Les états généraux des festivals débouchent sur une charte de développement durable

La troisième édition des états généraux des festivals a donné lieu à un point sur la cartographie des festivals et à la présentation de la "Charte de développement durable pour les festivals" (chaque signataire va devoir s'engager sur un plan d'actions opérationnel) ainsi que des "principes d'engagement de l'État en faveur des festivals" (accompagnement ponctuel à partir de 2022).

Après la première édition à Avignon (voir notre article du 1er octobre 2020) et la seconde à Bourges (voir notre article du 1er juillet 2021), la troisième édition des états généraux des festivals, organisés par le ministère de la Culture et qualifiés par Roselyne Bachelot-Narquin de "nouvel espace de dialogue entre l'État, les collectivités territoriales, les organisateurs et les artistes", se tenait à Toulouse le 1er décembre. Au vu des résultats, il n'est pas interdit de se demander si, malgré la pression mise par la crise sanitaire, trois états généraux en un an sur le même sujet ne constituent pas un rythme un peu trop resserré. Le contenu de l'édition de Toulouse ressemble en effet beaucoup à celui de l'édition de Bourges.

Une cartographie en voie d'achèvement

La principale différence se situe dans l'avancement des chantiers. La cartographie des festivals, lancée lors de la première édition et esquissée lors de la seconde est désormais – presque – finalisée. Et la charte de développement durable annoncée à Bourges a été présentée à Toulouse. Cette troisième édition, beaucoup plus courte (une demi-journée contre deux jours à Avignon) valait donc surtout restitution de la démarche. À cette occasion, Roselyne Bachelot-Narquin a toutefois présenté aussi une nouveauté : les "Principes d'engagement de l'État en faveur des festivals"

Sur l'observation des festivals, le travail de cartographie a été coordonné par France Festivals et le CNRS. À ce jour, huit régions sont couvertes, dont deux ultramarines. L'ensemble des régions devraient être cartographiées d'ici au printemps 2022. S'ensuivra une actualisation tous les trois ans, sous l'égide du département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture.

Par ailleurs, le ministère et les Presses de Sciences-Po viennent de coéditer "Festivals, territoires et société", résultat d'une étude sociologique menée auprès de 1.400 festivals. L'étude recense plus de 10.000 manifestations, toutes disciplines confondues, mais avec une très forte concentration : 6% des festivals affichent plus de 50.000 spectateurs, quand 56% n'atteignent pas les 5.000. Ces écarts se retrouvent aussi – logiquement – dans les budgets Les trois quarts des festivals disposent d'un budget inférieur à 270.000 euros, quand 6% peuvent compter sur 1,4 million et au-delà.

Une charte de développement durable, mais pas forcément adaptée aux zones rurales

Sur le développement durable, le ministère a présenté la "Charte de développement durable pour les festivals", issue du groupe de travail lancé lors des états généraux de Bourges. Celle-ci présente la démarche d'éco-responsabilité à laquelle adhèrent les signataires. La charte compte cinq articles. Outre le premier, qui prévoit la réalisation d'un diagnostic environnemental (réalisé par un prestataire ou mené en interne sur la base d'un outil d'analyse commun qui reste à élaborer), le principal article est celui qui fixe le contenu des plans d'actions. Dix objectifs sont ainsi déclinés. On y retrouve des éléments sur lesquels nombre de festivals ont déjà engagé des démarches : gestion responsable des déchets, respect des sites naturels, prise en compte des impacts économiques et sociaux, alimentation responsable, maîtrise des consommations d'eau et d'énergie...

Mais la charte prévoit aussi d'autres objectifs plus larges, qui pourraient aussi se révéler plus complexes à mettre en œuvre, comme les mobilités douces et actives. Il s'agira notamment d'"initier une démarche d'éco-mobilité en proposant une réduction substantielle des activités nécessitant des déplacements physiques, pendant et hors événement. Ils devront être attentifs au choix du site et à son accessibilité et pourront également mettre en place des navettes, systèmes de co-voiturage ou des incitations à privilégier les transports en commun". Si une telle évolution est envisageable pour les festivals urbains, elle est beaucoup moins évidente pour ceux situés en zone rurale, à l'image des Vieilles charrues, du Hellfest, de Jazz in Marciac ou d'autres. L'étude présentée pour l'occasion ne manque d'ailleurs pas de rappeler que grâce aux festivals, "l'offre culturelle est très bien distribuée géographiquement et très rurale, contribuant largement à l'aménagement du territoire".

La charte prévoit cependant que chaque signataire s'engage à établir un plan d'actions opérationnel, décliné ensuite sur trois ans à compter de la date d'adhésion. Par ailleurs, cette adhésion "ouvre la possibilité de bénéficier des aides transversales dédiées au développement durable prévues à l'article 5 des principes d'engagement de l'État en faveur des festivals", dont la charte constitue d'ailleurs une annexe.

Le ministère fixe les principes de son engagement

Présentés par Roselyne Bachelot-Narquin en clôture des états généraux, ces principes d'engagement doivent "dans le respect du principe de compétence partagée et des prérogatives des collectivités territoriales, et en complémentarité du soutien qu'apportent déjà les autres partenaires publics et privés", permettre à l'État de "mieux accompagner les festivals à compter de 2022 en aidant de manière ponctuelle les festivals dans leurs phases d'évolution et de croissance, dans différents champs d'innovation et d'excellence, tout en poursuivant une politique de soutien aux festivals d'envergure nationale et internationale". Le document commence par préciser les conditions d'éligibilité nécessaires à l'engagement du ministère de la Culture. Celles-ci sont à dominante artistique : nature du projet artistique et culturel, avoir déjà réalisé au moins deux éditions, programmation indépendante (ce qui exclut a priori les festivals organisés par les grands tourneurs internationaux comme Live Nation), juste rémunération des auteurs et des artistes... Mais quelques critères ont une vocation plus sociétale, comme l'égalité hommes/femmes, l'engagement d'une démarche de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, la promotion de la diversité, de l'égalité et de la lutte contre les discriminations et... le respect des principes de la charte de développement durable.

Les principes d'engagement listent également les critères d'intervention du ministère en matière artistique, en matière de coopération et de structuration des filières professionnelles, d'accessibilité et d'ouverture aux publics, mais aussi d'inscription territoriale ("développer un ancrage territorial permettant de structurer la présence et la diffusion artistique et culturelle sur le territoire" et "s'inscrire dans la complémentarité de l'offre artistique et culturelle existante sur le territoire").

En termes d'aide, l'intervention de l'État se décline selon trois modalités : une aide ponctuelle pour permettre aux festivals de répondre à tout ou partie des enjeux cités plus haut, une aide triennale contractualisée, attribuée aux festivals considérés comme structurants et pouvant être reconduite au terme du contrat, des aides transversales sous forme de fonds dédiés favorisant la circulation des oeuvres, la transition écologique, l'achat d'équipement et leur modernisation, l'égalité entre les femmes et les hommes, l'amorçage pour les festivals en cours de structuration...

Même si la fréquentation reste encore incertaine (voir notre article du 27 octobre 2021), Roselyne Bachelot-Narquin n'a cependant pas annoncé de nouveau dispositif d'aide pour les festivals. Toutefois, le fonds d'urgence de 30 millions d'euros mis en place avec la crise sanitaire devrait être reconduit en 2022. Ce qui devrait porter le total de l'aide de l'État aux festivals à 45 millions d'euros l'an prochain.

 

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