Pour Roselyne Bachelot, "l'été ne se passera pas sans festival", mais les annulations commencent déjà

La ministre de la Culture a assuré qu'il y aura des festivals cet été... mais explique qu'"il y a festival et festival", songeant aux festivals debout, qui ne permettent pas de respecter les règles sanitaires. L'incertitude étant totale alors même que les festivals ont besoin de visibilité pour choisir de programmer ou pas, certains ont préféré prendre les devants dès maintenant. Tel que Solidays, qui vient d'annoncer qu'il renonçait à sont édition 2021. Une réunion est prévue la semaine prochaine.

A la fin de l'an dernier, un relatif optimisme régnait parmi les organisateurs de festival : 95% d'entre eux, selon une enquête du site "Tous les festivals", envisageaient ainsi de retrouver leur public l'été prochain (voir notre article du 4 janvier 2021). L'arrivée des premiers vaccins pouvait alors donner corps à ce sentiment. Mais, avec la poursuite de la pandémie, le durcissement du couvre-feu, l'apparition de nouveaux variants du Covid-19 et le risque toujours présent d'un troisième confinement, l'optimisme semble retomber tandis que s'annoncent les premières annulations.

"Il y a festival et festival"

Intervenant sur France 2 le 10 février dans l'émission "Les quatre vérités", Roselyne Bachelot a expliqué que "l'hypothèse d'un été sans festival est exclue". Mais pour ajouter aussitôt qu'"il y a festival et festival. Un festival comme Aix-en-Provence [qui vient d'ouvrir les réservations pour les Noces de Figaro le 30 juin, ndlr] c'est une salle de spectacle [...]. Ce qui pose des difficultés, ce sont les festivals debout, parce que là évidemment les normes sanitaires ne sont pas de la même nature". La remarque vise une fréquentation de plusieurs milliers, et parfois centaines de milliers de personnes et des règles sanitaires plus difficiles à mettre en œuvre.

La ministre de la Culture a toutefois indiqué "travailler avec des organisateurs de festivals – que ce soient les Eurockéennes, Les Vieilles Charrues ou le Hellfest – pour voir les conditions dans lesquelles on pourrait assurer la sécurité des spectateurs et des gens qui sont sur la scène et autour de la scène". La réflexion porte notamment sur l'organisation et le financement de tests à l'entrée.

En parallèle, Roselyne Bachelot travaille également à la création d'un fonds d'accompagnement de ces festivals, "pour que quoi qu'il arrive, le modèle économique de ces festivals soit protégé". A ce stade, elle n'a pas fourni d'indication sur les modalités et le montant de ce fonds d'accompagnement.

"L'arrivée des variants, c'est une douche froide pour tout le monde"

Depuis plusieurs semaines, la ministre est soumise à une très forte pression des acteurs du monde de la culture, comme on vient de le voir sur la question des musées (voir notre article du 9 février 2021). Dans une longue lettre ouverte du 18 janvier, Ben Barbaud, le directeur du Hellfest à Clisson (Loire-Atlantique) – l'un des plus importants festivals français, prévu du 18 au 20 juin prochains – pressait Roselyne Bachelot d'agir "urgemment" pour mettre un terme au "flou qui règne" actuellement, au risque de déboucher sur une "catastrophe économique". La question centrale posée dans cette lettre par l'équipe du Hellfest est partagée par tous les organisateurs de festivals : "Avec une pression hospitalière moindre, combinée avec une période estivale où l'on sait que ce virus est moins virulent, est-il concevable d'envisager la tenue de nos mégas événements ? Ou bien devons-nous considérer dès maintenant que tant qu'une immunité collective ne sera pas atteinte, il sera impossible de remettre en place des événements accueillant des dizaines de milliers de spectateurs ?".

Un choix auquel aucune autorité sanitaire ou politique n'est vraiment en mesure d'apporter une réponse. Nombre de responsables de festivals commencent toutefois à en tirer les conclusions. Interrogé par France 3 Pays de la Loire sur les perspectives du Hellfest 2021, Ben Barbaud lui-même a répondu : "Ce serait vous mentir que vous dire que j'y crois aujourd'hui. [...] L'arrivée des variants, c'est une douche froide pour tout le monde".

