Développement économique et renouvellement urbain : des "leviers innovants" à mobiliser

Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, un projet de renouvellement urbain peut être un support fertile au développement économique. Comment les acteurs peuvent-ils s’y prendre pour accompagner de façon collective et innovante une telle dynamique ? Dans une publication récente, l’Anru met en avant des leviers d’intervention et des expériences.

L’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) a récemment publié des "carnets de l’innovation" dédiés au développement économique dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) et dans le contexte du renouvellement urbain. La publication rend compte des travaux et expériences du Club Anru+, un réseau réunissant une vingtaine de territoires (1). Destiné aux professionnels du renouvellement urbain et à leurs partenaires, ce document invite à dépasser la "dichotomie entre politiques
de soutien à l’immobilier à vocation économique, d’une part, et actions en faveur des aides aux personnes, aux structures et à aux réseaux d’autre part", une approche qui induirait "un éclatement des acteurs et des responsabilités". Pour engager l’ensemble des acteurs dans une dynamique de développement économique, le projet de renouvellement peut être le support de stratégies locales concertées permettant d’"envisager l’avenir des quartiers, non seulement dans leur dimension urbaine, mais également économique et sociale". Ainsi, à Mulhouse, "un consortium d’acteurs publics, privés, universitaires, associatifs" a été monté "pour aborder la question du développement local économique du quartier de manière globale et transversale (…), faire monter en compétence les habitants, créer de l’emploi local, réactiver des filières territoriales et repenser largement la commercialité du quartier".

Mobiliser les acteurs privés dans leur diversité et s’appuyer sur la structuration de filières

La publication met ainsi en avant des outils, méthodes et exemples comme autant de "leviers innovants mobilisables" dans le contexte du renouvellement urbain. Six projets territoriaux font l’objet de retours d’expérience, tandis que quatre thématiques sont explorées. Une première fiche est dédiée à la façon d’"impliquer les acteurs privés dans le développement du quartier", ces acteurs devant être considérés dans leur diversité (secteurs primaire, secondaire et tertiaire, commerces de proximité, économie sociale et solidaire, acteurs de la santé, bailleurs sociaux, habitants exerçant une activité à leur compte…). Cette partie aborde le marketing territorial, l’adaptation de l’immobilier aux besoins, la façon d’engager les entreprises dans les différentes phases du projet et plus généralement dans leur territoire. Sont également recensés des projets de développement économique soutenus dans le cadre des programme et nouveau programme national de rénovation urbaine (PNRU et NPNRU).     

La deuxième fiche porte sur la structuration de filières économiques, présentée comme une manière de "fédérer et de renforcer la mobilisation des acteurs des sphères économique, privée et publique". Les QPV "disposent pour certains de filières déjà en émergence pouvant aisément faire l’objet d’un projet de structuration", l’Anru citant les services à la personne, la restauration, le sport, les industries créatives, la mécanique de rue ou encore l’artisanat d’art. Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt "Anru+, Innover dans les quartiers", l’établissement public territorial Est Ensemble Grand Paris (93) porte une expérimentation dans deux quartiers, à Romainville et à Pantin, visant à "tester la faisabilité (…) de déconstructions performantes et de réutilisation de matériaux" puis à développer une "filière d’économie circulaire dans le BTP à l’échelle du territoire".

Prendre en compte l’économie informelle pour aider les habitants à monter en compétence

Comment "soutenir les savoir-faire des habitants" ? C’est l’objet d’une troisième fiche, qui aborde en particulier l’économie informelle comme "source d’opportunité pour le développement économique". "Si l’action publique l’accompagne, la prise en compte de l’économie informelle peut en effet être pensée comme une étape transitoire vers une économie plus formelle et réglementaire", peut-on lire dans la publication. Jardinage, bricolage, ménage, services aux personnes âgées, garde d’enfants, cuisine, réparation – plus de 300 "mécaniciens informels" dans la seule ville de Stains par exemple ! –, couture… Autant d’activités qui assurent des ressources importantes aux habitants des quartiers. Ainsi à Mamoudzou, à Mayotte, l’ensemble de ces activités informelles ont été recensées à l’échelle du secteur de Kaweni et trois filières prioritaires ont par la suite été identifiées et soutenus : le maraîchage, la restauration rapide et le sport et les activités de loisirs. Ce soutien se traduit par la mise en œuvre de projets inscrits dans l’ESS, par une montée en compétences des habitants et par un accompagnement à la fois des porteurs de projet par filière et des infrastructures sur le respect des normes sanitaires.

La dernière fiche est dédiée au développement de l’entrepreneuriat dans les quartiers, des outils tels que "La fabrique à initiatives" (Avise) et le parcours "Je deviens entrepreneur" (Adie) étant mis en avant. Comme dans les autres chapitres, des solutions sont présentées pour répondre aux freins les plus récurrents. Les programmes de renouvellement urbain sont particulièrement propices à des expérimentations, grâce au support d’urbanisme transitoire qu’ils offrent ; des carnets de l’innovation centrés sur l’urbanisme transitoire dans les quartiers de renouvellement urbain ont d’ailleurs été publiés par l’Anru en juillet 2021. 

(1) Les territoires membres du groupe de travail sont la communauté d’agglomération du Grand Besançon (25), la ville de Val-de-Reuil (27), la ville de Saint-Étienne (42), la ville de Reims (51), la ville de Lorient (56), la ville de Paris (75), Lille Métropole (59), la ville de Boulogne-sur-Mer (62), la ville de Mulhouse (68), Grand Lyon Métropole (69), la ville de Vaulx-en-Velin (69), la ville des Mureaux (78), l’établissement public territorial d’Est Ensemble (93), l’ établissement public territorial de Plaine Commune (93), la ville de Stains (93), l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (94), la ville de Vitry-sur-Seine (94), la communauté d’agglomération de Roissy Pays de France (95), la ville de Villiers-le-Bel (95), la ville du Port (974), la ville de Mamoudzou (976).

 

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