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Passeport, pass, certificat ou carnet sanitaires... : foison de propositions pour faire revenir les touristes

Les propositions et prises de position se multiplient pour lever en partie les restrictions de déplacements en Europe et donc éviter une paralysie du secteur du tourisme. Que ce soir au niveau de l'UE ou de l'Hexagone. Il est ainsi notamment beaucoup question de "pass sanitaires". Dans le même temps, le Parlement européen a adopté un projet de résolution établissant une stratégie européenne pour un tourisme durable incluant entre autres un "protocole de sécurité sanitaire". Et prévoyant par ailleurs la création d'une "agence européenne pour le tourisme".

Alors que les vacances de printemps approchent à grands pas et que se profilent déjà les congés d'été, la question se pose des conditions d'une reprise de l'activité touristique. L'an dernier, la sortie du déconfinement, le 11 mai, avait engendré une reprise rapide de l'activité touristique, au moins nationale, avant que le second confinement, les variants du Covid-19 et la fermeture de droit ou de fait des restaurants et des stations de ski viennent à nouveau plomber la situation. Mais rien ne dit que dans quelques semaines la situation apparaîtra sous un jour aussi favorable qu'elle semblait l'être le 11 mai dernier.

UE : du passeport sanitaire au "certificat sanitaire numérique commun"

Dans ce contexte, les propositions se multiplient pour éviter une paralysie du secteur, même si la plupart d'entre elles visent un cadre plus large que le seul tourisme. La première suggestion est venue de l'Union européenne. Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre grec – pays très dépendant de l'activité touristique – est à l'origine de cette démarche, lorsqu'il a suggéré que tout citoyen vacciné contre le Covid-19 puisse voyager sans restrictions au sein de l'UE. Accueilli plutôt favorablement dans les pays très dépendants du tourisme, la proposition a toutefois suscité des réticences parmi les autres États membres, à commencer par l'Allemagne et la France. Les obstacles semblent en effet nombreux et tiennent notamment au faible nombre de personnes vaccinées à ce jour, aux incertitudes sur la durée de la protection immunitaire conférée par la vaccination, mais aussi aux risques de discrimination. Cette position rejoint d'ailleurs celle de l'OMS, qui ne recommande pas, "pour le moment", la création de passeports vaccinaux.

Sans aller jusque-là, l'UE a toutefois adopté, à la fin du mois de janvier, une série de dispositions pour harmoniser les certificats de vaccinations contre le Covid-19. Une douzaine de pays (Grèce, Danemark, Italie, Portugal, Espagne...) ont en effet déjà commencé à émettre de tels certificats et d'autres se disent prêts à le faire. De son côté, Boris Johnson a annoncé la création de "certificats de statut". 

La position de l'UE semble toutefois évoluer ces derniers jours, quitte à éviter l'emploi du terme "passeport". Interrogé sur LCI le 21 février, Thierry Breton, le commissaire chargé du marché intérieur, a ainsi évoqué la mise en place d'un "certificat sanitaire numérique commun", sans qu'on distingue bien pour autant la différence avec un passeport sanitaire. Et le 1er mars, Ursula von der Leyen est revenue sur le sujet en indiquant que la Commission proposera, dès ce mois-ci, un projet de création d'un "Digital Green Pass", avec l'objectif de "permettre graduellement aux Européens de se déplacer en sécurité au sein de l'UE ou en-dehors, pour le travail ou du tourisme". La présidente de la Commission a promis que le dispositif "respectera la protection, la sécurité et le caractère privé des données personnelles".

France : pour un "pass sanitaire" et des "standards communs"

Du côté français, Emmanuel Macron a expliqué, à l'issue d'un Conseil européen extraordinaire (par visioconférence) les 25 et 26 février, que le certificat vaccinal "n'est pas pour demain", tout en indiquant qu'il pourrait voir le jour "pour l'été". Le chef de l'État a plus précisément évoqué un "pass sanitaire" qui, au-delà du tourisme stricto sensu, pourrait également être utilisé en vue de la réouverture des restaurants et des lieux culturels. Une finalité nationale qui évite d'utiliser le mot passeport, trop connoté.

Lors du point presse qui a suivi la tenue de ce conseil, Emmanuel Macron a expliqué qu'il faut préparer cette décision "dès maintenant techniquement, politiquement, juridiquement", car cela "va poser beaucoup de questions techniques, de respect des données individuelles, d'organisation de nos libertés". Il a également insisté sur la nécessité que "ça se fasse dans un cadre européen homologué, sinon on recréera collectivement les même difficultés ; c'est pour ça qu'il faut qu'on se coordonne". A la différence du contexte de l'an dernier, le chef de l'État a néanmoins rappelé que les États disposaient de plus de temps : "On est fin février ; on est plutôt tous sous la pression d'un virus et de ses variants" mais aujourd'hui, "la grande différence, c'est qu'on anticipe" et "ces certificats et cette organisation ce n'est pas pour demain ; c'est pour cet été".

