LegalTech : la relation du consommateur au professionnel

Le secteur juridique peut parfois sembler difficile d’accès aux justiciables. Certaines LegalTech se sont donc données pour objectif de faciliter la mise en relation entre les professionnels du droit et les consommateurs en quête de réponses. Comment simplifient-elles la prise de contact entre particuliers et acteurs du droit ? Selon quels critères ? Éléments de réponse.

Comment trouver le professionnel du droit le plus adapté à ses besoins ? Des dizaines de milliers de Français sont confrontés à cette question chaque année. À l’heure de choisir l’avocat, le notaire ou l’huissier qui va prendre en charge un dossier et accompagner un particulier dans ses démarches, celui-ci doit prendre en compte de nombreux éléments : disponibilité, relationnel, proximité avec son lieu de résidence ou de travail, spécialisation dans le domaine qui l’intéresse... et aussi montant des honoraires. Ce choix doit souvent être fait dans l’urgence et les néophytes peuvent vite se sentir démunis. Au risque de se tromper.

Lorsqu’ils doivent choisir leur avocat, la majorité des Français avoue effectuer ses recherches sur des annuaires. Résultat, 56% d’entre eux dit avoir rencontré des difficultés à trouver la perle rare. Une fois la collaboration terminée, seul 13% des sondés estime qu’elle s’est très bien passée. Plus de 80% des clients regrettent le manque de réactivité du professionnel, le manque de communication ou des honoraires trop élevés. Une déconvenue dont ils se passeraient bien. 

Une grande diversité de plateformes

Comment aider les particuliers à choisir le bon professionnel ? Dans le vaste secteur que constitue la LegalTech, la mise en relation entre les professionnels du droit et leurs clients joue encore un rôle marginal avec seulement 8,4% des parts de marché. En effet, les principaux clients des LegalTech ne sont pas les particuliers (1,2%), mais les entreprises (49,4%). La mise en relation des consommateurs et des professionnels du droit doit donc se développer conjointement avec le marché des particuliers en quête d’assistance juridique. 

La plateforme nantaise Avoloi fait figure de pionnière dans cette activité de mise en relation juridique. Le concept est simple : il suffit de remplir un formulaire détaillé sur le site pour trouver un avocat spécialisé proche de chez soi. Conscient des enjeux du marché, le réseau d’avocats d’Avoloi ne cible pas exclusivement les particuliers, mais aussi les entreprises. Tous les métiers sont désormais concernés par la digitalisation. Pour se différencier, elle propose même un diagnostic juridique gratuit de vingt minutes. Et pour cause : la société qui a levé 2,5 millions d’euros au mois de février doit désormais composer avec de nombreuses concurrentes. Plusieurs startups se positionnent déjà sur ce secteur, à l’instar d’Izilaw, Constatys, Avoloi, Call a Lawyer ou encore NeoNotario. Parmi elles, Constatys permet par exemple d’être mis en relation directe avec un huissier de justice pour réaliser un constat. Il suffit de déposer sa demande en ligne pour recevoir un devis.

Démocratiser le droit

Avant l’arrivée des LegalTech, et en particulier des plateformes de mise en relation, ce qui distinguait différents professionnels du droit dans un même secteur était surtout la valeur du diplôme ou du titre. Les solutions en ligne se concentrent, au contraire, exclusivement sur les avis des consommateurs ou sur des algorithmes propres à chaque plateforme. Ceux-ci peuvent prendre en compte la distance géographique, le ou les domaines de compétences ou la disponibilité, comme Neo Notario. D’autres plateformes comme Avoloi automatisent le processus de sélection du représentant de justice, ne laissant pas la liberté de la recherche au consommateur, seulement la validation finale du candidat. 

C’est donc une transformation radicale de la philosophie du droit qu’apportent les LegalTech. Alors que de nombreux particuliers n’osaient pas faire appel à un avocat ou un notaire par peur des tarifs ou par méconnaissance du fonctionnement de la justice, les jeunes pousse du droit semblent avoir largement contribué à réconcilier les Français avec le monde juridique. Grâce aux plateformes, tout est fait pour rendre le droit plus accessible 24h/24, tous les jours de la semaine et à moindre coût, grâce à des tarifs moins opaques. Le justiciable devient un consommateur au cœur d’une stratégie commerciale qui a l’avantage de lui fournir l’aide dont il a besoin en un temps record. Call a Lawyer enregistre ainsi un délai de mise en relation de vingt minutes en moyenne et un taux de satisfaction de 4,8/5 sur TrustPilot. Pour sa part, NeoNotario comptabilise plus de 900 rendez-vous mensuels avec un taux de satisfaction de 91%. L’accès et la compréhension du droit n’ont, semble-t-il, jamais été aussi simples que depuis l’arrivée des LegalTech.

Lancée en 2017 par Elsa Coiffier, la solution en ligne Izilaw s’était fixée trois missions : “accessibilité, transparence des tarifs et prise de rendez-vous facilitée”. Une formule gagnante selon sa co-fondatrice qui revendique un positionnement pédagogique à destination du grand public : “Au-delà de la mise en relation, notre solution compile quantité d’information pour apporter de la clarté et de la transparence quant aux champs de compétences des différents corps de métiers représentés”. De quoi décider les particuliers qui hésitaient à pousser la porte d’une étude d’huissier ou d’un cabinet d’avocat. 

Quelles sont les limites de ces solutions ?

Pourtant, ces solutions comportent certaines limites. Le premier point qui inquiète les professionnels du droit concerne la sécurité et la protection de leurs échanges avec les clients. Les métiers du droit sont en effet soumis au secret professionnel, et les informations qui transitent entre les clients et leurs représentants peuvent être convoitées par des pirates informatiques. Aujourd’hui, les solutions proposées par les LegalTech reposent sur des logiciels qui se veulent fermés et sécurisés. Conscientes des enjeux de confidentialité, les startups du droit ont mis en place le chiffrement des données sensibles, parfois combiné à la blockchain pour garantir l’intégrité de ces données. Les cyber-risques doivent néanmoins être pris en compte par les utilisateurs de ces solutions numériques. 

Autre point sensible, certaines activités juridiques ont connu un “dumping” de la part des solutions en ligne. En effet, certaines d’entre elles sont parvenues à industrialiser les process et à faire baisser le coût des services juridiques dans leur ensemble. Cette nouvelle réalité du marché du droit force les professionnels à aligner leurs tarifs à la baisse. Mais dans le même temps, elle pousse les consommateurs à se tourner plus facilement vers eux. Autrement dit, grâce aux plateformes de mise en relation, le marché du droit croît pendant que les tarifs pratiqués par les auxiliaires de justice diminuent. Les LegalTech participent donc à une démocratisation du droit pour le plus grand nombre mais pourraient aussi contribuer à faire baisser, à l’excès, les tarifs des professionnels. 

Enfin, les coûts pratiqués par les LegalTech peuvent parfois être plus élevés que ceux pratiqués par les auxiliaires de justice. La raison est simple : les LegalTech proposent des “packs” de plusieurs contrats ou services et ne facturent pas à l’heure comme les professionnels du droit. “Par exemple dans le cadre de la résolution de litiges, les « packs » proposés incluent un ou plusieurs actes au sein d’une procédure pour un montant forfaitaire souvent bien plus élevé que le seul coût des actes alors que cet accompagnement l’aurait été gratuitement par l’Huissier en charge du dossier”, déclare Hervé Gallet, Huissier de justice et cofondateur de Syslaw.

Autres actualités du secteur