Culture - Louvre-Lens, un an après : vers un effet Bilbao ?

Le 4 décembre 2012, François Hollande inaugurait le nouveau musée du Louvre-Lens, ouvert au public huit jours plus tard (voir notre article ci-contre du 6 décembre 2012). Le musée affichait alors un objectif de 700.000 visiteurs en 2013, puis un étiage à environ 500.000 visiteurs annuels, soit la moitié de ceux du musée Guggenheim de Bilbao. Un an après l'inauguration, le pari est plus que tenu. Depuis un an, le Louvre-Lens a en effet accueilli 900.000 visiteurs, soit près de 30% de plus que prévu. Les chiffres sont certes moins impressionnants que ceux du Mucem à Marseille - 1,25 million de visiteurs en quatre mois depuis son ouverture en juin 2013 (voir nos articles ci-contre du 4 novembre et du 17 septembre 2013) -, mais le musée phocéen bénéficiait d'une visibilité exceptionnelle, avec Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture.

20% de visiteurs étrangers

Le public est en majorité (56%) originaire de la région Nord-Pas-de-Calais, mais le musée a également accueilli environ 20% de visiteurs étrangers (dont 100.000 Belges, soit 11% des visiteurs). Dans un communiqué du 2 décembre, "le conseil régional, maître d'ouvrage et principal financeur du Louvre-Lens, se félicite de son formidable succès", La région indique par ailleurs que le musée "tient aussi sa promesse sur le plan économique grâce à la création de 400 nouveaux emplois liés notamment à l'activité économique sur l'ensemble de son territoire" (200 créés directement par le musée et 200 dans le secteur de l'hôtellerie-restauration). Selon le conseil régional, les restaurateurs lensois ont vu leur chiffre d'affaires progresser de 20 à 30%, avec une "très nette augmentation des réservations de groupes".
Le musée est aussi à l'origine d'environ 5.000 articles dans la presse internationale et le New York Times a classé Lens au 26e rang des "Top destinations" de 2013. Et, pour couronner le tout, le musée vient d'obtenir, le 19 novembre, l'Equerre d'argent, pour le travail remarquable des deux architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa (Agence Sanaa, déjà récompensée en 2010 par le Pritzker Price, le "Nobel" de l'architecture).

Attention à l'épreuve de la deuxième année

Peut-on parler pour autant d'un "effet Bilbao" ? Une telle affirmation serait sans nul doute prématurée (voir aussi notre article ci-contre du 6 décembre 2012). Tout d'abord, il faudra affronter - comme le Mucem - l'épreuve de la deuxième année. Or celle-ci peut se révéler redoutable, comme le montrent les difficultés du Centre Pompidou-Metz (voir notre article ci-contre du 25 septembre 2013). Les responsables du Louvre-Lens ont d'ailleurs eu la sagesse de maintenir la gratuité de la "galerie du Temps", la pièce maîtresse du musée. Prévue à l'origine pour la seule première année, elle sera finalement prolongée jusqu'à la fin de 2014.
Ensuite, les 400 emplois créés apparaissent limités, au regard de la taille du bassin d'emploi et de sa situation (16% de chômage). Pour aller plus loin, il faudra retenir les touristes attirés par le musée (dont la durée moyenne de séjour est de 1,37 jour) et développer des activités autour du Louvre-Lens. La région s'y emploie - au prix fort - avec la décision récemment annoncée par Aurélie Filippetti d'implanter sur le site le futur centre de réserves du musée du Louvre, initialement prévu - dans un périmètre plus large - à Cergy-Pontoise (voir notre article ci-contre du 7 octobre 2013).
Enfin, il ne faut pas oublier que "l'effet Bilbao" s'est produit à une période de forte croissance économique pour l'Espagne (le musée a ouvert en 1997) et dans une région qui est la plus industrielle et la plus dynamique d'Espagne avec la Catalogne. L'implantation du musée Guggenheim s'y est accompagnée de toute une série d'autres chantiers parallèles : nouvel aéroport, Palacio Euskalduna à la place d'anciens chantiers navals, tour Iberdrola, déplacement de dix kilomètres des activités portuaires et industrielles, aménagement des friches industrielles par une autre star mondiale de l'architecture (l'anglo-iraquienne Zaha Hadid)... Le Louvre-Lens peut tout à fait engendrer une dynamique similaire. Mais elle ne sera pas le fait des seuls visiteurs du musée et ses résultats éventuels ne seront sans doute réellement mesurables que dans quelques années.

 

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