Archives

Education / Gens du voyage - Scolarisation des enfants roms : un rapport de plus et un énième groupe de travail

George Pau-Langevin, ministre déléguée à la Réussite éducative, a annoncé, jeudi 11 juillet, à Lyon, à l'occasion des Universités d'été en études romani, la création d'un groupe de travail national pour renforcer l'action du gouvernement en faveur de la scolarisation des enfants roms. Les membres seront bien inspirés de lire le chapitre consacré au sujet dans le tout récent rapport sur "l'évaluation des dispositifs d'accompagnement des personnes présentes dans les campements" des inspections générales (IGA, Igas, IGAENR) et du CGEDD (Conseil général de l'environnement et du développement durable). Les auteurs détaillent les difficultés de scolarisation des enfants roms et liste des recommandations pour lever ces obstacles.

300 enfants inscrits sur 600 estimés

Si nationalement, le nombre de ces enfants est estimé à environ 6.000, les exemples locaux étudiés dans le rapport tendent à montrer que la réalité est "le plus souvent loin de cette estimation". Ainsi cet exemple "significatif" du campement de la Porte d'Arras à Lille : les services de la police nationale relèvent la présence de 450 personnes, alors que les associations locales estiment que près de 800 personnes y vivent en permanence. Dans ce département du Nord, ce seraient 600 enfants qui devraient être scolarisés à l'échelle du département mais "seulement" 300 élèves environ (dont 182 dans le premier degré) sont inscrits en "unité pédagogique pour élèves allophones arrivants" (UPE2A).
La faible scolarisation de ces enfants ne serait pas seulement une question de recensement. Les interlocuteurs rencontrés par les inspections mettent en avant d'autres explications : "la passivité de certains parents", "l'utilisation, pour ne pas parler d'exploitation, des mineurs en cours de journée, durant les horaires scolaires, pour des actions de mendicité sur la voie publique" ou encore des phénomènes d'absentéisme en seconde partie de journée "après que les enfants sont revenus chez eux pour déjeuner, faute le plus souvent de pouvoir accéder à la cantine".
Pour les auteurs du rapport, la lutte contre l'absentéisme est "une question clé". "Une action conjointe des autorités académiques, des procureurs de la République, des conseils généraux et des municipalités doit permettre de fixer les modalités de leurs interventions partagées pour que soit assurée l'assiduité scolaire", estiment-ils.

La coopération pour "dépasser les obstacles"

Inutile de se voiler la face, les inspections générales observent "des positions exprimées et assumées publiquement par certains maires, de réticence, voire d'opposition, à l'inscription administrative à l'école primaire". Des édiles utiliseraient comme prétexte l'absence de certains documents lors de l'inscription. Naturellement, les préfets et les services de l'Education nationale "ne doivent pas tolérer ce type de pratique qui fait délibérément obstacle à la loi et politise le droit à l'éducation", insistent les auteurs du rapport.
Autre obstacle : la capacité locale de l'Education nationale à accueillir un nombre trop conséquent d'enfants allophones. "L'école communale proche du campement peut être saturée", reconnaît le rapport. Par ailleurs, les compétences, moyens et ressources qui seraient adaptées "ne sont pas toujours aisés à mettre en oeuvre, notamment en termes de proximité".
"Seules les opérations organisées et pilotées par des acteurs institutionnels (services de l'Etat, collectivités territoriales et associations) ont permis de dépasser ces obstacles et de prendre en charge la totalité des enfants", insiste le rapport. Il s'agit alors d'opérations portant sur quelques dizaines d'enfants, souvent habitant dans des sites d'hébergement stabilisés ou des villages d'insertion. La coopération se traduit notamment par des procédures administratives simplifiées visant à garantir un accueil rapide dans la classe et une plus grande efficacité dans les procédures d'inscription aux services dont peut bénéficier l'élève, en particulier le transport et la cantine scolaires.
Les auteurs insistent également sur l'importance du dialogue avec les familles. Ils encouragent le développement des expériences permettant aux parents, dont les enfants sont scolarisés, d'engager parallèlement une démarche d'alphabétisation ou de formation linguistique (programme Andatu à Lyon, villages d'insertion de Fives et de Fâches-Thumesnil à Lille, Aubervilliers et Montreuil en Seine- Saint-Denis…)