Environnement - Un accord-cadre Etat-collectivités pour réduire l'usage des pesticides

Chantal Jouanno l’a souvent dit : elle croit aux accords-cadres et à l’action collective. Le 3 septembre, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie a signé un nouvel accord visant à réduire sur cinq ans l’usage professionnel des pesticides en zones non agricoles : voiries et trottoirs, parcs publics et terrains de sports ou de loisirs, autoroutes ou aéroports… Prévu par le plan Ecophyto 2018, qui vise à réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici dix ans, cet accord fait suite à celui signé en avril sur l’utilisation de pesticides par les jardiniers amateurs et vise cette fois-ci les collectivités locales, plus particulièrement leurs services techniques, voirie ou espaces verts.
Aux côtés de l’Etat, parmi les quatorze signataires de l’accord, figurent les principaux réseaux de collectivités (Association des maires de France, Assemblée des départements de France, Assemblée des communautés de France, Association des maires de grandes villes de France, Eco-maires), mais aussi des gestionnaires d’infrastructures et d’espaces non agricoles (Réseau ferré de France, Voies navigables de France), ainsi que d’importants prestataires de services du secteur.

L’accord fédère les signataires autour d’actions concrètes. Il engage les partenaires à soutenir les actions de recherche, de formation et de surveillance du végétal. Il les incite à aménager leurs espaces de telle sorte que le recours aux pesticides soit minimisé et les risques d’exposition du public aussi. La démarche de progrès intègre un volet pratique : les signataires s’engagent à promouvoir la pratique de la gestion différenciée, à réaliser des plans d’entretien phytosanitaire, à travailler plus particulièrement sur les zones sensibles fréquentées par le public, à respecter des consignes de bonne utilisation en cas de recours aux pesticides et à réduire dans tous les cas les quantités déversées, à promouvoir dans ce sens la norme NFU 43 500 sur les "bonnes pratiques d’application" de ces produits, et à assurer un suivi des pratiques mises en oeuvre sur le terrain.

Entre les donneurs d’ordre (collectivités) et les prestataires utilisateurs de pesticides (professionnels du paysage et du jardin), l’information doit mieux passer. Plus d’actions de communication, plus de précisions dans les appels d’offres doivent donc étoffer leurs échanges sur l’usage raisonné des pesticides. Prévu par la loi Grenelle 2, l’objectif de certification de ces prestataires sera suivi par le ministère de l’Agriculture et expérimenté dès septembre sur la base de certificats baptisés "certiphytos". Progressivement, la possession d’un "certiphyto" s’imposera à tout utilisateur de produits phytopharmaceutiques. D’ici 2014, elle sera même rendue obligatoire. Quant aux riverains, l’accord recommande de les "informer à proximité des sites traités en toute transparence chaque fois que cela a un sens, cette information relevant de la responsabilité du donneur d’ordre". Contre-coup logique d’une utilisation plus raisonnée, l’émergence d’une végétation spontanée et d’organismes nuisibles doit être expliquée au grand public. D’autant que son niveau d’acceptabilité peut progresser. La plate-forme et association Plante & Cité le sait et propose ainsi une "boîte à outils" à l’attention des collectivités pour les appuyer dans l’élaboration de messages sur l'acceptation de cette flore spontanée.

Par ailleurs, un durcissement réglementaire en cours va renforcer l’encadrement de la vente de produits phytosanitaires. A terme, ceux qui ne porteront pas la mention "emploi autorisé dans les jardins" ne pourront être vendus ou distribués aux particuliers et seront réservés aux professionnels. Et sauf dérogation exceptionnelle, ceux qui contiennent "des substances classées comme extrêmement préoccupantes" seront bannis des lieux publics, comme le précisera un arrêté attendu dans les prochaines semaines.

Plus globalement, les gestionnaires d’espaces verts en zone non agricole vont bénéficier d’une information renforcée sur les alternatives au désherbage classique. Un thème sur lequel la Fédération nationale des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement et le Conseil national des villes et villages fleuris ont élaboré un guide à paraître cet automne. En complément, l’association Eco-maires propose un guide plus axé sur la mise en avant des bonnes pratiques, alors que Voies navigables de France publiera un guide sur le désherbage raisonné des bords de voie d’eau. Enfin, le soutien à Plante & Cité se renforce grâce à cet accord. Rappelons que l’association mène jusqu’à la mi-septembre une enquête pour comparer les méthodes de désherbage utilisées en zones non agricoles. Les techniciens des collectivités sont conviés à y répondre par le biais du questionnaire en ligne à cette adresse.
 

Morgan Boëdec / Victoires éditions