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Festivals : ce sera 5.000 places et assises !

La ministre de la Culture réunissait le 18 février des responsables de festivals de musiques actuelles et autres représentants professionnels du Un "cadre pour la tenue des festivals" a été élaboré. La jauge maximale sera de 5.000 spectateurs. Tous assis. Des points d'étape sont prévus. Entre soulagement, déception et incertitude, les réactions des intéressés sont diverses.

Comme elle l'avait annoncé, Roselyne Bachelot a organisé une réunion, le 18 février, avec des responsables de festivals de musiques actuelles, des organisations et des fédérations professionnelles, afin d'évoquer les perspectives des festivals pour 2021, et plus particulièrement leur saison d'été. C'est peu dire que cette réunion était attendue par les organisateurs, les artistes, mais aussi les collectivités concernées (voir notre article du 11 février 2021). La ministre a confirmé que "l'été ne se passera pas sans festival" et annoncé une série de mesures, levant ainsi pour partie les incertitudes qui paralysaient le secteur. Mais il n'est pas question pour autant de revenir à la normale...

"Un cadre pour la tenue des festivals"

La réunion du 18 février a permis d'élaborer "un cadre pour la tenue des festivals". Celui-ci repose sur deux éléments principaux. Le premier consiste en une jauge maximale de public de 5.000 spectateurs, avec distanciation, sur un même site et pour un même événement. Cette jauge vaut pour les événements en salle comme pour ceux en plein air. Le ministère évoque dans son communiqué la reprise d'une norme "en vigueur l'été dernier", ce qui reste assez théorique dans la mesure où aucun festival d'ampleur ne s'est tenu l'été dernier. Le second prérequis concerne les modalités d'accueil du public, qui doit se faire impérativement "en configuration assise". Le communiqué de Roselyne Bachelot précise que "ce cadre devra être précisé sous la forme de protocoles sanitaires spécifiques, en concertation avec les professionnels, et soumis à la validation du centre de crise sanitaire et du centre interministériel de crise". Bien que le ministère n'y fasse pas allusion, les deux expérimentations prévues à Paris et à Marseille en mars et avril devraient également contribuer à finaliser ce cadre.

Un fonds de 30 millions d'euros et une enveloppe pour les captations

Par ailleurs, le dispositif annoncé prévoit "des points d'étape réguliers [...] avec les professionnels, afin de l'adapter à l'évolution de la situation sanitaire". Et si la situation s'améliore, il pourrait être envisageable d'augmenter la jauge au-delà de 5.000 personnes et/ou d'autoriser les configurations debout. Dans le contexte actuel, ce cas de figure semble néanmoins plus qu'hypothétique, du moins sur les configurations debout. Le gouvernement prévoit donc un mécanisme de soutien en trois points :
• l'État poursuivra son accompagnement des festivals contraints "d'annuler dès maintenant" (à l'image de Solidays) ;
• des aides sectorielles dédiées, sous la forme d'un mécanisme de compensation des pertes d'exploitation, seront mises en place pour les festivals qui devront adapter leur événement ;
• un mécanisme d'indemnisation sera prévu au cas où une dégradation de la situation sanitaire conduirait à annuler un événement programmé.

Les deux derniers mécanismes bénéficieront d'une enveloppe de 30 millions d'euros, couvrant l'ensemble des festivals, tandis qu'une autre enveloppe dédiée de 15 millions financera des captations "toutes disciplines confondues (théâtre, musique, danse et autres esthétiques)".

Assis qui rit, debout qui pleure... ou qui essaie de s'adapter

Les annonces de Roselyne Bachelot sont plutôt un soulagement pour les festivals assis ou susceptibles de s'adapter sans trop de difficultés. Gérard Pont, le directeur des Francofolies de La Rochelle (variétés françaises), a ainsi affirmé sur France Info, le 19 février, que "c'est un point de départ formidable, pour tout le monde, pour les artistes, pour le public et pour nous". Il juge en effet que "c'est une excellente nouvelle d'avoir ce point de départ, clair, précis et j'espère que tout cela va évoluer positivement". De son côté, le Printemps de Bourges a déjà annoncé qu'il maintiendra l'événement, mais n'utilisera pas sa grande salle de 10.000 places.

Pour les festivals debout – qui sont aussi ceux affichant la plus forte fréquentation –, la situation est nettement plus mitigée. Certains envisagent de s'adapter. Ainsi, le festival des Vieilles Charrues de Carhaix – le plus fréquenté de France avec 270.000 spectateurs – prévoit de se transformer, avec une jauge – très – réduite, mais dix soirées au lieu de quatre. Mais Jérôme Tréhorel, son directeur, l'affirme : "Ce ne sera pas un été silencieux à Carhaix ; ce sera l'été des retrouvailles."

En revanche, comme Solidays et comme il l'avait déjà laissé entendre il y a une semaine (voir notre article du 11 février 2020), le directeur du Hellfest s'apprête à confirmer l'annulation du festival. Ben Barbaud, qui se dit "abasourdi", explique qu'"on s'était rendu compte que l'épidémie était moins présente l'été ; cette année on a les vaccins qui arrivent et pourtant on a les mêmes restrictions que l'année dernière". Pour lui, "5.000 personnes assises, c'est l'antithèse d'un festival, car dans festival il y a 'fête' avant tout". D'autres grands festivals debout n'ont pas encore fait connaître leur décision, comme les Eurockéennes de Belfort.

Il est vrai que de nombreuses questions restent encore en suspens : sort de la restauration et des buvettes, possibilité de camping... En outre, d'autres incertitudes se profilent, comme la possibilité de faire venir ou non des artistes hors Union européenne, et notamment les anglo-saxons, compte tenu des fermetures de frontières. 

Les collectivités s'engouffrent dans la brèche

Les perspectives d'assouplissement des festivals provoquent des réactions en chaîne. On l'a vu par exemple avec la question des musées (voir notre article du 16 février 2021). Avant même les annonces de Roselyne Bachelot du 18 février, des élus locaux se sont engouffrés dans la brèche. Dans cette course, chacun semble vouloir être en position de faire valoir son rôle dans la réouverture des lieux culturels.

Le maire (EELV) de Lyon propose ainsi d'être un lieu d'expérimentation, en rouvrant partiellement certains espaces et spectacles vivants au public. La ville présentera ses propositions à Roselyne Bachelot le 3 mars. De son côté, Pierre Hurmic, le maire (EELV) de Bordeaux, propose, dans une lettre à la ministre de la Culture, la candidature de la ville pour tester un protocole sanitaire permettant de "rouvrir au plus vite ses musées". Il grille ainsi la politesse à Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui avait fait une proposition similaire à l'échelle de l'ensemble de la région sur 300 lieux culturels, en s'appuyant sur l'intelligence artificielle.

Enfin, plusieurs présidents de régions (Île-de-France, Hauts-de-France, Centre-Val de Loire, Occitanie, Paca), ainsi que des maires de grandes villes (Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Montpellier, Nantes, Paris, Reims, Rennes, Strasbourg, Tours), ont signé, le 17 février, une "Déclaration pour la réouverture de tous les établissements culturels recevant du public" – lancée par le Syndeac (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles) –, demandant au gouvernement de "rouvrir tous les établissements culturels" en même temps. Les signataires demandent également "le renforcement d'un dialogue et d'une concertation véritables entre les collectivités territoriales, les professionnels, et le gouvernement".

 

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