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Annulation des festivals : une perte économique estimée entre 2,3 et 2,6 milliards

France Festivals publie la première étude scientifique sur les retombées économiques négatives directes (REND) des annulations de festivals, menée par une équipe de chercheurs. Cette étude estime aussi les retombées économiques négatives indirectes de pas moins de 4.000 festivals culturels annulés. Ainsi que l'impact sur l'emploi et l'activité. Dans tous les cas, les pertes sont colossales.  

Les organisateurs de festivals, les collectivités territoriales et le ministère de la Culture sont parfaitement conscients de l'impact de l'annulation de plusieurs milliers de festivals programmés depuis la mi-mars et au moins jusqu'en août. Mais il manquait encore une vue d'ensemble sur les conséquences économiques et sociales de ces annulations en masse. C'est désormais chose faite avec l'étude "Festivals annulés : estimer la perte économique et sociale", réalisée par quatre chercheurs pour le compte de France Festivals. Elle confirme l'ampleur de la crise, même s'il faut être conscient que l'annulation d'un festival à Marseille ne pèsera pas autant sur le territoire que celle, par exemple, de Jazz in Marciac (Gers, 1.200 habitants et plus de 200.000 visiteurs pour le festival).

Des retombées économiques négatives directes…

L'étude est réalisée dans le cadre du SoFest (projet d'étude sur l'empreinte sociale et territoriale des festivals), mené par le Cepel (Centre d'études politiques de l'Europe latine), UMR mixte de science politique et sociologie rattachée à l'université de Montpellier et au CNRS. Les auteurs expliquent que "le prix payé par les festivals est considérable, et sans doute durable. Même l'éventualité, un temps envisagée, d'autoriser de très petits évènements s'est révélée hautement improbable pour beaucoup d'opérateurs".

Tout en prenant de nombreuses précautions méthodologiques compte tenu des incertitudes actuelles, l'étude repose sur l'hypothèse de 2.640 festivals musicaux annulés (ce qui exclut les manifestations reportées sur la même année), pour une estimation d'environ 6.000 évènements culturels en France, dont environ 4.000 festivals annulés. A partir de ce chiffre, elle commence par calculer les retombées économiques négatives directes (Rend). Celles-ci prennent en compte la totalité des dépenses d'un festival, déduction faite des subventions (considérant que les subventions déjà versées lui restent acquises et qu'elles seront dépensées, au moins de façon résiduelle).

En prenant le compte les dépenses des festivals des années antérieures, l'étude arrive à une fourchette de 383 à 536 millions d'euros pour les seuls 2.640 festivals musicaux et de 580 à 812 millions à l'échelle des 4.000 événements culturels.

...et des retombées économiques négatives indirectes

L'étude calcule ensuite les retombées économiques négatives indirectes (Reni). Cet indicateur consiste à estimer l'absence des dépenses effectuées normalement par les festivaliers eux-mêmes lors de leur venue (déplacement, hébergement, nourriture, boisson, achat de places...). Il est extrapolé à partir d'un échantillon de 36 festivals pour lesquels ces données ont fait l'objet d'études récentes (soit un panier moyen de 53 euros). Les retombées économiques négatives indirectes s'élèvent alors à 633 millions d'euros pour les festivals de musique et à 925 millions pour l'ensemble des 4.000 festivals annulés.

Enfin, à partir du Rend et du Reni, l'étude calcule la perte économique totale (PET). Cette dernière n'est pas la somme des deux indicateurs, mais estime "les effets induits de l'activité festivalière". En effet, les dépenses directes et indirectes des festivals "rendent possibles des activités qui, dans un second temps, produisent à leur tour des dépenses. C'est ce second cycle que vise la notion de multiplicateur et de retombées induites. C'est donc un manque à gagner supplémentaire, de moyen terme, qu'il faut considérer comme un effet de la crise sanitaire".

Pour calculer le PET, les auteurs ont retenu "un multiplicateur déjà éprouvé dans le secteur culturel pour évaluer ce type d'impact, et notamment pour les évènements artistiques". Ils ont choisi le multiplicateur "peu élevé́" de 1,5, mais restent "prudents sur cet indicateur à la mesure toujours discutable". Le PET est ainsi égal à la formule (Rend+Reni) x 1,5.

Au final, la perte économique totale est donc comprise entre 1,53 et 1,8 milliard d'euros pour les seuls festivals de musique et entre 2,3 et 2,6 milliards d'euros pour l'ensemble des 4.000 festivals annulés du domaine culturel. Conclusion des auteurs : "Globalement, le secteur festivalier se trouve placé face à un défi considérable qu'il ne pourra relever seul. Avec lui, ce sont des activités économiques (producteurs, tourneurs, artistes) souvent sous-estimées comme 'économiques' qui sont en péril. Avec ce chiffrage à chaud, nous avons voulu contribuer à le mettre en évidence".

Un impact sur l'emploi et jusqu'à 238.000 engagements annulés

Mais, dans une deuxième partie, l'étude se penche aussi sur l'impact social des annulations de festivals, en combinant trois "indicateurs estimatifs" : l'impact social sur l'emploi (ISE), l'impact social sur l'activité (ISA) et l'impact social sur le travail artistique (Ista). L'impact social sur l'emploi (uniquement les emplois rémunérés) montre que les personnes touchées par les annulations sont comprises entre 34.600 et 73.000 pour les festivals de musique et entre 52.280 et 111.060 pour l'ensemble des festivals. Il s'agit en l'occurrence d'emplois unitaires et non pas d'ETP.

Pour sa part, l'impact social sur l'activité étend la mesure à l'ensemble des "personnes dont l'activité (bénévole ou rémunérée) est réduite à néant par l'annulation du festival". En prenant en compte les personnes dont l'activité débute jusqu'à quatre mois avant la manifestation, les fourchettes sont alors plus élevées : entre 153.120 et 243.460 personnes pour les festivals de musique et entre 231.220 et 359.650 personnes pour l'ensemble des festivals.

Enfin, l'impact social sur le travail artistique "se concentre sur le secteur artistique en lui-même en proposant une estimation du nombre d'artistes déprogrammés". Les fourchettes se situent alors entre 101.000 et 157.230 engagements annulés pour les festivals de musique (un même artiste ayant bien sûr plusieurs engagements) et entre 152.820 et 237.940 engagements annulés pour l'ensemble des festivals. Autant de chiffres qui confirment l'urgence des mesures en faveur du secteur de la culture, annoncées par Emmanuel Macron et Franck Riester le 6 mai (voir notre article ci-dessous du même jour).

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