Coulaines investit dans sa jeunesse (72)

Rallye citoyen, chantier d'argent de poche, stage en collectivité… La petite ville de Coulaines, dans la périphérie du Mans, a mis en place ces trois actions pour inscrire les jeunes, de 10 à 22 ans, dans la vie de leur commune, et donner à certains un coup de pouce souvent déterminant pour leur avenir.

Depuis 2016, la centaine d'élèves de CM2 des trois écoles de la commune participe à une première action de sensibilisation et de découverte, le « rallye citoyen ». Il vise à leur faire connaître la police et les pompiers. Sur une journée, avec leurs enseignants, les élèves participent à des ateliers pour découvrir ces métiers et ceux qui les exercent. Il y a par exemple l'atelier « police scientifique » (avec reconstitution d'une scène de crime, prises d'empreintes, etc.), un autre atelier « garde à vue » (visite du commissariat, etc.) ou encore la sortie en véhicule pompier du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS).

Une action pédagogique inscrite dans la durée

« L'idée est née au lendemain des attentats de 2015, il s'agissait de prendre le temps, avec les équipes éducatives, de faire en sorte que les jeunes rencontrent les services de police et de secours, pour qu'ils se construisent leur propre image », pose la directrice de cabinet du maire, Ludivine Perrière. « Nous n'avions pas d'affrontements de jeunes avec les pompiers ou la police, mais nous avons choisi la prévention, en favorisant ces rencontres, juste avant le passage en 6e. Et je pense que cela paye, car tous les indicateurs de délinquance sont en baisse sur notre commune depuis 2019 – agression sur les personnes, rodéos urbains —, malgré une situation sociale très difficile, puisque 60 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté », développe Kurt Kunde, conseiller municipal en charge de la jeunesse.

Cette action « fonctionne parce qu'elle a été construite avec les enseignants. S'ils n'y avaient pas été favorables, nous n'aurions pas été plus loin », insiste l'élu. Le projet est d’ajouter en 2023 une étape au rallye citoyen, avec une visite du palais de justice. Le prochain rallye citoyen est, lui, déjà programmé, pour le printemps 2022.

Depuis 2017, trois chantiers « argent de poche » permettent chaque année à une petite vingtaine de jeunes entre 14 et 17 ans du quartier prioritaire de la ville, de gagner 15 euros par jour, soit 75 euros sur une semaine. Les chantiers ont lieu pendant les vacances scolaires, le matin. « Les jeunes apprennent à se lever tôt ! Mais ils ont aussi l'après-midi pour être en vacances… », justifie Kurt Kunde. L'argent de poche est remis en liquide, en même temps qu'une attestation de présence en chantier, à l'occasion d'une cérémonie en mairie, où sont conviés élus et parents.

Une expérience valorisante

Les jeunes gagnent de l'argent de poche en améliorant leur cadre de vie. Cette combinaison séduit l'élu. D'autant que cette action est aussi « l'occasion, notamment pour les jeunes filles, de sortir de chez elles, comme elles me l'ont confié, car les parents sont rassurés ». Ces chantiers (des fresques, des plantations en pied d'immeuble, des marquages au sol dans une cour maternelle…) renvoient une autre image des jeunes aux habitants. « C'est pour cela que nous essayons de faire des chantiers à l'extérieur, pour que leurs réalisations se voient, car c'est valorisant », précise la directrice de cabinet. Comme pour les bancs « customisés » (voir photo).

Le portage de ces chantiers, agréés par l’État (Direction départementale territoriale de la Sarthe), a été confié au centre social, « car les textes nous obligent à les faire porter soit par un EPCI soit par une association », précise Ludivine Perrière.

La commune y trouve son intérêt, car le centre social accompagne les jeunes dans la recherche d'idées de chantiers. Trois chantiers doivent avoir lieu l'été prochain. L'ambition est d'en réaliser davantage, car il y a une liste d'attente d’une dizaine de jeunes, et la commune veut rester sur une jauge de six jeunes par chantier, « pour ne pas perdre en qualité ».

Dernière action, depuis 2019, la municipalité cofinance jusqu'à 2 000 euros le permis de conduire, passé dans une école de conduite de la commune, pour trois jeunes par an, qui vivent dans le quartier prioritaire de la ville. Les jeunes sont identifiés par la mission locale et les éducateurs de prévention spécialisée. Le permis de conduire doit leur permettre d’amorcer leur projet professionnel. Les jeunes passent devant un jury pour expliquer ce projet et leur motivation. La commune a « fait le choix de payer peu de permis, mais de les payer intégralement ».

En contrepartie, le jeune effectue un stage dans un service de la ville, durant 70 heures. « Ces stages permettent aux jeunes de muscler leur CV, c'est un double avantage », présente l'élu. Ces stages peuvent en effet avoir lieu dans n'importe quel service. Le plus souvent, ce sont les espaces verts et les services techniques. L'affectation dépend de la demande du jeune, et donc de son projet.

Le dispositif a dû être suspendu en 2020 et 2021, en raison des contraintes sanitaires liées au Covid-19. Les quatre jeunes ayant bénéficié de l'aide au permis de conduire depuis son lancement ont entre 20 et 22 ans. Ce sont des garçons, « avec des parcours très compliqués, certains ont eu des difficultés à passer le code car ils ont quitté l'école déjà depuis longtemps ». Deux ont depuis trouvé un emploi, l'un est toujours en recherche. Un autre suit toujours des cours de conduite, en vue de devenir chauffeur livreur.

Un budget moyen de 12.900 euros

Le rallye citoyen coûte 1.500 euros (dédommagement du SDIS et de la police, et livret citoyenneté remis aux élèves), dont 800 euros financés par le fonds interministériel de prévention de la délinquance.

Chaque chantier « argent de poche » revient à 1.800 euros (encadrement pédagogique du centre social, technique de la ville, matériel et argent de poche). La dotation politique de la ville, versée par l’État, finance cette somme à 80 %.

Les permis de conduire coûtent 6.000 euros.

BAFA et BNSSA

Depuis 2021, la municipalité finance également quelques formations d'animateur de centre de loisirs, avec à la clé l’obtention du brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur (BAFA). Elle finance également des formations de surveillant de baignade, sanctionnées par le brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA). « Cela permet à ces jeunes d'accéder à une formation qu'ils n'auraient pu se payer, intéressante pour décrocher des jobs saisonniers aux grandes vacances à la piscine municipale, ou ajouter une compétence à leur CV », indique Kurt Kunde. Les BAFA sont réservés aux jeunes vivant dans le quartier prioritaire de la politique de la ville, où vivent la moitié des habitants. Le BNSSA est en revanche ouvert à tous les jeunes, mais la participation financière de la ville est modulée en fonction des revenus de la famille.

Commune de Coulaines

Nombre d'habitants :

7600
Square Weyhe
72 190 Coulaines

Kurt Kunde

Conseiller municipal, en charge de l'emploi des jeunes, des jumelages et de la coopération décentralisée