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Cinq millions de personnes sont confinées dans des logements surpeuplés

"Logements suroccupés, personnes âgées isolées... : des conditions de confinement diverses selon les territoires". Sous ce titre, l'Insee replace les données de ses enquêtes Logement dans le contexte du confinement, tant au niveau national que par régions. Le phénomène de la suroccupation des logements est très concentré sur un plan géographique.

L'Insee publie, dans la dernière livraison de sa collection "Insee Focus", une étude d'actualité, intitulée "Logements suroccupés, personnes âgées isolées... : des conditions de confinement diverses selon les territoires". Alors que le confinement peut engendrer difficultés ou des tensions au sein des foyers – voire parfois des violences (voir notre article ci-dessous du 21 avril 2020 –, l'étude de l'Insee met en évidence le lien très fort entre la situation du logement et de ses occupants et les difficultés du confinement. A noter : l'étude présente une approche nationale de la question, mais l'Insee propose aussi des résultats par régions.

Les appartements plus touchés que les maisons, les grandes agglomérations que les zones rurales

L'étude n'apporte pas de données qui ne soient déjà connues – tirées notamment des enquêtes Logement –, mais elle a le mérite de les resituer et de les mettre en perspective dans le contexte du confinement. La principale information est que plus de cinq millions de personnes (8,2% de la population, hors Mayotte) vivent le confinement dans des logements suroccupés, "c'est-à-dire qu'elles vivent à deux ou plus dans un logement où le nombre de pièces est insuffisant au regard de la taille de leur ménage. Sans surprise, le contraste est très fort entre les maisons (3,2% de personnes vivant en suroccupation) et les appartements (16,5%).
Le phénomène est aussi très concentré sur un plan géographique : 74% des ménages vivant dans un logement suroccupé habitent dans une agglomération de plus de 100.000 habitants, dont 40% dans l'agglomération parisienne. Les agglomérations les plus concernées sont Nice (11,7% des ménages vivent dans un logement suroccupé), Creil (9%), Marseille (8,6%) ou encore Montpellier (7,3%). Les régions les plus concernées sont  l'Ile-de-France (12,7%), Provence-Alpes Côte d'Azur (7,5%) et la Corse (6,1%) où, contrairement à une image toute faite, plus de la moitié de la population vit en appartements. La suroccupation est également très forte dans les DOM : 34,5% en Guyane, 10,4% à La Réunion, 9% en Martinique et 8,7% en Guadeloupe. Enfin, la surroccupation est particulièrement prononcée dans les QPV (quartiers de la politique de la ville). Elle atteint ainsi respectivement 25,4% et 18% dans les QPV de l'Ile-de-France et de Paca, avec des pointes à 35% dans certains QPV. Des chiffres qui expliquent la difficulté plus grande à faire respecter le confinement dans certains territoires.

Le poids de la solitude

L'étude apporte également un éclairage sur d'autres éléments significatifs au regard du confinement. Ainsi, 9,9% des couples avec enfants de moins de 10 ans vivent dans un logement suroccupé, alors que ce n'est le cas que de 1,7% des couples sans enfant. Il manque ainsi au moins une pièce à 8,1% des couples avec enfants et à 18,1% des familles monoparentales. Or, comme l'explique l'Insee, "en période de confinement, la situation peut être d'autant plus délicate avec de jeunes enfants".
A l'inverse, l'Insee rappelle que 10,5 millions de personnes vivent seules dans leur logement, soit 16% de la population. Sur ce total, près d'un quart (2,4 millions de personnes) est âgé de 75 ans ou plus. Ces personnes vivant seules résident principalement dans les grandes agglomérations. Plus de quatre sur dix vivent ainsi dans une agglomération d'au moins 100.000 habitants. L'Insee indique toutefois qu'"une partie des personnes seules ont pu rejoindre leur famille à l'annonce du confinement, notamment parmi les personnes âgées et les étudiants". Sur ce critère également, les différences géographiques sont assez prononcées. Ainsi, les personnes âgées de 75 ans ou plus et vivant seules représentent une part importante de la population dans les territoires ruraux, en particulier ceux du centre de la France. Elles représentent en effet 6,2% des habitants de la Creuse et plus de 5,5% des habitants de la Nièvre, de l'Indre, de l'Allier ou encore de la Corrèze.
Or ces personnes isolées sont particulièrement fragilisées par le confinement : 13,3% des personnes de 75 ans ou plus vivant seules résident en effet dans une commune sans aucun commerce alimentaire généraliste et ce taux s'élève même à 45% dans la Meuse ou la Haute-Saône.

Pauvreté, handicap, internet

Autre public fragilisé par le confinement, du fait d'un isolement plus important que la moyenne : les personnes pauvres ou handicapées. L'Insee rappelle notamment que 1,7 million de personnes seules vivent sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine, soit 16,7% de la population vivant seule, ce qui est supérieur au taux de pauvreté de l'ensemble de la population (14,1%). Par ailleurs, environ 70% des bénéficiaires de l'AAH vivent seuls et se retrouvent donc particulièrement isolés en période de confinement.
Enfin, l'étude rappelle qu'internet – qui "permet d'entretenir un lien social, de télétravailleur, de se détendre ou encore d'assurer la continuité pédagogique pour les élèves et les étudiants" et d'atténuer ainsi les effets du confinement – n'est pas l'apanage de tous. Ainsi, 12% des personnes n'ont pas accès à Internet à leur domicile, quel que soit le type d'appareil (ordinateur, tablette ou téléphone portable). Cette proportion varie assez peu selon les territoires (de 14,1% dans les plus petites agglomérations à 8,2% à Paris). Ceci vaut également pour les enfants de moins de 17 ans, qui sont 2% à ne pas disposer, à leur domicile habituel, de l'abonnement ou du matériel pour se connecter à Internet, proportion qui monte à 3,5% chez les enfants des familles monoparentales.

 

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