Solidays annule son édition 2021, les autres hésitent encore

Les festivals se retrouvent aujourd'hui dans la même situation d'absence de visibilité qu'en mars-avril 2020. Or la programmation et l'organisation d'un festival ne s'improvisent pas en quelques semaines et les annulations de dernière minute exposent à des indemnités importantes vis-à-vis des artistes. Comme en 2020, les responsables de festivals redoutent donc presque davantage l'incertitude actuelle qu'une éventuelle annulation. L'an dernier, l'annonce de l'annulation par le gouvernement avait d'ailleurs constitué un quasi soulagement pour les organisateurs.

Certains d'entre eux ont déjà préféré prendre les devants. Dans un communiqué intitulé "Putain de virus 2", Solidays – un autre très grand festival français initialement prévu du 19 au 21 juin (et qui contribue en outre au financement de la lutte contre le sida, via l'association Solidarité Sida) – explique que "la probabilité de pouvoir jouer en plein air, en grande jauge, debout cet été est tellement faible qu'il ne nous semble pas raisonnable de vouloir y croire plus longtemps". Aussi, "notre responsabilité est d'acter à nouveau l'annulation de notre festival 'pas tout à fait comme les autres', pour reporter toute notre énergie sur la recherche des 3,5 millions d'euros de résultat qui vont disparaître cette année encore". Les exemples étrangers ne sont pas rassurants, puisque les festivals de Glastonbury en Grande-Bretagne et de Coachella aux États-Unis viennent eux aussi d'annoncer leur annulation.

D'autres festivals cherchent à réduire le format. Le Printemps de Bourges, qui inaugure la saison des festivals du 4 au 9 mai prochains (autrement dit dans moins de trois mois), annonce ainsi qu'il renonce à la grande salle de 10.000 places. Mais rien ne dit que cela sera suffisant. D'autres encore anticipent des solutions de remplacement. Le Hellfest prévoit ainsi "Hellfest from Home", à savoir la diffusion sur son site, avec Arte Concert, de 45 concerts des précédentes éditions durant les trois jours initialement prévus. De son côté, Solidays envisage "un projet télé pour célébrer la jeunesse et la musique, accompagné d'une grande campagne de mobilisation, aux dates initiales de Solidays, en faveur de la lutte contre le VIH".

"C'est comme de dire, les cinémas rouvrent, mais les spectateurs seront debout et la lumière allumée"

Tout pourrait se jouer la semaine prochaine, lors de la réunion annoncée par Roselyne Bachelot avec les organisateurs de festivals. Mais il sera sans doute difficile de trouver une solution viable pour les festivals debout. Comme l'a expliqué Luc Barruet, le patron de Solidays, "un festival électro ou de musique urbaine en jauge réduite et assis, ce n'est pas possible. C'est comme de dire, les cinémas rouvrent, mais les spectateurs seront debout et la lumière allumée"...

Si une nouvelle annulation des festivals serait un coup moralement très dur pour les organisateurs, les artistes programmés, les spectateurs et les collectivités qui les accueillent, il est peu probable que leur survie économique soit réellement menacée. L'étude déjà citée de "Tous les festivals" (voir notre article du 4 janvier 2021) montre en effet qu'en 2020, les festivals (annulés à 85%) ont plutôt bien résisté. Plusieurs raisons expliquent cette situation : le maintien des subventions des collectivités territoriales, la fidélité de la plupart des sponsors, l'attachement des spectateurs qui ont renoncé en masse à demander le remboursement des billets pour soutenir leur festival... Si les annulations devaient se multiplier dans les prochains jours, la situation serait toutefois un peu différente, car nombre de festivals n'ont pas encore ouvert les réservations. Mais le fonds d'accompagnement annoncé par Roselyne Bachelot pourrait contribuer à faire la soudure. Là aussi, des précisions devraient être apportées lors de la réunion de la semaine prochaine.

Reste un sujet qu'il faudra bien aborder : l'écart qui risque de se creuser entre les festivals "élitistes" de musique classique ou de jazz – Aix-en-Provence, Chorégies d'Orange, Marciac... –, qui pourraient se maintenir quitte à réduire fortement les capacités, et les festivals de musiques actuelles condamnés à une seconde année de silence.

 

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