Rentrée scolaire : "l'accomplissement des réformes" malgré la crise sanitaire

La vaccination des élèves et des personnels va permettre d’avoir "plus de sérénité", espère Jean-Michel Blanquer. Lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée, le 26 août 2021, le ministre a réaffirmé que la vaccination fait partie des trois piliers de la lutte contre l’épidémie à l’école avec les gestes barrière et les tests mais s'est surtout employé à revenir sur le "plein accomplissement des réformes" menées depuis le début du quinquennat. 

Pour Jean-Michel Blanquer, l’année scolaire 2021-2022, qui s’ouvre pour les élèves le 2 septembre 2021, est celle du "plein accomplissement des réformes". Alors que le Covid-19 et son variant Delta continuent de circuler fortement sur le territoire français, le ministre de l’Éducation nationale fait le vœu le 26 août, lors de sa conférence de presse de rentrée, de "continuer à creuser les sillons" de sa politique éducative. Il ne veut pas en être "détourné par la crise sanitaire". Et ce n’est d'ailleurs qu’après environ une heure de présentation des réformes engagées depuis 2017 et à venir que Jean-Michel Blanquer a évoqué la rentrée 2021 de 12,4 millions d'élèves et de 866.500 enseignants

Niveau 2 du protocole retenu

Cette rentrée doit s'opérer selon le scénario 2 du protocole sanitaire (voir notre article du 28 juillet) mis en place par le ministère, qui autorise tous les élèves à être accueillis en présentiel. Selon ces règles, un cas de Covid-19 dans une classe du secteur primaire entraîne une fermeture, comme en juin. Au collège et au lycée, en cas de contamination dans une classe, seuls les élèves cas contacts non vaccinés devront s'isoler une semaine.

Plus globalement, la gestion de la crise sanitaire dans les écoles et établissements scolaires va se baser sur trois "piliers", a expliqué le ministre. Tout d’abord, la poursuite des gestes barrière : lavage régulier des mains, aération fréquente des locaux restent la règle, limitation du brassage par niveau, désinfection des surfaces, port du masque en intérieur et conditionné, en extérieur, à la situation du territoire, activités sportives à l'intérieur lorsque c'est nécessaire (intempéries, disponibilité des installations, etc. avec une distanciation de deux mètres).

"Les capteurs de CO2 ne sont pas centraux"

Alors que des acteurs éducatifs demandent instamment l’installation de capteurs de CO2 dans toutes les classes, Jean-Michel Blanquer assure "encourager" leur généralisation. Il rappelle toutefois que cette mesure relève de la compétence des collectivités territoriales et nuance en soulignant que "ces capteurs ne sont pas centraux dans la stratégie de lutte contre l’épidémie. Ils sont comme un thermomètre, le plus important est surtout d’ouvrir les fenêtres le plus souvent possible". Le ministre assure néanmoins "travailler pour aider les collectivités qui auraient des difficultés financières pour les acquérir" et précise qu’une circulaire sera bientôt publiée sur ce point. Lors de sa propre conférence de rentrée, qui se tenait elle aussi jeudi 26 août (voir notre article de ce jour), la présidente de Régions de France, Carole Delga, a rappelé la mise en place de "capteurs de CO2 mobiles" dans les lycées "tout particulièrement dans les lieux de restauration scolaire qui sont les lieux que nous devons  surveiller prioritairement". Elle a par ailleurs souligné dans un communiqué du même jour que les régions "ont avancé l'argent" mais qu'elles sont toujours en attente d'une réponse de la part du gouvernement sur leur demande de compensation. "Il reste donc encore des efforts à faire et à intensifier de la part de l'exécutif vis-à-vis des régions et j’attends beaucoup de la réunion avec le Premier ministre, Jean Castex, prévue le lundi 13 septembre prochain", conclut-elle.
Quant aux purificateurs d’air, le ministre se montre plus sceptique : "Tous n’ont pas la même vertu, certains peuvent avoir un effet contre-productif."

12-17 ans : 57% ont déjà reçu une première dose

Le deuxième pilier est la stratégie désormais connue du "tester, alerter, protéger". "La stratégie de test se déploie massivement dans le premier degré, avec 600.000 tests hebdomadaires, chiffres que nous commencions à atteindre en fin d’année dernière", assure Jean-Michel Blanquer. Et de poursuivre : "Dans le second degré, il y aura autant d’autotests que nécessaire pour arriver à s’adapter et à rompre les chaînes de contamination." Le ministre précise que les personnels qui le souhaiteront se verront encore distribuer deux autotests par semaine. L’an dernier, la campagne d’autotests dans les lycées n’a pas été au niveau escompté par le ministère. De nombreux autotests restent d’ailleurs stockés dans les établissements.

Troisième pilier : la vaccination. Elle va permettre, assure le ministre, d’avoir "plus de sérénité que nous avons eu précédemment". Citant une enquête Ipsos, Jean-Michel Blanquer indique que 78% des professeurs ont terminé leur schéma vaccinal et 11% vont recevoir leur deuxième dose sous peu. Quant aux 12-17 ans, 57% ont déjà reçu une première dose. "Notre volonté est d’élargir la vaccination. Nous travaillons pour qu’une proposition vaccinale soit faite pour ces élèves au plus près du terrain, pour se faire vacciner, soit dans l’établissement, soit à proximité." Différentes modalités d’organisation sont prévues : le déplacement d’une équipe mobile de vaccination dans l’établissement scolaire ou à proximité ; le déplacement des élèves, à pied ou en transport, dans les centres de vaccination ; la venue de "vaccibus", des créneaux réservés par établissement avec ou sans rendez-vous, etc.

