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Lieux de culture et festivals entrevoient le bout du tunnel, mais des incertitudes demeurent

Le secteur culturel attend avec impatience l'échéance du 19 mai, malgré la contrainte de la jauge de 35% de la capacité des salles. Côté festival, une déclaration commune Etat-collectivités a été diffusée le 7 mai. Les règles pour ces festivals ne sont pas évidentes et devraient évoluer entre juin et juillet.

La réouverture prochaine des lieux culturels, même progressive et sujette à conditions et à possible remise en cause, va constituer une véritable bouffée d'oxygène pour un secteur durement touché par les fermetures. Le 19 mai, musées, théâtre, cinémas, salles de concert et de musiques actuelles devraient ainsi rouvrir avec des règles strictes (mais aussi les zoos, hors attractions). Pour leur part, les fêtes foraines et parcs d'attraction attendront le 9 juin. De même, l'assouplissement du couvre-feu annoncé par le président de la République – avec une extension prévue à 23 heures à compter du 9 juin –, est un soulagement pour le secteur, dont une bonne part de l'activité se déroule en soirée. Reste la question des festivals, qui font l'objet d'une inhabituelle "déclaration commune" de l'État et des collectivités. Sans oublier qu'un certain nombre de points restent encore en suspens.

Merci aux "élus locaux qui se sont associés à nous"

Pour Richard Patry, le président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), interrogé par France Info, c'est "enfin une lumière au bout du tunnel. Cela fait 256 jours que les salles de cinéma sont fermées. Cela n'est jamais arrivé dans l'histoire de cet art. Là, on a enfin une perspective même si c'est encore long, mais au moins on peut se préparer et on peut essayer d'envisager un retour et de rouvrir nos portes".
De son côté, le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) se félicite de cette "bonne nouvelle pour le service public de l'art et de la culture", tout en rappelant que "le Syndeac portait cette exigence, depuis des mois, contestant que nos missions essentielles soient à ce point remises en cause par la fermeture administrative de nos maisons". Au passage, le syndicat remercie les "élus locaux qui se sont associés à nous pour faire entendre l'urgence culturelle et le désir d'art de nos concitoyens".
Ces réactions reflètent l'impatience du secteur. Mais la réouverture va se faire sous des contraintes sévères. Le 19 mai, la jauge pour les salles de spectacles sera ainsi de 35% de la capacité totale, sous réserves de ne pas excéder – pour les plus grandes salles – un plafond de 800 personnes en lieu clos et de 1.000 personnes en extérieur. Et il règne un certain flou sur l'évolution de cette jauge – qui ne permet pas de rentrer dans les frais – dans les semaines suivantes, même si le retour à la normale est, pour l'instant, supposé intervenir le 30 juin. Pour les musées, la jauge de départ, liée à la superficie de l'établissement, est de 8 mètres carrés par visiteur. 

À nouveau oubliées, les discothèques saisissent le Conseil d'État d'un référé liberté

En revanche – et même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'établissements culturels – l'horizon est toujours aussi sombre pour les discothèques, clubs et boîtes de nuit. Non seulement ils restent fermés, mais aucune perspective n'est annoncée pour leur réouverture. Un vide qui suscite l'indignation de l'Umih (Union des métiers et industries de l'hôtellerie). Le 6 mai, l'Umih Nuit et une dizaine de fédérations départementales ont donc déposé un référé liberté devant le Conseil d'État. Ce référé demande au Conseil "d'intégrer en urgence les établissements de nuit dans le plan de déconfinement au même titre que les concerts et les mariages. En effet, ces derniers vont pouvoir se tenir librement à compter du 30 juin, alors qu'ils se déroulent de la même manière, en lieux clos, dans un contexte festif, avec de la danse et des boissons alcoolisées".
Selon le communiqué de l'Umih, cette démarche vise aussi à faire reconnaître par le Conseil d'État "l'absence de mesures économiques justes et adaptées aux discothèques, dès lors que leur fermeture décidée par l'État depuis plus de 13 mois entache les principes constitutionnels et conventionnels de leur droit de propriété". Selon Roland Héguy, le président de l'Umih, environ 150 discothèques auraient déjà déposé le bilan, sur les 1.500 que comptait le secteur.

Festivals : des annonces favorables...

La situation est plus favorable du côté des festivals, même si là encore nombre d'incertitudes demeurent. Dans une déclaration commune du 7 mai, "l'État, les collectivités territoriales et les intercommunalités décident d'agir ensemble pour qu'une véritable saison de festivals puisse avoir lieu en 2021". En pratique, la jauge maximale annoncée par le ministère de la Culture sera celle envisagée dès le 18 février (voir notre article du 19 février 2021) lors des premiers échanges sur la perspective de réouverture : une jauge maximale assise de 5.000 personnes par site et par spectacle, avec distanciation et en configuration assise. Devrait s'y ajouter, pour les festivals debout, une seconde jauge de 4 m2 par festivalier, ce qui pourrait de révéler assez compliqué à calculer (la répartition n'étant évidemment pas uniforme, le public ayant tendance à se masser près de la scène).
Ces jauges s'appliqueront à compter du 9 juin 2021, "au regard des perspectives de la situation sanitaire et du phasage retenu pour la réouverture des lieux culturels". Néanmoins, dès le 19 mai, des festivals de moindre envergure pourront se tenir "selon des conditions de jauge plus réduites, adaptées à la situation sanitaire". Dans ces conditions, on comprend d'ailleurs assez mal l'intérêt du "concert test" avec le groupe Indochine, qui doit se tenir à l'Accor Arena de Paris le 29 mai avec une jauge de 5.000 spectateurs.

... mais pas toujours très claires

Roselyne Bachelot, confirmant l'annonce du chef de l'État du 29 avril, explique que les festivals debout seront autorisés à compter du 1er juillet (censé être le lendemain du retour à la normale), avec la jauge des 4 m2 par festivalier, mais apparemment sans la jauge maximale de 5.000 personnes. Comme l'a expliqué à France Info Aurélie Hannedouche, déléguée générale du Syndicat des musiques actuelles, cette annonce "demande pas mal de précisions pour que nous puissions vraiment nous remettre au travail et qu'on sache exactement dans quelles conditions on va pouvoir jouer cet été".
En attendant, à travers leur déclaration commune du 7 mai, l'État et les collectivités territoriales "s'engagent à tout mettre en œuvre pour faciliter l'organisation concrète des festivals". Les engagements restent toutefois assez larges et reprennent des éléments déjà connus, comme le maintien des mesures générales concernant les entreprises privées ou le renouvellement, pour la saison 2021, du fonds de 30 millions d'euros dédié à l'accompagnement des festivals. Sur les nouveautés, les annonces sont moins précises. Ainsi, sur le "cadre et les paramètres du protocole sanitaire national qui sera applicable aux festivals", l'État "s'efforcera de donner le plus tôt possible de la visibilité aux organisateurs sur l'application de ce cadre pour la saison 2021".
De leur côté, les collectivités "veilleront, lorsque cela est possible, à maintenir les subventions habituelles apportées aux festivals" et pourront également soutenir les festivals, aux côtés des Drac, via des fonds exceptionnel ou un abondement du fonds national.
Reste que la saison 2021 des festivals n'aura pas grand-chose à voir  avec les précédentes. Plusieurs grands festivals (Solidays, Hellfest, Eurockéennes...) ont d'ores et déjà annulé leur édition. Pour d'autres, la programmation, et parfois même l'organisation, risquent d'être difficiles à tenir. Sans oublier les incertitudes qui demeurent sur la probable utilisation du pass sanitaire pour les rassemblement de plus de 1.000 personnes.

 

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