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Premier bilan de la saison touristique estivale : la France et le désert parisien

Les premiers résultats sur la fréquentation hôtelière de cet été 2020 montrent que les destinations balnéaires tirent plutôt bien leur épingle du jeu. Le contraste est très fort avec Paris et, dans une moindre mesure, les grandes villes, où la situation reste catastrophique, près de la moitié des hôtels étant toujours fermés dans la capitale. Les différences sont également très marquées selon les catégories d'hôtels.

Les premiers chiffres de la fréquentation touristique durant la saison d'été commencent à tomber. En attendant les données officielles de l'Insee, ils émanent de cabinets spécialisés et portent essentiellement sur les résultats hôteliers. Ces chiffres donnent néanmoins un éclairage sur ce que pourrait être le bilan définitif de la saison estivale 2020. Pour la première fois depuis longtemps, ils mettent en évidence un contraste très fort entre les sites touristiques de province d'un côté et, de l'autre, Paris et l'Ile-de-France et, dans une moindre mesure, les grandes métropoles. Même les attentats de 2015 à Paris n'avaient pas eu un effet aussi prononcé, et surtout aussi durable, sur la fréquentation touristique.

80% des hôtels ouverts en France à la mi-août, mais 47% à Paris

Le cabinet MKG Consulting, l'un des grands spécialistes du secteur, publie ainsi une première analyse de l'activité hôtelière. Après la fermeture quasi généralisée durant les deux mois de confinement (seules 17% des chambres étaient ouvertes en France au début du mois d'avril bien que le confinement ne concernait pas les hôtels, sauf pour les parties communes), il commence par s'intéresser au taux d'ouverture des hôtels, par zone géographique et par gamme. Ainsi, à la mi-août, 80% des hôtels étaient ouverts sur l'ensemble de la France, toutes catégories confondues. Mais cette moyenne recouvre de fortes disparités. Le taux d'ouverture est ainsi de 98% pour les hôtels du littoral et de 90% pour la province (hors littoral). Mais il tombe à 47% à Paris et à 67% en Ile-de-France hors Paris.

En termes de classement, ce sont les hôtels haut de gamme, très dépendants de la clientèle internationale, qui ont le moins rouvert. Le taux d'ouverture national à la mi-août est ainsi de 91% pour les une et deux étoiles, de 87% pour les trois étoiles, de 66% pour les quatre étoiles et de 59% pour les cinq étoiles (et seulement 29% à Paris).

Ces contrastes se retrouvent également dans les taux d'occupation, donnée essentielle pour la rentabilité des hôtels. Pour la période du 1er au 16 août, le taux d'occupation des hôtels ouverts est ainsi de 93% sur la côte atlantique, de 89,3% sur la Manche, de 88,5% sur la Méditerranée, de 87,4% sur le littoral breton et de 67,3% sur la province hors littoral. Mais il tombe à 36,1% à Paris et à 42,3% en Ile-de-France hors Paris. Le taux d'occupation national s'établit ainsi à 62,6% sur la première quinzaine d'août, en nette amélioration par rapport à juillet (50,9%).

Une baisse sensible, mais qui ralentit

MKG Consulting estime qu'"avec un taux d'occupation de 55% sur ces six semaines, l'été 2020 se conclut donc par une baisse certes sensible (-20,2 points par rapport à 2019) mais finalement bien plus modérée que celles enregistrées ces derniers mois, et qui ralentit : elle passe de -24,9 points en juillet à -11,5 points sur la première quinzaine d'août". Les taux d'occupation varient en revanche assez peu selon les catégories d'hôtels, mais le résultat n'est pas forcément significatif compte tenu des différences dans les taux d'ouverture.

Globalement, le littoral dans son ensemble apparaît nettement comme le gagnant de la saison estivale. Sur la première quinzaine d'août, le littoral de la Manche enregistre même un meilleur résultat que sur la même période de 2019, sans le Covid-19 (+4,5 points de fréquentation). L'étude indique également que "le littoral breton (-7,3 points) et la façade Atlantique (-3,5 points) affichent, eux aussi, de légères baisses de fréquentation sur l'été, mais vu le contexte actuel cela peut être considéré comme un été 'réussi'".

"La France a mieux résisté que ses partenaires européens"

L'étude de MKG Consulting apporte aussi un éclairage intéressant et inédit sur la situation de la France par rapport à ses principaux partenaires. Il en ressort que "la France a mieux résisté que ses partenaires européens". La France est en effet le "seul pays européen à bénéficier à la fois d'un marché domestique fort et d'une présence importante d'un tourisme d'agrément diversifié (à la fois balnéaire, de montagne, viticole, culturel et patrimonial)".

Résultat : la France affiche, sur le mois de juillet un taux d'occupation hôtelier (50,9%) nettement supérieur à celui de l'Italie (35,5%), du Portugal (35,3%), de l'Allemagne (34,6%), de la Grèce (31,2%) et de l'Espagne (29,6%), particulièrement touchée par le rebond de la pandémie. En termes de taux d'ouverture, seule l'Allemagne (88%) – le pays le moins touché par le Covid-19 – fait mieux que la France (80%), devant le Portugal (78%), l'Italie (67%), l'Espagne (62%) et la Grèce (46%).

A noter : malgré le nombre important de chambres fermées, la France affiche aussi, en juillet 2020, le RevPAR (revenu par chambre) le plus élevé avec une moyenne de 41,5 euros. Mais ce chiffre reste néanmoins en recul de 41,3% par rapport à celui de la même période de 2019. La crise est donc encore loin d'être terminée.

 

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