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Urbanisme : Paris 2024 se voit comme un laboratoire du design actif

Publié le
par
Jean Damien Lesay
dans

Tourisme, culture, loisirs

Aménagement et foncier

Seine-Saint-Denis

Alors que les chantiers du village olympique de Paris 2024 viennent d'être attribués, les organisateurs mettent en avant un héritage immatériel recherché : le design actif, un urbanisme du mouvement pour tous. Le principe a été expliqué lors des 10es Rencontres du sport santé de Biarritz.

Et si les Jeux olympiques de Paris étaient l'occasion de mettre en œuvre les principes du design actif en matière d'urbanisme ? C'est en tout cas le pari que vont tenter de remporter Paris 2024 et la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques) sur deux sites emblématiques des Jeux : le village olympique, dont les chantiers ont été attribués le 22 novembre à la Caisse des Dépôts et sa filiale Icade, d'un côté, à Nexity et Eiffage, de l'autre, et le village des médias.

Qu'est-ce que le design actif ? Il s'agit d'une idée qui émerge en Amérique du Nord dans les années 1980 en réaction aux constats alarmants portant sur l'obésité et l'accroissement des comportements sédentaires des populations. L'idée renvoie à des logiques de conception et d'aménagement des espaces publics et des bâtiments pour favoriser l'activité physique et sportive au quotidien, pour tous. "Très concrètement, de façon opérationnelle, il s'agit vraiment de venir modeler l'espace public ou les bâtiments pour éviter l'adoption de comportements sédentaires, pour bouger un peu plus", a expliqué Clara Isabel, chargée de mission pour l'aménagement urbain du village olympique à Paris 2024, lors des 10e Rencontres du sport-santé de Biarritz, le 29 novembre.

Parcours sportifs

Le design actif permet d'agir sur deux niveaux d'intervention et sur deux publics. Le premier public est celui qui est déjà sportif. Pour lui, le design actif prend la forme de parcours sportifs, d'itinéraires balisés, offrant une signalétique et des revêtements de sol adaptés pour la course à pied, la marche ou encore le vélo. Ponctuellement, des dispositifs de renforcement musculaire peuvent être aménagés en extérieur sur de tels itinéraires. "Cela séduit énormément celles et ceux qui souhaitent s'affranchir de la pratique sportive traditionnelle en club", souligne Clara Isabel. En revanche, ces itinéraires présentent le désavantage de ne pas forcément s'adresser au public très éloigné de la pratique sportive.

C'est là qu'intervient la deuxième cible du design actif, qui s'adresse aussi à la population la plus éloignée du sport, "celle pour qui marcher dix minutes est déjà un exploit", pointe Clara Isabel. Et ce en partant d'un postulat simple : notre environnement quotidien conditionne nos usages et habitudes. "Or l'urbanisme dans lequel nous évoluons a été dicté par l'âge d'or de l'automobile. Il est dense, très minéral et peu végétalisé, ce qui n'incite pas à se l'approprier et à y pratiquer du sport", poursuit la spécialiste. Le design actif va donc tendre à offrir un paysage extrêmement qualitatif en s'émancipant des nuisances permanentes de la ville.

Héritage immatériel

Au-delà de l'urbanisme, le design actif permet également d'investir les immeubles, et notamment les immeubles de bureaux. "Cela répond à une demande accrue de la part des salariés de pouvoir faire du sport sur leur lieu de travail", fait remarquer Clara Isabel. Au niveau le plus simple, le design actif permet d'équiper les bâtiments de salles de sport et de douches. Mais cela peut aller au-delà, avec l'équipement des toitures en espaces de pratique. Ce qui présente un avantage quand on constate, comme Clara Isabel, que "les gens ne se donnent plus le temps de faire du sport, à moins que les installations ne soient sous leurs yeux".

En décembre 2017, Paris 2024 a mené une étude pour évaluer l'impact de l'héritage des Jeux en matière de santé. Parmi les grandes préconisations issues de cette étude, figurait la diffusion des principes du design actif. Ce dernier se voyait par conséquent introduit au rang d'héritage immatériel.

Un groupe d'experts des trois univers de l'urbanisme, du sport et de la santé a été mis en place au sein du comité d'organisation afin d'élaborer une stratégie de diffusion des principes du design actif. Ce travail a permis de retenir deux fortes préconisations. La première vise à créer des ateliers professionnels dans les écoles d'urbanisme de Paris pour former des étudiants à ces sujets. La seconde vise à intégrer ces principes dans les deux grands projets urbains des Jeux : le village olympique, sur les communes de Saint-Ouen, Saint-Denis et L'Île-Saint-Denis, et le village des médias, sur les communes de Dugny et Le Bourget.

Paris 2024 précurseur

"L'idée de faire du design actif un des héritages des Jeux est née sur un terrain déjà favorable de par nos ambitions dans les domaines environnementaux ou d'inclusion sociale", avance Pierre-Antoine Leyrat, chef de projet accessibilité à la Solideo.

Inclus dans les cahiers des charges de la Solideo et travaillés lors d'ateliers avec les sociétés concernées, les principes du design actif vont par exemple se traduire, pour Paris 2024, de manière opérationnelle par la construction d'un gymnase sur le toit d'un bâtiment et d'une recyclerie sportive qui favorisera la pratique du vélo. Sur les espaces publics, la mise en œuvre sera organisée de manière différente. Des ateliers d'étudiants en urbanisme ont été mis en place pour transmettre des idées aux équipes de maîtrise d'œuvre afin de les intégrer aux aménagements des deux villages.

Mais Paris 2024 se veut également précurseur et prescripteur en la matière. Un guide pratique du design actif va ainsi être publié en s'appuyant sur les deux projets de village. "Dans un deuxième temps, nous aimerions accompagner les collectivités labellisées Terre de Jeux pour qu'elles puissent intégrer facilement ces principes. Ainsi, au lieu de voir les choses évoluer sur vingt ans, comme cela a été le cas avec le développement durable, grâce à Paris 2024, le design actif pourrait devenir une évidence pour les architectes et les urbanistes en seulement dix ans", conclut Clara Isabel.

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