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Le Pass Culture sera-t-il généralisé ?

Des questions sont posées sur le Pass Culture après les réponses apportées par les responsables du dispositif en commission à l'Assemblée. Les premiers chiffres de l'expérimentation montrent une faible utilisation et la question du financement de la généralisation n'est toujours pas réglée.

Si un certain nombre de questions se posaient déjà sur le fonctionnement du Pass Culture (voir notre article ci-dessous du 7 juin 2019), les interrogations sur l'avenir du dispositif semblent prendre de l'ampleur au point de susciter des doutes sur son éventuelle généralisation. Lancée concrètement en février dernier avec la mise en place du cadre juridique (voir nos articles ci-dessous des 4 et 14 février 2019), l'expérimentation du Pass Culture connaît un début relativement lent, sans même parler des polémiques sur les rémunérations de l'équipe dirigeante et le risque de conflit d'intérêt qui ont conduit à la réduction du salaire du directeur de la SAS Pass Culture et à la démission, le mois dernier, du principal conseiller de la structure.

Un taux d'ouverture de comptes autour de 20%

Alors que l'expérimentation porte sur dix départements plus les quatre de la région Bretagne, retenue dans son entier(*), le ministère de la Culture indique, dans une réponse à une question écrite, que "les premiers chiffres issus de l'expérimentation entre le 1er février et le 28 octobre 2019 font état de près de 72.000 réservations effectuées par les 26.000 jeunes ayant ouvert un compte Pass Culture". Ce chiffre de 26.000 ouvertures est à rapprocher des 150.000 jeunes de 18 à 25 ans potentiellement concernés dans les 14 départements expérimentateurs. À la mi-novembre, ces chiffres étaient montés à 31.000 comptes et environ 86.700 réservations. De la même façon, la dépense moyenne, au 23 septembre 2019, sur les cinq premiers départements pilotes est de 94 euros sur les 500 offerts par le Pass (mais celle-ci peut s'étaler sur un an).  Enfin, les crédits consommés pour le Pass Culture en 2019 (principalement pour l'informatique et le développement de l'application) devraient se situer "vraisemblablement entre 16 et 18 millions" – selon les indications du ministre de la Culture, pour 28 millions budgétés en loi de finances initiale.

Le Pass Culture "est en train de marcher et il va fonctionner"

Lors de son audition par la commission de la culture de l'Assemblée le 24 octobre dernier, dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances pour 2020, Franck Riester s'est toutefois voulu rassurant, en indiquant que "l'an prochain, 10 millions d'euros supplémentaires, soit un total de près de 40 millions, nous permettront d'aller encore plus loin en ouvrant l'expérimentation du Pass Culture à de nouveaux territoires et en apportant de nouvelles améliorations".

Lors de l'audition par la commission de la culture de l'Assemblée de Damien Cuier, président de la société "Pass culture", et d'Isabelle Giordano, présidente du comité stratégique de la société, cette dernière a affirmé que "le Pass Culture est en train de décoller. [...] Je ne suis pas venue ce matin vous dire que le Pass Culture marche, fonctionne. Il est en train de marcher et il va fonctionner".

Des questions nombreuses

Les questions en suspens sont pourtant nombreuses. Certaines concernent la nature des biens culturels consommés. Sur ce point, les premiers chiffres montrent que 41% des produits consommés l'ont été sur un support numérique. Contrairement à certaines inquiétudes, la prédominance du support physique est essentiellement tirée par le livre (43% des réservations dont 37% en physique) -  loin devant les concerts et la musique en ligne (12% chacun respectivement) -, mais il apparaît qu'une bonne part correspond à des livres scolaires ou liés à la scolarité.

D'autres interrogations portent sur les politiques publiques de la culture et notamment la capacité du Pass Culture à attirer des jeunes a priori éloignés de la culture, mais aussi à atténuer les inégalités territoriales d'accès à la culture. D'autres encore sont plus politiques, comme le risque de "détournement" du dispositif au profit de grands acteurs culturels, notamment audiovisuels, au détriment d'une culture plus "classique" (livre, théâtre, pratique musicale et artistique...).

Mais la principale question reste celle du financement du dispositif. Dans son rapport sur les crédits du programme "Culture – Transmission des savoirs et démocratisation de la culture", Dominique David, députée (LREM) de la Gironde, rappelle que le coût théorique du Pass Culture est de l'ordre de 410 millions d'euros, mais constitue un  "plafond maximal" (sur la base de 500 euros offert pour les 820.000 jeunes de 18 ans).  La députée précise que "le coût réel, non chiffré actuellement par le gouvernement, sera affiné en prenant en compte le taux de recours effectif des jeunes, la nature des consommations culturelles et les contributions attendues des partenaires économiques". Il faudra donc attendre la première véritable évaluation, prévue pour 2021, pour connaître ce coût.

Mais, quel que soit ce montant, l'État ne le financera pas au-delà de 20%. La question d'un financement par le mécénat et par les grands acteurs culturels reste donc posée, comme cela est envisagé depuis le début. Mais les "petits" acteurs culturels redoutent qu'un tel mode de financement se traduise par une emprise des grandes entreprises du secteur et par une orientation de la consommation des jeunes, alors que l'un des objectifs recherchés par le Pass Culture est de favoriser la diversification des expériences culturelles.

(*) Ardennes, Bas-Rhin, Doubs, Guyane, Hérault, Nièvre, Saône-et-Loire, Vaucluse, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et les quatre départements de la région Bretagne (Côtes-d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan).

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