Stratégie hydrogène : la Bretagne gonfle les voiles

C’est sur un chantier naval morbihannais, à l’occasion de la mise à l’eau de catamarans à hydrogène, que la région Bretagne a dévoilé ce 28 octobre sa feuille de route pour développer cette énergie prometteuse à l’horizon 2030, en cohérence avec sa stratégie climatique et d’autres acteurs locaux. Elle s’engage pour sa part à convertir sa flotte de navires, une partie de ses cars interurbains et trains, et à développer des boucles locales de taille diverses où l'hydrogène aura tout son rôle à jouer.

La Bretagne en est convaincue : disposant, de la production à la distribution, de l’ensemble des acteurs de la chaîne réunie sur un même territoire, sa carte énergétique à jouer est de devenir leader sur le marché des applications de l’hydrogène renouvelable, "ce tant en termes de compétences détenues par ses entreprises que de diffusion des technologies et d’appropriation par les citoyens", assure-t-on dans l'agence économique Bretagne développement innovation (BDI). 

Créée et financée par cette région, la BDI a contribué avec l’Ademe à réaliser l’an dernier une étude sur ce potentiel. Menée auprès de 400 acteurs pré-identifiés pour leurs compétences, elle conclut au fait que l’hydrogène renouvelable peut jouer un rôle majeur dans le mix énergétique breton. En premier lieu pour alimenter des véhicules et dans un secteur, les transports, qui arrive en deuxième position pour les émissions de gaz à effet de serre dans la région. L'étude a aussi relevé des opportunités dans les écosystèmes et segments de la chaîne industrialoportuaire, maritime et fluviale. Et des débouchés certainement moindres dans les entreprises - "très peu d’industriels bretons utilisent de l’hydrogène" – même si certaines peuvent "se positionner sur l’ensemble". "Collectivités et syndicats d’énergie réfléchissent aussi, avec une appétence croissante pour des applications autour des mobilités", complétait-elle. 

Des appétences et applications diverses

Ce repérage stratégique débouche aujourd’hui sur une feuille de route à l’horizon 2030 présentée ce 28 octobre à Belz (Morbihan), à l’occasion de l’inauguration de deux catamarans à hydrogène du Chantier Bretagne Sud. Elle s’insère dans le projet Breizh Cop. Quatre des objectifs de la conférence climat (COP) régionale concernent en effet l’hydrogène renouvelable. Le but est notamment d’augmenter grâce au vecteur hydrogène l’usage des énergies renouvelables, et ainsi "contribuer à l’autonomie énergétique de la région". Il faut pour cela faire émerger et accompagner des projets mais aussi, dans un souci d’exemplarité, convertir progressivement la flotte des véhicules, cars et navires possédés ou exploités par la région. Celle-ci s’engage ainsi à convertir une partie de sa flotte de véhicules terrestres, "en particulier les cars interurbains diesel et les trains roulant en dehors des lignes électrifiées, en complémentarité de leur conversion au bioGNV et à l’électricité, lorsque les offres commerciales seront disponibles et les infrastructures opérationnelles".

La Bretagne se fixe aussi l’objectif d’atteindre collectivement d’ici 2030 "huit boucles locales hydrogène renouvelable et bas carbone dans les trois premières années d’amorçage pour tendre vers 400 véhicules en circulation en 2025 et ainsi éviter 8.000 tonnes de CO2 par an". Dans ses écosystèmes portuaires, elle souhaite développer l’hydrogène pour économiser près de 6 millions de litres de carburant et diesel marin et éviter 15.000 tonnes de CO2/an. Autre objectif, se doter d’une première flottille de dix navires pilotes à chaîne propulsive électro-hydrogène pour la desserte de passagers, le cabotage de fret, la manutention et la pêche. Convertir environ 3.000 véhicules ne contribuerait qu’à une proportion minime (0,002%) de l’objectif de réduction des émissions de GES dans les transports, tel qu’il est fixé par le schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (Sraddet). Mais cela pourrait monter en puissance, jusqu’à 13% à plus long terme de cet objectif de réduction (soit 450.000 véhicules).

Concentrer les moyens 

Pour développer des boucles locales et amorcer l’usage de l’hydrogène, la feuille de route précise qu’il faut une ingénierie d’appui au montage de projets, une équipe structurée au niveau régional dédiée à l’hydrogène et de nouveaux appels à projets en 2021, 2022 et 2023 (enveloppe de 10 millions d’euros d’aides régionales). Pour le soutien structurant aux infrastructures et flottes seront mobilisés des outils européens, dont le programme opérationnel Feder 2021- 2027 et l'instrument de financement "Blending facility", que la Caisse des Dépôts est seule chargée de déployer en France pour le compte de l'Union européenne et dans le cadre du volet transports du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE-T).

L’accent est aussi mis dans cette feuille de route sur la recherche, qui "manque de visibilité", avec aucun laboratoire breton planchant actuellement sur le sujet. Dans sa prochaine stratégie de spécialisation intelligente, la région intégrera donc l’hydrogène. Des appels à projets régionaux de recherches et d’innovations seront lancés dès l’an prochain. La collectivité mobilisera par ailleurs ses pôles de compétitivité et de l’animation régionale pour apporter de l’expertise, aider aux études sur les procédés de production et application, et soutenir les pilotes industriels. Enfin, pour enclencher "sa propre transition hydrogène", la région entend "jouer un rôle déterminant". Elle investira "ponctuellement, en phase d’amorçage", dans des écosystèmes de production et d’usage, fédérera des armateurs et gestionnaires de flottes publics et privés aux enjeux de conversion. Et lance un programme ambitieux sur ses ports et ses flottes de navires "pour qu’à compter de 2022 et jusqu’en 2040, le renouvellement de ses propres flottes puisse être décarboné et, chaque fois que possible et pertinent, en privilégiant l’hydrogène".