Des décisions locales "pas exclues"

Le 25 août, le gouvernement a décidé de reporter la rentrée en Guadeloupe, en Martinique et dans une partie de la Guyane en raison de la situation épidémique. En revanche, il n’est pas question de décaler la rentrée en métropole. "Il n’y a aucun département de métropole qui est dans la même situation que dans les Antilles." Toutefois, admet-il, "nous aurions pu avoir un niveau de protocole différent mais le niveau sanitaire nous a conduits au niveau 2 partout car il y a une tendance à l’homogénéité", expliquant se baser sur les critères de santé publique générale ainsi que sur des critères "propres à l’Éducation nationale", comme le taux de vaccination des personnels et des élèves. Jean-Michel Blanquer n’exclut pas, à l’avenir, que des "décisions locales" différentes, y compris en métropole, puissent être prises.

Éducation prioritaire

Le ministre a commencé sa conférence de presse par rappeler les deux principes sur lesquels il fonde sa politique et qui vont de pair selon lui : "l’élévation du niveau général des élèves" et "donner plus à ceux qui ont moins".

Pour justifier le premier, Jean-Michel Blanquer a cité les dédoublements de classes de grande section, CP et CE1 d’éducation prioritaire : actuellement, selon lui, 50% des classes en REP et 90% en REP+ sont dédoublées. Aussi, l’objectif de limitation à 24 élèves dans les classes de la grande section au CE1 partout en France sera "pleinement atteint à la rentrée 2022. Aujourd’hui, c’est déjà le cas dans une grande majorité des classes", assure-t-il. En janvier dernier, cela concernait 74% des classes.

Petits-déjeuners gratuits

Ce premier principe s'illustre aussi, selon le ministre, dans la mise en place des évaluations nationales, dans l’instruction obligatoire à 3 ans, dans le dispositif "devoirs faits" (qui concernait un collégien sur trois à la rentrée dernière, selon le ministre) et les réformes du lycée, professionnel, général et technologique.

Quant au deuxième principe, il a été question de la politique autour de l’école inclusive (on recense 400.000 élèves en situation de handicap scolarisés en France, soit près de 20% en plus en cinq rentrées scolaires, et 100% du territoire couvert par les Pial, selon le ministre) et de l’éducation prioritaire (dont les internats d’excellence). Nathalie Élimas, secrétaire d’État à l’éducation prioritaire, a mis en avant le déploiement des petits-déjeuners gratuits, pour lesquels 1.000 communes sont actuellement engagées et qui a pu bénéficier à 238.000 enfants l'année scolaire passée. À compter de la rentrée, le dispositif devrait concerner 3.000 classes et plus de 500.000 élèves.

Revalorisation des AESH

Jean-Michel Blanquer a par ailleurs balayé de nombreux autres sujets éducatifs hors crise sanitaire, et notamment les mesures de ressources humaines, issues notamment du "Grenelle de l’éducation" (voir notre article du 26 janvier 2021). Le ministre a rappelé avoir pris 12 engagements et assure qu’ils seront "réalisés en 2021-2022".

Parmi eux, celui de la revalorisation des personnels. L’objectif est qu’il n’y ait pas un seul professeur en France qui gagne moins de 2.000 euros par mois", a promis Jean-Michel Blanquer. Il souligne aussi l’enveloppe de 60 millions d’euros dédiée à la revalorisation des AESH (voir notre article de ce jour). Et d’assurer, que "ce quinquennat sera de très loin celui qui aura augmenté le plus le budget de l’Éducation nationale". Le ministre rappelle également les mesures autour de la direction d’école, en particulier l’augmentation des décharges et assure que la proposition de loi de Cécile Rilhac va bientôt être de nouveau examinée par le Parlement (voir notre article du 11 mars 2021).

Création d'un Conseil supérieur des langues

Jean-Michel Blanquer a en outre cité plusieurs autres mesures en cours de mise en œuvre, dont la plupart étaient déjà présentes dans la circulaire de rentrée (voir notre article du 10 juillet 2021) : le Pass’sport, le "savoir rouler" et "savoir nager" avec notamment des appels à projets autour de l’aisance aquatique et la distribution pour les jeunes d’un chèque de 50 euros d’aide à l’inscription dans un club sportif ; le pass culture, qui sera l’équivalent de 800 euros par an pour chaque classe de collège, étendu à tous les élèves à partir de la 4e jusqu'en terminale ; la création d’un conseil supérieur des langues (étrangères, régionales, des civilisations anciennes) ; la certification Pix, qui est le service public en ligne pour évaluer, développer et certifier ses compétences numériques tout au long de la vie, à partir de cette rentrée pour les élèves en 3e, en lycée, en BTS, en CPGE  et l’évaluation des établissements avec l’objectif "que 20% des établissements soient évalués chaque année. 

Lancement d'une campagne sur la laïcité

Enfin, la laïcité fait l’objet d’une mobilisation particulière à l’occasion de cette rentrée scolaire. Le ministère va engager une campagne nationale de communication pour la promouvoir à l’école, auprès de "toute la communauté éducative et, plus largement de l’opinion publique". Déclinée autour de 8 visuels diffusés en ligne et déployés dans les établissements du primaire et secondaire, elle inscrit "le récit de la laïcité dans le quotidien des enfants", "en lien avec les valeurs de la République", expose le ministère. Une campagne qui a d'ores et déjà fait l'objet de pas mal de critiques et détournements... Les écoles, collèges et lycées vont recevoir un coffret "guide républicain" destiné aux équipes pédagogiques et éducatives. Enfin, 1.000 formateurs devraient être formés à la laïcité à compter de la rentrée, dans le cadre d’un plan quadriennal. La formation à la laïcité figure comme une "priorité du schéma directeur de la formation continue des personnels de l’Éducation nationale 2022-2025" qui sera publié fin 2021, précise le ministère.

 

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