L'idée directrice devrait être de "définir des standards communs", sans aller nécessairement vers un dispositif totalement uniforme. L'important est en effet d'éviter "que pour capter des touristes, un pays moins disant prenne des risques en faisant venir des gens du bout du monde pour remplir ses hôtels". Il faudra donc avoir la même règle vis-à-vis des pays hors UE.

Si ces annonces peuvent paraître encourageantes pour la saison d'été – sous réserve que la coordination des États membres aboutisse –, elles peuvent en revanche sembler moins rassurantes pour les restaurants et les lieux culturels, du moins si ce "pass" devait également conditionner leur réouverture. Le chef de l'État évoque en effet un délai de "plusieurs mois" pour la mise en place d'un tel dispositif. Emmanuel Macron a d'ailleurs reconnu "qu'il y a beaucoup de confusion parfois sur ce sujet" et a insisté sur le fait que le pass sanitaire "ne sera pas uniquement lié à la vaccination". En effet, "si on arrive à rouvrir certains lieux, nous ne saurions conditionner leur accès à une vaccination, alors même que nous n'aurions même pas ouvert la vaccination aux plus jeunes".

Île-de-France : un carnet sanitaire qui "fera revenir les touristes"

La plus récente – mais sûrement pas la dernière – proposition en la matière émane de Valérie Pécresse. Invitée, le 28 février 2021 du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, la présidente de la région Ile-de-France a en effet indiqué que, pour faire revenir les touristes dans la première destination mondiale, elle préconise un "carnet sanitaire qui dira à la fois nos tests, l'état de nos tests, et le jour où la vaccination sera répandue, la vaccination".

Valérie Pécresse, a expliqué : "Je pense que c'est avec ces carnets sanitaires que l'on fera revenir les touristes [...]. Ces carnets permettront de contrôler que les personnes que nous allons accueillir dans la région sont bien vaccinées, testées négativement". Pour autant, elle considère qu'"aujourd'hui, tant que les vaccins ne sont pas répandus, il serait extrêmement injuste d'en faire un critère pour quelque activité que ce soit". En revanche, "à moyen terme, notamment l'été prochain, il faudra protéger les habitants de la région si l'on veut faire revenir les touristes".

L'enjeu est de taille, dans la mesure où "l'Ile-de-France est la région qui est la plus touchée par la crise économique, car nous sommes une région très ouverte sur le monde, touristique". Or, "ce sont des centaines de milliers de personnes qui travaillent dans l'événementiel, dans le tourisme, dans l'aéronautique, qui se retrouvent sans travail".

  • Le Parlement européen propose de créer une agence européenne pour le tourisme

La commission des transports et du tourisme du Parlement européen a adopté le 25 février, à une très large majorité (45 voix contre 2), un projet de résolution "établissant une stratégie européenne pour un tourisme durable". Celle-ci devrait être adoptée par le Parlement, "probablement lors de la deuxième session plénière de mars". Dans son communiqué sur ce projet de résolution, le Parlement européen demande aux États membres "d'appliquer, pleinement et sans délai, des critères communs pour des voyages sûrs, avec un protocole de sécurité sanitaire de l'UE pour tester avant le départ et appliquer des exigences de quarantaine en dernier ressort". Un "protocole de sécurité sanitaire" qui n'est pas sans évoquer... le passeport sanitaire.

Les députés européens souhaitent en effet "un certificat de vaccination commun, qui pourrait devenir l'alternative aux tests PCR et aux exigences de quarantaine une fois qu'il y aura suffisamment de preuves que les personnes vaccinées ne transmettent pas le virus". Ils plaident également pour la reconnaissance mutuelle des procédures de vaccination et "exhortent" la Commission à introduire le label européen de certification sanitaire, "qui pourrait certifier des normes minimales de prévention et de contrôle du COVID-19 et contribuer à restaurer la confiance des consommateurs envers les secteurs du tourisme et des voyages".

Enfin, le Parlement européen estime que "l'UE doit voir au-delà de la pandémie et remplacer la stratégie de 2010 sur le tourisme européen afin de maintenir l'Europe comme destination de premier plané". Pour cela, il appelle la Commission à créer une agence européenne pour le tourisme.

 

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