Transports publics : les opérateurs réclament des financements "durables et pérennes"

Pour répondre à la demande de transports que confirment les résultats de l'Observatoire de la mobilité 2022 présentés ce 4 octobre, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) réclame plusieurs mesures qu'elle juge prioritaires dans le cadre du projet de loi de finances 2023.

Les transports publics retrouvent des couleurs, selon les résultats de l'Observatoire 2022 de la mobilité* présentés ce 4 octobre par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) avec l'Ifop. Après la crise sanitaire et les confinements qui avaient lourdement fait chuter leur fréquentation en 2020 et 2021 (voir notre article du 26 novembre 2021), 59% des personnes interrogées en juin dernier affirment utiliser régulièrement les transports publics et cette proportion monte à 74% en Île-de-France. Sans retrouver les niveaux de 2019 (73% des Français déclaraient alors être des utilisateurs réguliers des transports publics), l'embellie est réelle et "la France résiste plutôt pas mal par rapport à ses homologues européens ou à d'autres pays similaires", relève Marie-Ange Debon. Si la présidente de l'UTP, également à la tête du directoire de Keolis, voit comme un "combat à mener" le retour des "autosolistes" vers les transports publics, le report modal qui s'est opéré depuis la crise du Covid vers la marche et le vélo est plutôt une bonne chose à ses yeux car ils s'inscrivent "en complémentarité avec les modes plus lourds" avec lesquels il faut aller vers plus de "fluidité". Autre enseignement récent, selon Marie-Ange Debon : hormis dans les centres urbains tertiaires d'Île-de-France, l'impact du télétravail ne se fait pas ressentir sur les déplacements en transports publics, même le lundi et le vendredi.

Pratiques et pas chers...

Si de toutes les raisons qui poussent à utiliser les transports publics, leur caractère pratique est toujours cité en premier (46% des répondants, soit une proportion quasiment stable depuis 2018), l'argument qui arrive en deuxième position est le motif économique (17% des voyageurs), preuve de la montée en puissance des préoccupations en matière de pouvoir d'achat. Il arrive aujourd'hui devant la volonté de préserver l'environnement (15%). Alors qu'une voiture coûte en moyenne 420 euros par mois, soit 5.000 euros par an, un abonnement bus/tram/métro coûte en moyenne 31 euros par mois en province et 75,20 euros en Ile-de-France. Si l'on ajoute la mesure prise dans la dernière loi de finances rectificative pour 2022 qui permet à l'employeur de participer jusqu'à 75% (au lieu de 50%) à la prise en charge de l'abonnement transports publics de leurs salariés, en bénéficiant d'une exonération de cotisations et contributions sociales, le gain de pouvoir d'achat sur des abonnements annuels peut atteindre, par exemple, 207 euros en Île-de-France, 199 euros à Lyon, 135 euros à Toulouse, 124 euros à Rouen et 230 euros pour des trajets Nice-Menton en TER, illustre l'UTP.

"Choc d'offre" pour répondre à la demande des voyageurs

Pour rendre les transports publics encore plus pratiques, 63% des voyageurs (70% en Île-de-France) préconisent des transports plus fréquents, 53% des réseaux plus étendus (58% en province) et 45% des amplitudes horaires plus larges. Cela montre selon l'UTP que le report modal de la voiture vers les transports publics ne pourra se faire que si leurs avantages respectifs tendent à se rapprocher. Et pour augmenter les fréquences, les amplitudes horaires et le maillage attendus par les voyageurs, "il faut un choc d'offre", martèle Marie-Claude Dupuis, vice-présidente de l'UTP et directrice Stratégie Développement durable immobilier du Groupe RATP. La nécessité de développer l'offre est d'ailleurs plébiscitée par 93% des personnes interrogées dans le cadre de l'Observatoire de la mobilité, les utilisateurs étant 96% à répondre oui et les non-utilisateurs 89%. Mais pour financer ce développement, les Français sont moins unanimes sur les moyens à mobiliser. Taxer les mobilités les plus polluantes reste l'option préférée de 46% d'entre eux, même si celle-ci est en baisse de 6 points par rapport à 2021. Vient ensuite, pour 35% des personnes interrogées, l'augmentation du versement mobilité payé par les employeurs au profit des transports publics. En revanche, seuls 11% des Français préconisent d'augmenter les tarifs payés par les voyageurs, alors que les tarifs dans l'Hexagone sont parmi les moins chers d'Europe.

