La couleur, fil rouge de coopérations territoriales génératrices de gisement de nouvelles activités en Provence (84)

Publié le
par
Sylvain Baudet
dans

Développement économique

Tourisme, culture, loisirs

Vaucluse

Créée en 1994, Okhra est une société coopérative d’intérêt collectif, localisée dans l’usine d’ocre Mathieu à Roussillon dans le Lubéron, au cœur du massif ocrier classé. Elle y a développé le Conservatoire des ocres et de la couleur. Elle rassemble aujourd’hui plus de 250 coopérateurs (salariés intervenants du centre de formation, clients, fournisseurs, collectivités locales, experts, entreprises, associations et bénévoles), dans un projet commun dédié à la couleur. Un projet associé à l’image et l’identité de la Provence qui s’ouvre désormais sur un vaste champ de coopérations territoriales. Avec pour fil directeur la volonté de retisser les liens et renforcer les synergies entre une activité de service initialement orientée sur la transmission des savoir-faire, et des activités de production valorisant l’ocre minéral, végétal, ou encore les colorants alimentaires. Okhra porte cette dynamique collective intitulée "Matières et Couleurs du Lubéron" reconnue Pôle territorial de coopération économique (PTCE) depuis 2016, avec pour objectif de mettre en commun des moyens en recherche-développement, marketing, production, formation et promotion.

Okhra part d’une démarche entrepreneuriale portée par Barbara et Mathieu Barrois. Venant du secteur du conseil, le projet professionnel du couple vise à développer une activité positionnée sur la transmission de savoir-faire. Qu’est-ce qu’un savoir-faire ? Comment se pérennise-t-il ? Comment meurt-il ? De ces questionnements, il en ressortira une conviction : pour faire vivre un savoir-faire, il faut un marché, avoir une approche économique, créer des partenariats clients-fournisseurs,….
Situé à Roussillon dans le Lubéron, le site de l’ancienne usine Mathieu présente les caractéristiques recherchées. Il est situé sur un site à forte affluence touristique, associé à l’image de la Provence ainsi qu’à un savoir-faire, composante de la culture locale : la production des ocres naturels.

Organisation des activités et modèle économique de la coopérative

Dès les premiers pas, les éléments d’analyse de l’écosystème permettent de définir les contours du projet : il s’agira de bâtir un lieu à vocation culturelle, avec pour axes forts la dimension pédagogique, mais aussi l’accompagnement technique et juridique sous forme de prestations de consultants auprès des porteurs de projet qui souhaitent opter pour le modèle coopératif.
La fonction consulting, au modèle économique viable et éprouvé, est externalisée au sein d’une SAS : "Culture Couleur". La cohérence du projet d’ensemble est garantie par des liens capitalistiques entre les entités, Okhra étant présente au capital de la SAS. Deux types de prestations y sont proposées : une équipe de consultants intervient ou met à disposition des spécialistes à destination des institutions, dans les domaines de la recherche, de la création ou de la fabrication de la couleur pour mener des missions d’animation de réseaux, de coordination de projets expositions, de pédagogie et de médiation. Elle intervient également auprès d’entreprises au travers de recherches spécialisées, de formations intra ou interentreprises ou sont abordés les aspects théoriques de la couleur (chimie, physique, biologie neuronale,…). Elle organise également des séminaires créatifs sur le thème de la couleur auxquels de grands groupes, notamment ceux issus de la mode font appel.
La SAS accompagne également les dirigeants et les porteurs de projet de l’économie sociale ainsi que leur partenaire dans l’animation d’une communauté autour d’un projet d’intérêt collectif, et mène des formations sur la gouvernance multi-parties prenantes.
Au sein de la coopérative, deux dimensions cohabitent : le volet culturel, d’une part, prend forme autour de visites, d’animations, ou de cours sur l’histoire de la fabrication de la couleur. Le volet commercial d’autre part : via la boutique du conservatoire des ocres, elle assure des rentrées financières par la vente de pigments, de colorants et d’outils notamment. Le centre de formation assure la fonction de transmission de savoir-faire autour du thème de la couleur. On y apprend les techniques de la teinture, des enduits, et on y enseigne l’approche ethnologique des pratiques liées à l’usage des ocres.
L’équilibre financier des activités est assuré par un jeu de péréquation entre les fonctions économiques et les activités culturelles.

