Premier arrêté de protection des habitats naturels pour freiner la surfréquentation touristique du Mont-Blanc

Le préfet de Haute-Savoie a signé, le 1er octobre, un arrêté de protection des habitats naturels (APHN) couvrant l'ensemble du site du Mont-Blanc. Il s'agit de mettre un terme "à une recrudescence de comportements inadaptés et d'incivilités" qui se sont multipliés ces derniers temps. Mais, dans son dossier de présentation de l'arrêté, le préfet ne cache pas que l'objectif est aussi de freiner "les pressions croissantes liées à la surfréquentation". Entre 15 à 20.000 personnes se lancent en effet chaque année dans l'ascension du toit de l'Europe et la fréquentation peut aller jusqu'à 500 personnes par jour durant l'été.

Cet arrêté, dont on pourra surtout juger l'efficacité lors de l'été prochain, marque l'aboutissement d'une démarche fortement soutenue par les maires de Chamonix et de Saint-Gervais les Bains, qui se partagent le Mont-Blanc avec la commune des Houches. Le 31 mai 2019, le préfet avait déjà pris un arrêté réglementant, du 1er juin au 29 septembre inclus, les conditions d'accès à l'itinéraire de la voie normale pour l'ascension (voir notre article ci-dessus du 4 juin 2019). Mais cet arrêté, fondé sur de possibles troubles à l'ordre public, manquait sérieusement de base légale et n'a pas empêché une saison estivale riche en défis absurdes et comportements stupides et dangereux (comme d'amener un jacuzzi, une cage de foot ou un rameur sur le sommet du mont, ou de stopper en pleine ascension un alpiniste russe avec son enfant de dix ans...).

Devant l'exaspération des maires, Emmanuel Macron, lors de sa visite à Chamonix consacrée à la biodiversité, le 13 février dernier, avait promis la prise d'un arrêté plus adapté (voir notre article ci-dessous du 13 février 2020). L'APHN couvre en effet 3.175 hectares et englobe l'intégralité des parcours classiques d'ascension du Mont-Blanc, et non pas la seule voie principale comme en 2019. Proposé à l'origine par la loi Grenelle 2 de 2010, le dispositif de l'APHN s'est concrétisé par un décret du 19 décembre 2018 et le premier APHN a été signé dans le Nord le 12 mars dernier. Même si celui du Mont-Blanc vise clairement à lutter contre la surfréquentation, il faut néanmoins, pour pouvoir prendre un tel arrêté, que soit présent sur le site au moins un habitat naturel – faune ou flore – figurant sur une liste nationale de 156 habitats (pour la métropole). Dans le cas du Mont-Blanc, 13 habitats naturels figurant sur cette liste sont effectivement présents sur le site. Dans un tweet du 1er octobre, Bérangère Abba, la secrétaire d'État chargée de la biodiversité, se félicite d'ailleurs de cette "bonne nouvelle pour la nature et l'économie locale" et estime qu'"aujourd'hui, après une riche concertation, nous protégeons la biodiversité et les activités touristiques".

L'APHN n'est cependant pas prévu pour régler la question des déposes en hélicoptère pour l'alpinisme ou le parapente. Selon la préfecture, cette question "fait l'objet de réflexions qui devraient conduire à faire évoluer la règlementation existante avant la saison estivale 2021".

 

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