Pilotage du numérique éducatif : quand les collectivités tirent à hue et à dia

La seconde journée des États généraux du numérique pour l'éducation du 5 novembre 2020 a mis en évidence le fossé entre les attentes des petites et des grandes collectivités. Quand les représentants des communes petites et rurales se tournent vers l'État pour mieux investir, les régions revendiquent un pilotage égalitaire.

Il est un cliché qui se répète de congrès en colloques : la position de nombreux intervenants semble connue d'avance. Selon ce principe, on devrait savoir la façon dont se positionnent les collectivités territoriales face à la question du pilotage du numérique éducatif. Pourtant, les États généraux du numérique pour l'éducation (EGN), qui se tiennent en visioconférence les 4 et 5 novembre 2020, n'apportent pas de réponse tranchée. Selon la taille et, partant, les moyens des collectivités, la position est fort différente.
Un constat d'abord. Sur la page de l'évènement recensant plusieurs dizaines de contributions institutionnelles, seules deux associations d'élus locaux – en plus de l'Avicca, qui regroupe les collectivités engagées dans le numérique, mais n'a pas formulé de propositions formelles – ont déposé le fruit de leurs réflexions : l'AMRF (Association des maires ruraux de France) et l'APVF (Association des petites villes de France). Autrement dit, des associations représentant les plus petites communes. Autre point commun : elles représentent des territoires lourdement carencés en termes d'accès au numérique, que ce soit par l'absence de la fibre ou de la 4G. APVF et AMRF partagent une autre préoccupation : les communes qu'elles représentent ont des moyens financiers très limités. Et donc un besoin de cibler au mieux leurs investissements. L'APVF en appelle ainsi à un "partenariat respectueux" avec l'État en fustigeant les dépenses occasionnées par des dispositifs tels que le 2S2C, "qui constituent des transferts de compétences déguisés", alors que les collectivités "se doivent de financer en priorité les investissements nécessaires pour équiper et assurer le renouvellement et la maintenance des ressources numériques des écoles". À commencer par le déploiement du très haut débit et de la 4G.

"Dites-nous quels investissements faire !"

Rien d'étonnant à ce que leurs positions respectives face à la question du pilotage du numérique éducatif présentent de fortes similitudes. L'AMRF estime ainsi que "l’Éducation nationale se doit d’assumer son rôle". Un rôle que les maires ruraux voit large : assurer la diffusion de préconisations précises aux collectivités s’agissant des matériels les mieux adaptés de façon à "éclairer au mieux les choix d’achat des communes" ou encore assurer une mise à disposition de ressources numériques publiques, accessibles à toutes les écoles.
Le besoin d'une ligne claire se fait également ressentir à l'APVF. Une de ses propositions vise à "définir des orientations nationales actualisées sur la nature du déploiement numérique et des usages liés, afin d’orienter les politiques d’acquisition d’équipements numériques et éviter gaspillage ou gadgetisation". On comprend bien le message des deux associations : "Dites-nous de quoi les écoles ont besoin de façon à faire les bons investissements." Voilà pour les petites collectivités.
À l'opposé se trouvent les conseils régionaux. Le 5 novembre, lors d'une table ronde des EGN intitulée "Le numérique, une compétence partagée avec les collectivités", Jean-Louis Nembrini, vice-président de la région Nouvelle-Aquitaine, a immédiatement posé la question de fond sous la forme d'une métaphore culinaire : "Faut-il que les collectivités se contentent de mettre la main à la pâte ou faut-il qu'elles soient conceptrices de la recette ?"

Pour un pilotage à égalité entre collectivités et État

Et cet ancien directeur général de l'enseignement scolaire d'apporter sa réponse : "Je ne crois plus que la gestion doive s'effectuer à partir du niveau national. Il faut déconcentrer mais ce n'est pas suffisant. Le pilotage du numérique doit s'effectuer à égalité entre les collectivités et l'État. On ne peut pas nous demander d'investir puis d'être au service d'un donneur d'ordres qu'est l'État." Pour Jean-Louis Nembrini, s'il convient de respecter des objectifs nationaux, le numérique éducatif doit être piloté au plus près des territoires.
Peu avant que Bruno Studer, président de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale propose de "nationaliser" l'utilisation de Pronote en affirmant que "c’est à l’État d’assurer le cadre des infrastructures au sein duquel les acteurs évoluent", Jean-Louis Nembrini avait pris l'exemple de ce logiciel de vie scolaire présent sur l'espace numérique de travail (ENT) de sa région : "Si un éditeur signe au niveau national, cela met en péril les solutions mises en place par les ENT des collectivités. De plus, les collectivités devraient financer ce type de solutions nationales." 
En conclusion des EGN, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, s'est voulu rassurant : "Il faut de la coconstruction. Nous allons essayer d'avoir une forme de gouvernance qui inclue toute la communauté éducative." Une promesse dont la mise en œuvre sera regardée de près par les collectivités. Avec parfois un certain biais, chacun selon la taille, ses moyens… et ses ambitions.

 

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