D’une activité de valorisation et de transmission des savoir-faire à l’engagement d’une dynamique multi-partenariales de coopération au service du développement local

Le chemin à parcourir vers la constitution d’un pôle territorial de coopération économique s’organise en quelques étapes décisives :

  •  En 2001, le classement Grand Site du massif ocrier par le ministère de l’Environnement envoie un signal aux acteurs locaux et est le point de départ d’une dynamique de valorisation des sites ocriers. Les collectivités locales concernées y voient une opportunité et un cadre pour un développement maîtrisé de ces lieux d’intérêt touristique.
  •  En 2008, un projet de valorisation d’une galerie souterraine est l’occasion d’une rencontre entre producteurs d’ocre et de prestataires de service, dont Okhra est l’un des protagonistes. Il en ressort la création d’une filiale, Arcano, détenue à 50-50, entre producteur de bien et de services, qui va assurer la gestion des mines de Bruoux. Le gérant d’Arcano est un salarié d’Okhra.


La rencontre et les synergies produites entre professionnels du service et producteurs de produits pose un premier jalon vers la structuration de la filière ocre locale. Les synergies créées se traduisent en emplois au sein de la filière. Alors que dans les années 1990, le secteur de la fabrication des ocres ne faisaient plus travailler qu’une dizaine de personnes, les synergies créées entre producteurs et prestataires de services ont aujourd’hui permis de créer 65 emplois supplémentaires.

 

  • Avec la valorisation des lieux d’intérêt touristique existant sur le massif, un collectif des gestionnaires des sites ocriers est alors constitué. Il rassemble une coopérative, une SARL, une SAS, une association, une régie directe, ainsi qu’une municipalité. En 2011, ce collectif se structure en association de gestion des professionnels, industriels et acteurs du tourisme. Ce regroupement préfigure le lancement d’une dynamique collective élargissant leur objet autour de la valorisation de l’ocre minéral, végétal, ainsi que les débouchés portant sur les colorants alimentaires.


Un générateur de projets de coopération économique autour du thème de la couleur


Portée par Okhra, cette dynamique est reconnue Pôle territorial de coopération économique. Organisé sous forme associative, ce PTCE regroupe autour de la coopérative, le parc naturel du Lubéron, deux comités de bassin d’emploi (dont un portant sur l’économie circulaire), un village d’insertion, le pôle de compétitivité Végépolys, la communauté de communes du Pays d’Apt, et l’université d’Avignon. Avec désormais comme perspective l’objectif de renforcer la production de produits finis ou semi-finis, alors qu’aujourd’hui la production est plutôt limité sur la matière première.

Objectifs du PTCE "Matières et Couleurs du Lubéron"
Le PTCE vise l’installation ou la création d’entreprises. L’association a privilégié le recrutement d’un poste commercial pour assurer le développement et la vente de gamme de souvenirs, de pigments, colorants, confitures, lavande,…
Les voies de valorisation de la couleur à partir des ressources locales sont infinies. Avec la vigne, il est possible de travailler le noir végétal. Afin de contrecarrer la crise dans le secteur de la cerise, il est possible de valoriser la gomme de cerisier pour en faire des aquarelles. Avec la peau de raisin, on peut faire des colorants alimentaires. Avec la spiruline, on peut faire du vert et du bleu. A partir des déchets de productions actuelles, il est possible de valoriser de nouveaux débouchés en connectant les filières entre elles, selon la logique de l’économie circulaire…
Afin de renforcer la production, des programmes de R&D dans le domaine de la chimie verte ont vocation à être lancés, associant le monde de la recherche et des partenaires industriels.
Un autre axe cherche à favoriser des formations diplômantes sur le thème de la couleur. Des actions sont également engagées sur le champ de la communication et du marketing. Une marque territoriale sur la couleur pourrait ainsi voir le jour…


Cette monographie a été rédigée dans le cadre du dossier Entrepreneuriat de territoire décrivant des dynamiques innovantes portées au sein des territoires.
 

 

Contact(s)

OKHRA

Mathieu Barrois

PDG
mathieubarrois@okhra.com
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