Santé - Face à la menace de dissémination du chikungunya et de la dengue en métropole, le gouvernement compte sur les collectivités

En 2005-2006 l'épidémie de chikungunya à la Réunion a montré tout l'impact de cette maladie sur un territoire. Bien que faiblement létale (une centaine de décès), l'épidémie a touché environ 300.000 personnes sur une population de 775.000 habitants. Elle a eu un impact considérable sur l'économie, avec en particulier près de 40% d'arrêts de travail dans certaines zones de l'île et un effondrement de l'activité touristique, dont la Réunion peine toujours à se remettre.
Le chikungunya, comme la dengue, se transmet principalement par l'intermédiaire d'un moustique commun (Aedes albopictus) et n'est donc pas cantonné aux zones tropicales. Les premiers cas groupés en Europe ont été signalés en 2007 en Italie et le moustique Aedes albopictus est aujourd'hui implanté dans plusieurs départements français : Alpes-Maritimes (depuis 2004), Haute-Corse (2006), Corse-du-Sud (2007), Var (2007) et Bouches-du-Rhône (2009).
Afin de limiter le risque d'importation et d'implantation des maladies vectorielles en métropole, le ministère chargé de la Santé a élaboré un plan national anti-dissémination du chikungunya et de la dengue. Celui-ci fait l'objet d'une circulaire de près de 60 pages, en date du 17 mai 2010. L'essentiel est constitué par un "Guide relatif aux modalités de mise en oeuvre du plan", qui compte six niveaux d'alerte progressifs en fonction de la situation. Le ministère de la Santé prend bien soin de préciser que "les partenaires locaux (notamment les collectivités locales) doivent être destinataires de cette circulaire". Les collectivités sont en effet des acteurs importants du plan. La circulaire et le guide leur assignent trois missions principales. Les collectivités sont chargées, en premier lieu, de mettre en place les actions de lutte contre les moustiques, en lien avec des opérateurs compétents le cas échéant. Ces interventions, dont le guide détaille un certain nombre de modalités, peuvent concerner les espaces publics comme les espaces privés. Elles visent notamment à détruire les gîtes larvaires (eaux stagnantes, stockages de déchets, vieux pneus...) et à traiter les gîtes potentiels. Au-delà de cette lutte préventive, les collectivités peuvent également être amenées à mettre en oeuvre une lutte curative, sous la forme de la mise en oeuvre de traitements adulticides (destinés à détruire les moustiques), complétés par des traitements larvicides (qui retardent la recolonisation du milieu). La seconde mission confiée aux collectivités consiste à participer à l'information du public, en liaison avec les préfectures, les agences régionales de santé (ARS) et les agences spécialisées. Cette information à destination du grand public porte sur "les moyens d'action simples qui permettent à chacun de réduire les gîtes larvaires autour du domicile". Enfin, de façon plus traditionnelle, les collectivités - et plus particulièrement les maires - sont chargés d'user de leurs pouvoirs de police en matière de salubrité et de gestion des déchets.

 

Jean-Noël Escudié / PCA

 

Référence : ministère de la Santé, circulaire DGS/RI1/2010/163 du 17 mai 2010 relative aux modalités de mise en oeuvre du plan anti-dissémination du chikungunya  et de la dengue en métropole.