Circulation : vitesse limitée à 30km/h dans presque toutes les rues de Paris

Depuis ce 30 août, la capitale a rejoint les rangs d'autres grandes villes comme Grenoble, Lille et Nantes qui ont généralisé la limitation de vitesse à 30 km/h dans leurs rues. Les élus parisiens ont franchi le pas après une consultation menée fin 2020 auprès des habitants qui se sont dit à 59% favorables ou plutôt favorables à la mesure.

Inévitablement, l'entrée en application de la limitation de vitesse à 30 km/h dans presque toutes les rues de Paris ce 30 août a produit son lot de mécontents parmi les automobilistes déplorant une circulation encore plus compliquée. L'éternel ballet des voitures sur la place Saint-Augustin, dans le 8e arrondissement, était ce lundi fidèle à lui-même : rapide, nerveux, dense. Les automobilistes laissaient passer les flots de piétons et de cyclistes au feu rouge, puis redémarraient en trombe pour filer vers l'Opéra ou la place de l'Étoile, sans ralentir plus qu'avant sur un boulevard Haussmann désormais limité à 30 km/h.
"On ne le sent pas encore car ça vient d'être mis en pratique", a expliqué à l'AFP Pierre Morizot, en traversant la place à vélo pour aller travailler. "Les vélos sont de plus en plus présents, les pistes cyclables sont partout, on est très proches des voitures. Le fait de ralentir, ça permettra d'être plus en sécurité", approuve-t-il. Si la capitale comptait déjà 60% de "zones 30", cette limite s'étend désormais à toute la ville, à l'exception d'une poignée de grands axes comme les Champs-Élysées ou les boulevards des maréchaux, qui restent à 50 km/h, et du boulevard périphérique, où la vitesse maximale autorisée est de 70 km/h.

"Mieux protéger les plus vulnérables"

Objectif premier : "mieux protéger, notamment les plus vulnérables, les piétons, les cyclistes qui aujourd'hui subissent des accidents mortels", a répété à l'AFP David Belliard, l'adjoint EELV à la transformation de l'espace public de la maire PS, Anne Hidalgo. Selon une consultation menée fin 2020 par la ville, 59% des Parisiens étaient favorables à la réduction de la vitesse à 30 km/h dans les rues de la capitale à la condition, pour 20% d'entre eux, que certains axes restent à 50 km/h. Parmi les bénéfices avancés, la sécurité routière, la sécurité routière arrive en tête. "Le risque de décès est 9 fois moins important à 30 km/h qu'à 50 km/h et les blessures sont beaucoup plus légères", argumente la ville dans une synthèse motivant sa décision. Les Franciliens favorables sont en revanche minoritaires (36%).
Mais "rouler à 30 sur les voies de bus, c'est pas facile", regrette Smaïl Chekimi, chauffeur de taxi depuis 28 ans, qui pouvait la veille encore emprunter à 50 km/h ces voies fluides réservées aux bus et taxis. "Ce matin, je suis stressé. Un client était un peu furieux car il faut prendre 5-10 minutes de plus par rapport à d'habitude. (...) Il y a peut-être des taxis qui vont lâcher le métier à cause de ça", a-t-il déploré.
David Belliard répond vouloir "trouver des solutions" avec eux. Plusieurs professionnels pointent une nouvelle contrainte. "On a déjà du mal à avancer avec 50 km/h. Pour travailler, avec 30 km/h ça va être encore plus compliqué", a expliqué au volant de sa camionnette Fabrice Bosc, miroitier, qui redoutait "encore plus de bouchons".
Selon la municipalité, la mesure vise aussi réduire les nuisances sonores. "C'est vrai qu'il y a trop de bruit. On ne s'entend pas des fois quand on parle", a acquiescé Marie Hiz, derrière son comptoir du café "Le Carrefour". Mais "les gens qui livrent, qui travaillent, il faut les laisser", a-t-elle souligné. "Imaginez un livreur qui fait le tour de Paris à 30 toute la journée. Déjà en roulant à 60, il n'arrivait jamais à l'heure pour la commande..."
La nouvelle limitation de vitesse qui vient d'entrer en vigueur va s’accompagner d’aménagements sur un grand nombre de voies à sens unique, afin que les cyclistes puissent les emprunter à contre-sens de la circulation générale, assure la municipalité. "Ces travaux seront réalisés au fur et à mesure des divers aménagements, notamment au sein des quartiers parisiens, indique la ville. À terme, toutes les voies qui réunissent les conditions nécessaires (largeur suffisante, faible trafic de poids lourds, bonne visibilité…), seront équipées d’un double sens cyclable."

Baisse moyenne de la vitesse constatée à Lille

Avant Paris, d'autres grandes villes comme Grenoble, Lille et Nantes ont généralisé les 30 km/h. À Lille, où la mesure est en vigueur depuis août 2019 pour 88% des rues, "on a vraiment constaté une baisse moyenne importante de la vitesse", affirme Jacques Richir, adjoint à la maire (PS) Martine Aubry en charge de l'espace public et des mobilités. L'élu s'appuie sur les statistiques générées par ses 20 radars pédagogiques, selon lesquelles "65% des voitures respectent les 30 km/h, environ 20% sont juste au-dessus entre 30 et 40, et 10 à 15% roulent à 50" ou au-delà.
Après les avoir délaissés pendant la crise sanitaire, la mairie lilloise envisage de reprendre les contrôles à l'aide des radars jumelles, seule arme de répression possible pour sa police municipale qui doit verbaliser immédiatement. À Paris, où le sujet n'est pas à l'ordre du jour pour la future police municipale, David Belliard a "demandé à la préfecture de police de renforcer ses contrôles". L'adjoint écologiste accorde aux véhicules "quelques jours d'adaptation", mais "très vite le contrôle s'effectuera de manière normale", assure-t-il.

 

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