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Environnement - Efficacité énergétique : à quand le réveil ?

Publié le
par
Morgan Boëdec / Victoires éditions
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Le 27 février, lors d'une table ronde organisée par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, des experts et professionnels de l'énergie et du bâtiment ont dressé un sombre panorama du chemin qu'il reste à parcourir pour améliorer la performance énergétique des bâtiments publics et privés.

Y a-t-il réellement un marché pour l'efficacité énergétique ? Pour Jean-Marie Carton, premier vice-président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb, 100.000 adhérents), qui intervenait le 27 février devant des parlementaires fermement décidés à ne pas lâcher prise sur cet enjeu, ce marché n'est toujours pas là. Ce que confirme Jean-Yves Robin, vice-président de la Fédération française du Bâtiment (FFB) : "De notre point de vue, tant du côté des bâtiments de l'Etat ou des collectivités que du côté des maisons individuelles, sur aucun segment, l'efficacité énergétique n'a vraiment décollé." Selon lui, il manque une parole publique forte dans le domaine. "Mais le débat en cours sur la transition énergétique nous redonne un peu d'espoir." Pour les travaux de rénovation, le secteur demande à bénéficier du taux de TVA réduite à 5%. Une question vraisemblablement en suspens dans le cadre du plan national de rénovation thermique des bâtiments, qui devait être présenté par le Premier ministre le 26 février mais a été reporté. Le constat des professionnels du bâtiment est aussi sévère sur l'éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ), quasi inutile à leurs yeux, du moins aussi longtemps qu'il sera "boudé par les banquiers".
Ce panorama plutôt sombre, des statistiques ne le corroborent pas complètement. "Les études que nous réalisons depuis des années auprès des ménages nous indiquent que le mouvement vers plus d'économies d'énergie est en marche. Nous savons que le facteur prix joue un rôle déterminant. Dans le tertiaire, secteur très hétérogène mais où les acteurs sont mieux identifiés, les surfaces chauffées ont presque doublé en quelques années alors que la consommation globale d'énergie de chauffage, elle, se stabilise. Les besoins en électricité spécifique, dont on dit souvent qu'ils enflent, ont également tendance à se stabiliser", explique François Bourriot, directeur scientifique du Centre d'études et de recherches économiques sur l'énergie (Ceren).

Le rôle moteur des collectivités

Du côté des bâtiments publics tertiaires, les retours d'expériences réussies proviennent surtout des lycées, où des stratégies de rénovation thermique ont su être menées à bout. "C'est bien la preuve que c'est au niveau régional voire infrarégional que les choses se jouent", insiste Pierre Ducret, membre du comité de direction du groupe Caisse des Dépôts. Agglomérations et communautés de communes ont aussi leur mot à dire. Certaines mettent d'ailleurs en place des dispositifs d'accompagnement pour aider les ménages à prendre la bonne décision pour leurs travaux. "Par où commencer dans la rénovation ? A qui s'adresser ? Quel bouquet de travaux est pertinent ? On a conscience que les gens sont un peu perdus", compatit Philippe Pelletier, chargé de préparer le plan de performance thermique de l'habitat. Pour améliorer l'information, il est envisagé la mise en place d'un numéro de téléphone unique centralisant ceux des principales agences concernées : Agence nationale de l'habitat (Anah), Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), Agence nationale pour l'information sur le logement (Anil), Ademe, etc.

Plans régionaux et guichet unique

Quant au plan national de rénovation thermique, il doit maintenant se décliner en région. "Il est temps d'opérer à un niveau plus proche du terrain. Localement, les guichets uniques projetés au niveau régional prendront des formes diverses, avec un accompagnement soit par la collectivité, soit par une structure d'économie mixte de type Sem, soit par des professionnels qui se mobiliseront, les architectes ayant un rôle plus affirmé à jouer dans le domaine", précise Philippe Pelletier. Par ailleurs, l'avocat plaide pour des mesures plus radicales et efficaces à moyen terme, par exemple l'idée d'exclure du parc locatif privé les épaves thermiques. "Il suffirait d'ajouter un paramètre thermique au décret de 2002 sur la décence des logements. Le risque serait bien sûr de se priver d'un certain stock de logements. Mais il faut savoir ce que l'on veut. Les Britanniques ont su le faire dans leur 'Green Deal' et se fixent le cap de les bannir d'ici cinq ans". Philippe Pelletier est aussi revenu sur la densification – le fait de surélever ou de "construire dans l'arrière-cour comme on dit outre-Manche" - dont le potentiel est décrit en long et en large dans le rapport remis le 18 février à la ministre de l'Ecologie Delphine Batho. Aux propriétaires, faut-il pour autant aller jusqu'à imposer des travaux ? "La société n'est pas encore mûre pour une obligation immédiate de travaux mais il faut y penser. Un groupe de travail sera lancé dans les prochains jours sur ce thème. Il sera copiloté par des professionnels du bâtiment et des représentants d'associations environnementales".
Pour améliorer l'efficacité énergétique, Franck Lacroix, P-DG de Dalkia, préconise pour sa part "d'investir de manière plus mesurée, sans forcément intervenir en profondeur sur le bâti, mais en ciblant les économies d'énergie qui sont possibles à atteindre, notamment par un meilleur pilotage de la gestion énergétique du bâtiment". Pour ce faire, les outils sont sur la table, dont le contrat de performance énergétique (CPE) pour les collectivités territoriales, estime-t-il. "Dans le département de la Manche, cet outil a permis de rénover dans cet esprit des collèges et, à Dijon, des bâtiments municipaux."

 

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