mondial devrait accroître la fréquentation touristique. Pour Frédéric Aguilera, le maire de Vichy, "cette inscription ne nous engage pas seulement sur ce que nous avons reçu [...], mais aussi sur ce que nous allons transmettre aux générations futures. Nous devons transmettre un art de vivre et une philosophie de vivre vivante. Il ne s'agit pas de figer. C'est un art de vivre contemporain tourné autour de la santé, de la culture et du sport".

De son côté, dans un communiqué du 24 juillet, Roselyne Bachelot s'est félicitée de cette double inscription. La ministre de la Culture rappelle au passage que celle-ci porte à 47 le nombre de biens culturels et naturels français inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

 

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