Dans le pays des 7 Rivières, théâtre rime avec insertion

Publié le
dans

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Tourisme, culture, loisirs

Doubs

Le théâtre comme vecteur d'insertion sociale et professionnelle : c'est le pari qu'a proposé la compagnie Les Trois Soeurs au pays des 7 Rivières (70), dans le cadre d'un programme Leader +. Pendant deux années consécutives, une vingtaine de personnes sont ainsi montées sur les planches pour retrouver confiance en elles.

La compagnie Les Trois Soeurs (LTS), installée à Besançon et travaillant depuis plusieurs années en Haute-Saône, monte des spectacles qui s'intéressent en particulier, mais sans exclusive, aux préoccupations des femmes. Informée de l'existence d'un programme européen Leader + ayant pour public cible les femmes et les jeunes, la compagnie s'est adressée au pays des 7 Rivières (82 communes, 20.000 habitants) pour proposer une action d'insertion par le théâtre "Osez dire, osez faire". Le pays a constitué le dossier de demande de financements dans le cadre du programme Leader +, la compagnie, qui met en oeuvre le projet, assure la maîtrise d'ouvrage de l'opération. "Les élus du pays ne se sont pas laissés convaincre facilement, car ils ne voyaient pas très bien en quoi la culture pouvait être une réponse aux difficultés d'insertion sociale des femmes et des jeunes", explique l'équipe technique du programme Leader + au pays. Le projet, finalement accepté en tant qu'expérimentation, a démarré en septembre 2005 et a été reconduit pour une deuxième session en 2006.

 

Une femme faisait chaque semaine 6 km à pied pour venir aux ateliers

Une trentaine de personnes se sont présentées pour participer aux ateliers théâtre. Elles sont venues par le biais de l'association du pays, de l'assistante sociale du secteur, du centre social de Beaumotte ou d'informations sous formes de tracts et d'affiches édités par la compagnie. La première année, douze personnes en ont suivi l'intégralité, deux journées d'initiation au travail théâtral, un après-midi par semaine de septembre à juin et un stage d'une semaine pour la création d'un spectacle. Les profils et motivations des participants, âgés de 16 à 55 ans, étaient très divers. "Il y avait par exemple une femme de cinquante ans qui vivait chez ses parents et sortait très peu. Elle venait aux ateliers sans le leur dire", raconte Marilyn Pape, metteuse en scène de la compagnie LTS. "Il y a avait aussi une mère de sept enfants qui voulait reprendre un peu d'autonomie et passer son permis de conduire." Pour illustrer la motivation de certains des participants, Marilyn Pape cite l'exemple d'une femme qui chaque semaine faisait le chemin à pied pour venir aux ateliers (3 km aller). "A travers le théâtre, l'objectif est de redonner la parole à ceux qui n'osent pas s'exprimer, de les aider à sortir de chez eux et à franchir des portes pour mieux s'intégrer au niveau social et professionnel." Progresser dans l'écriture et la lecture, apprendre la langue française, ne plus être seule, rencontrer d'autres personnes, reprendre confiance, s'exprimer...
L'apprentissage théâtral s'est appuyé sur des textes et sur un travail d'écriture. "Le spectacle de fin d'année en 2007, intitulé "Aujourd'hui c'est vendredi" se passait dans un bar. Il a été écrit à partir des témoignages des participants qui évoquaient leurs difficultés dans la recherche d'un emploi, leur solitude, ou la violence qu'ils rencontrent dans leur vie quotidienne."

 

Le plus gros obstacle : le moyen de transport des participants

La mise en oeuvre de l'action a été accompagnée par un comité de suivi et un comité de suivi élargi se réunissant tous les deux et trois mois et composé de représentants de l'association du pays des 7 Rivières, du centre de Beaumotte, du centre médicosocial de la ville de Rioz, de la compagnie LTS, du conseil général de Haute-Saône, de la délégation départementale des droits de la femme, d'une communauté de communes, etc... L'opération, d'un budget de 22.500 euros pour la session 2006-2007, a été financée par l'Etat (délégation régionale aux droits des femmes et direction régionale des affaires culturelles), par le conseil général de la Haute-Saône et par le programme européen Leader + (10.500 euros).
"La plus grosse difficulté de cette action a été la mobilité des personnes : comment participer si elles n'ont pas de voitures, s'il n'y a pas de bus ? Nous n'avons pas trouvé la solution. J'ai fait le taxi aussi souvent que possible, du covoiturage s'est organisé la deuxième année, raconte Marilyn Pape. Mais cette question reste pour certains un obstacle majeur. La deuxième difficulté était liée au financement car bien que les financements européens aient permis à l'action de voir le jour, l'association a dû avancer les fonds. Une association n'a pas forcément les épaules assez solides pour assumer cela."

 

"En jouant des personnages fictifs, on apprend à être réel"

A contrario, le plus grand aspect positif de l'opération, sont les résultats humains : "Ce sont les instants magiques que nous avons vécus, les rencontres qui ont eu lieu et les changements qui se sont réellement opérés dans la vie quotidienne des participants", dit Marilyn Pape. "Lors du spectacle, nous avons vu des gens métamorphosés", soulignent les partenaires du projet. Ce bilan positif s'est concrétisé par le succès public des représentations et apparaît à travers les témoignages écrits des participants : "Ca a changé beaucoup de chose en moi, écrit Steve, 20 ans. On me dit que j'ai grandi, ça m'a permis de créer des liens, de diminuer mon impulsivité et d'être plus attentif aux autres." "Je suis venu avec la corde au cou, puis ensuite c'était un immense bonheur", dit Jean. "Je lisais et écrivais difficilement. J'ai suivi en même temps des cours d'écriture et de lecture... Je peux lire avec mes enfants. Je me disais : il faut que j'y arrive... J'étais motivée... Je veux travailler en aidant les personnes à domicile, j'ai commencé une formation", raconte Mady, 50 ans "En jouant des personnages fictifs, on apprend à être réel, affirme Romaric, 32 ans... Content des techniques théâtrales. Appris  la rigueur, la concentration. Appris à laisser venir les choses. Très positif pour moi, bénéfique pour le travail..." Romaric a trouvé un emploi. Après une formation, il travaille comme maçon/coffreur.

 

Maryline Trassard, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

Compagnie Les Trois Soeurs

22, rue des Cras
25000 Besançon
compagnielts@orange.fr

Marilyn Pape

Metteuse en scène

Pays des 7 Rivières

Place du Souvenir-Français - BP 26
70190 Rioz
pays@pays-des-7-rivieres.org

Sandrine Magnan

Animatrice
Haut de page