Développement du territoire - L'éloignement du lieu de travail : un défi majeur pour l'aménagement du territoire

Les créations d'emplois sont inégalement réparties sur le territoire avec une concentration dans les pôles urbains, la couronne parisienne et les façades atlantique et méditerranéenne notamment. Mais surtout, avec la périurbanisation, l'éloignement du lieu de travail, en particulier pour les ouvriers, pose un défi majeur pour l'aménagement du territoire, estime le CGET.

Pour permettre aux acteurs de chaque territoire français de créer de l'emploi localement, il faut penser la combinaison de politiques de développement économique, de logement, de transport, d'accès aux services publics. C'est l'une des principales conclusions de l'étude du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) "Emploi et territoires" publiée le 13 décembre 2016. Dans cette synthèse du rapport 2016 de l'Observatoire des territoires, le CGET analyse les disparités territoriales françaises en matière d'emploi et de chômage, qui sont plus fortes que dans les pays voisins.
Entre 1975 et 2012, le nombre d'emplois en France métropolitaine a augmenté de 4,9 millions mais cette croissance s'est principalement concentrée dans la couronne parisienne, sur les façades atlantique et méditerranéenne, autour de l'agglomération toulousaine et dans le quart Sud-Est du pays. "A l'inverse, les espaces en déclin démographique, peu attractifs (zones peu denses du Centre et du Nord-Est, intérieur de la Bretagne et de la Normandie), ont vu leur nombre d'emplois diminuer depuis 1975", précise l'étude. En cause : les spécialisations économiques et surtout la tertiarisation de l'économie. Entre 1975 et 2012, 2,9 millions d'emplois ont été supprimés dans l'industrie, 1,4 million dans l'agriculture et 125.000 dans la construction. A l'inverse, le secteur tertiaire a crû de 9,4 millions d'emplois.

Concentration dans les grandes aires urbaines

Pour le CGET, "la géographie du chômage est de plus en plus stable". Ce qui signifie en creux que les disparités territoriales n'ont pas été résorbées. Ainsi, le classement des zones d'emploi en fonction de leur taux de chômage n'a quasiment pas bougé entre 2007 et 2014 et les zones où le chômage est élevé (outre-mer, Nord-Est et littoral languedocien principalement) sont les mêmes depuis plusieurs décennies. "Ce sont les zones qui étaient déjà les plus en difficulté qui ont été les plus affectées par la crise de 2008-2009", souligne le document.
Autre phénomène : les pôles urbains concentrent les emplois, en particulier les plus qualifiés, alors que les couronnes accueillent l'essentiel de la croissance démographique et les espaces peu denses sont de plus en plus sous l'influence des pôles urbains.
L'emploi se concentre ainsi de plus en plus dans les grandes aires urbaines (81,5% des emplois en 2012 contre 78% en 1975), même si le phénomène ralentit un peu depuis 1990. Il est lié à un effet dit "de structure" : les catégories socio-professionnelles supérieures, surreprésentées dans les grandes aires urbaines, ont fortement augmenté au cours des dernières décennies, tandis que les emplois d'agriculteurs, d'ouvriers et d'artisans, moins concentrés, ont diminué. "La modification globale de la structure des emplois, liée à la transformation de l'économie, a ainsi principalement bénéficié aux grandes aires urbaines", précise l'étude.

Des trajets domicile-travail de plus en plus longs

Si le phénomène de métropolisation de l'emploi se confirme, le CGET le nuance un peu. "Les disparités de croissance de l'emploi dans les aires urbaines ne sont pas lisibles au seul prisme de leur taille, et dépendent fortement du contexte régional", signale-t-il dans son étude. Des situations très hétérogènes existent ainsi : de très grandes aires urbaines, comme Saint-Etienne, Rouen ou Lille, ont connu une croissance plus faible que la moyenne nationale, tandis que des aires urbaines plus petites ont connu une croissance forte (celles par exemple situées au sud-ouest d'une ligne Cherbourg-Lyon).
Ce mouvement de concentration des emplois dans les grandes aires urbaines, se double de celui de la périurbanisation : l'emploi se concentre mais la population se desserre en périphérie des pôles urbains. En conséquence, les temps de trajets domicile-travail augmentent (+ 6 kilomètres et + 2 minutes entre 1982 et 2008). Ce sont les cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont les plus longs trajets (22 minutes en moyenne en 2012) mais ce sont les ouvriers qui ont vu leur temps de trajet le plus augmenter. "Dans un contexte où le chômage touche massivement les ouvriers, l'éloignement croissant à des emplois de plus en plus concentrés dans les pôles urbains constitue un enjeu majeur", souligne le CGET.
Toutefois, pour le commissariat, le caractère structurel de ces disparités "ne les rend pas pour autant inexorables et il n'est pas possible de se satisfaire d'organiser la migration des habitants des territoires en déclin vers les plus urbains, dynamiques et créateurs d'emploi". Seul regret, il ne donne pas de solutions pour y remédier.

 

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