"Une priorité pour le quinquennat"

L'UTP estime donc nécessaire de prévoir des "financements durables et pérennes" pour soutenir le développement du transport public. "Dans le contexte des difficultés de pouvoir d'achat et de la double transition écologique et énergétique, ce doit être une priorité du quinquennat", soutien Marie-Ange Debon. Et selon elle, d'ores et déjà les 9,7 milliards d'euros prévus pour la mobilité dans le projet de loi de finances pour 2023 doivent être renforcés. Alors que l'énergie représente 10% des coûts des transports publics, l'envolée des prix met en grande difficulté les opérateurs comme les autorités organisatrices de la mobilité (AOM) déjà lourdement pénalisées par la crise sanitaire. L'UTP demande donc aux pouvoirs publics la création d'un mécanisme de compensation de la hausse des tarifs de l'électricité pour les gros consommateurs qui réalisent des missions d'intérêt général et contribuent à la décarbonation. Elle propose également de prolonger et d'amplifier en 2023 le dispositif de soutien au fret ferroviaire pour aider le secteur à faire face aux surcoûts énergétiques et se dit aussi "vigilante" quant à la reconduction des aides (170 millions d'euros par an) sur lesquelles le gouvernement s'est engagé dans le cadre de la stratégie nationale pour le fret ferroviaire.

"Choc de financement" sur les infrastructures

Surtout, l'UTP en appelle à un "choc de financement" sur les infrastructures. Elle demande d'abord aux pouvoirs publics de soutenir les projets de développement et de modernisation des systèmes de transport urbain ou périurbain portés par les AOM de toutes tailles, en privilégiant ceux en site propre, grâce à une dotation pérenne de 500 millions d'euros par an. Pour les infrastructures ferroviaires, elle estime qu'il faudrait débloquer une enveloppe d'au moins 6 milliards d'euros par an sur le quinquennat pour mettre un terme à la dégradation du réseau et accélérer sa modernisation. "Ces investissements devront notamment permettre de développer les mobilités du quotidien et d'accompagner la rénovation des lignes et la transformation digitale du système ferroviaire."

Aide au verdissement des flottes de bus

Enfin, alors que l'acquisition de bus utilisant une énergie alternative au tout gazole implique d'importants moyens financiers, "il ne faut pas imposer aux AOM et aux opérateurs des contraintes budgétaires telles qu'ils renonceraient à investir en faisait vieillir les véhicules ou en réduisant l'offre", souligne Marc Delayer, vice-président de l'UTP et directeur général des Transports publics du Choletais (AGIR - Transport). L'UTP demande donc aux pouvoirs publics une aide à l'acquisition de véhicules propres, notamment pour les bus électriques et ceux roulant au bioGNV. "Une mesure forte consisterait pour l'État à soutenir à hauteur de 100.000 euros l'achat d'un bus à faibles émissions", avance-t-elle. Il faudrait aussi que le biogaz soit éligible comme énergie alternative lors du renouvellement des flottes, plaide Marc Delayer.

*Sondage réalisé par l'Ifop du 10 au 20 juin 2022 auprès d'un échantillon de 1.501 personnes âgées de 18 ans et plus, vivant dans une agglomération de plus de 50.000 habitants. Méthode des quotas (sexe, âge, catégorie d'agglomération, région, catégorie socio-professionnelle).

 

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