Smart city : l’innovation au service des territoires

Pour construire collectivement des territoires plus durables, plus connectés, plus inclusifs et plus attractifs, l'innovation joue un rôle clef. Qu’il s’agisse d’innovations technologiques, - souvent basées sur l’utilisation du numérique et des données - ou d’innovation sociales ou environnementales, de multiples solutions et démarches novatrices peuvent contribuer à rendre vos territoires plus durables et intelligents.

Smart territoire : les écueils à éviter

Les projets de smart territoire ne sont pas exempts de risques. Le premier est de rater sa cible : le citoyen dans toute sa diversité. Le second est de ne pas réussir à recueillir sa confiance, voire d'alimenter sa défiance à l'égard des technologies. Deux exigences qui passent par des garanties sur la sécurité des données mais aussi par l'adhésion du citoyen aux finalités du projet. Le troisième écueil est enfin de multiplier projets et dépenses sans maitriser les coûts, sans réussir à optimiser les services.

Sécurité des données et protection de la vie privée : bâtir la confiance est indispensable 

Le concept de smart city séduit les élus avec l'image de modernité et d'attractivité qu'il véhicule. Pour le citoyen, ce concept est plus lointain, parfois mal compris. En d'autres termes, il "ne fait pas rêver" car il ne constitue pas un objectif en soi. La smart city doit être au service de la ville durable, résiliente, participative et inclusive. De l'élaboration à la conception des projets, le citoyen doit être le seul fil conducteur du projet en oubliant jamais ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas utiliser les outils numériques.

Dans cette dernière catégorie on retrouve les personnes souffrant d'illectronisme mais aussi ceux et celles qui voient dans la smart city les prémisses de la société de la surveillance. Les technologies de la smart city ne sont pas bonnes ou mauvaises en elles-mêmes mais peuvent être détournées à des fins autoritaires. L'exemple de la Chine, avec son système de notation sociale reposant sur la reconnaissance faciale généralisée montre que le cauchemar imaginé par Georges Orwell dans "1984" peut devenir réalité. Si cette dérive va de pair avec un régime autoritaire et l'absence d'état de droit, certains s'inquiètent de voir se développer dans les grandes démocraties occidentales la reconnaissance faciale dans l'espace public, l'usage de drones à des fins de surveillance des populations ou encore l'exploitation des données de géolocalisation des smartphones.

Le règlement général sur la protection des données personnelles

Le règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), associé au renforcement des pouvoirs de contrôle et de sanction de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL), constituent des garde-fous face aux dérives potentielles de la smart city. Néanmoins, le sujet de la vie privée et du "traçage" reste extrêmement sensible comme le montrent toutes les études d'opinion. Des projets technologiques pleins de bonnes intentions – lutter contre les bruits de voisinage, renforcer les capacités de prévention de la police… - peuvent se retourner contre les élus, voire remettre en cause la totalité du projet de smart territoire. La protection de la vie privée, le consentement des citoyens à l'usage de leurs données personnelles sont un élément clé de la confiance, socle de la smart city.

 

Concevoir une infrastructure numérique résiliente

La smart city accroit ensuite la dépendance des services publics au numérique. Quand le numérique dysfonctionne, c'est l'ensemble de la collectivité qui est impactée. Loin d'être une hypothèse, ce risque se réalise de plus en plus fréquemment.  Plusieurs dizaines de collectivités françaises ont ainsi déjà été paralysées par un "rançongiciel" ces derniers mois. Ces cryptovirus, installés à l'insu de la collectivité, sont conçus pour bloquer l'accès à l'ensemble des postes de travail et serveurs nécessaires aux fonctionnements des services. Les coûts de remise en service du système d'information dépassent fréquemment plusieurs centaines de milliers d'euros.

La sécurité des données au coeur du smart territoire

La sécurité, des données comme des infrastructures, n'est pas une option dans les projets de smart territoire. Sécuriser un système d'information est une affaire de choix techniques robustes – décrits dans le règlement général de sécurité de l'Anssi - mais aussi d'organisation. L'humain est en effet souvent le maillon faible, comme le met en évidence le guide de la Banque des Territoires. La formation des utilisateurs aux règles d'hygiène informatique "est essentielle et ne doit oublier les élus, ni les agents dotés de droits d'administrateurs comme le rappelle l'Anssi. 

Un plan de résilience numérique 

Le développement de l'internet des objets créée enfin de nouveaux risques qui s'ajoutent aux existants :  virus, vols de données, hameçonnage, attaques des serveurs… La multiplication des compteurs, capteurs et autres mobiliers urbains connectés sont autant de "portes" possibles pour les pirates. Les spécialistes de la cybersécurité imaginent de nouveaux scénarios catastrophe : prise de contrôle du réseau d'énergie, injection de données erronées dans le système d'information, détournement de véhicules autonomes… Si les industriels sont tenus de fournir des solutions fiables, les collectivités doivent intégrer ces nouveaux risques dans leurs cahiers des charges. Elles doivent surtout se doter d'un plan de "résilience numérique" pour garantir la continuité du service en cas de cyberattaque, de sinistre ou de pandémie.

 

Maitriser les coûts de la smart city

La smart city est souvent présentée comme un moyen de réaliser des économies. Ce retour sur investissement, analysé dans cette publication de la Banque des territoires sur l'évaluation socio-économique des cinq cas d'usages de la ville intelligente  à partir de cas concrets, est cependant loin d'être automatique. Il est certainement plus avéré pour l'énergie avec une facture de consommation qui diminue mécaniquement, que dans la "mobilité intelligente" où le retour financier est moins évident. La smart mobilité peut en revanche générer de nombreuses externalités positives : diminution de la pollution et des maladies respiratoires, gain de temps, mieux-être social… Si tous ne sont pas quantifiables, ils n'en sont pas moins essentiels.

Certains projets manquent par ailleurs de logique d'ensemble, en multipliant applications et autres dispositifs "intelligents" sans rationnaliser l'organisation, le système d'information ou encore la gestion des données. Sur ce dernier point, les collectivités doivent chercher à éliminer la ressaisie de données en privilégiant les API (connecteurs) pour aller puiser les données à la source. Les collectivités doivent aussi être très vigilantes sur les clauses de fin de contrat. Le risque est en effet d'avoir à rebâtir totalement le service en cas de changement de prestataire.

L'apparition d'un nombre croissant de services privés sur des domaines qui étaient avant gérés exclusivement par les collectivités fait par ailleurs évoluer les modèles économiques urbains, notamment dans les métropoles (voir cette étude sur les nouveaux modèles économiques urbains). Elle doit conduire les élus à bien calibrer l'intervention des collectivités, la commande publique n'étant plus l'unique levier. C'est plus particulièrement le cas dans la mobilité où des sociétés proposent des services - locations de vélos, trottinettes, scooters, autopartage… - susceptibles de trouver un équilibre financier. Un guide de la Banque des Territoires qui explique comment déployer de nouveaux services innovants de mobilité propose ainsi un panorama des montages juridiques possibles pour aider les villes moyennes à trouver le modèle le plus adapté. D'une façon plus générale, si les initiatives privées évitent à la collectivité de financer directement des services et des infrastructures, elles demandent néanmoins à être régulées pour qu'elles servent effectivement l'intérêt général.

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