Quand la forêt progresse, la reconquête des paysages s'impose (09)

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Ariège

Dans le parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, la forêt progresse de 700 hectares par an faisant disparaître points de vue panoramiques et patrimoine rural. Le parc et les communes veulent aujourd’hui déboiser pour rouvrir les paysages.

Créé en 2009, le parc naturel régional (PNR) des Pyrénées ariégeoises (142 communes, 46.600 habitants) couvre la moitié du département de l’Ariège. Dans ce territoire en déprise agricole, plus de 50% de la superficie est boisée contre seulement 25% il y a un siècle et les espaces boisés progressent au détriment des terres agricoles abandonnées. Si la forêt est une richesse, elle peut porter atteinte à la diversité des paysages et à la qualité du cadre de vie. Dans les villages de montagne, la progression de la forêt accentue le sentiment d’isolement, les risques d’incendie, la baisse de la luminosité et l’humidité dans les habitations. D’où l’importance de l’enjeu du déboisement.

Demande des habitants et des élus

Lors de la création du PNR en 2009, une enquête auprès de la population montre que la qualité des paysages est clairement identifiée comme un élément auquel les habitants du parc sont très attachés. En 2011, à la demande d‘élus communaux, l‘équipe du parc commence à travailler sur la question des points de vue panoramiques et du dégagement de la végétation autour de certains villages. "En 2012, une étudiante réalise un diagnostic approfondi confirmant que certains points du vue panoramiques risquent de disparaître", indique la chargée de mission forêt et filière bois au PNR, Elodie Roulier. Les élus du parc décident alors d’intervenir sur trois points de vue panoramiques - les cols d’Ayens, de la Crouzette et de Péguère -, ainsi que sur neuf villages de montagne particulièrement touchés par la progression de la forêt.

Pour les propriétaires fonciers, le PNR est un gage de neutralité

Le parc et les communes souhaitent travailler sur ces projets en concertation avec les propriétaires et les habitants. Pour cela, il faut d’abord retrouver les propriétaires. La démarche est relativement simple pour un site panoramique, car la surface à déboiser est réduite et appartient à quelques propriétaires seulement. En revanche lorsqu’il s’agit des villages perdus dans la végétation, le travail est plus complexe. A Goulier par exemple, village de 47 habitants, où 6 hectares sont à déboiser, la mairie a dû contacter 166 propriétaires pour 290 parcelles. Lors de cette démarche, le soutien de l’équipe du PNR s’avère utile, comme gage de neutralité, car son équipe s’intéresse au paysage et au cadre de vie, sans privilégier la cause agricole ou la cause forestière. A noter : si la forêt est communale et soumise au régime forestier, il faut faire intervenir l’Office national des forêts afin de marquer les arbres à abattre.

Le PNR apporte un accompagnement méthodologique et technique

Chaque commune porte le projet, se chargeant d’envoyer les courriers aux propriétaires fonciers, de les relancer puis d’organiser des réunions publiques. La mise en œuvre du déboisement s’effectue avec l’appui du PNR. Plutôt que de partir en quête de financements publics, ce dernier cherche des solutions avec les exploitants locaux et a signé une convention avec le Centre de formation professionnelle et de promotion agricole de Pamiers, permettant un échange de services gratuit avec les chantiers-écoles des futurs bûcherons, élagueurs et débardeurs qui ont à leur disposition des espaces à déboiser sur le périmètre du parc (voir convention en document joint). Parallèlement, il a été proposé aux communes de jouer le rôle de mandataire pour les propriétaires privés des neuf communes de montagne : concrètement, chaque propriétaire foncier concerné donne mandat au maire pour organiser un chantier groupé sur l’ensemble de la zone à déboiser sur la commune, les travaux étant réalisés soit par une entreprise locale et/ou avec le centre de formation (CFPPA) de Pamiers. Les propriétaires n’ont rien à débourser sous réserve qu’ils cèdent leur bois aux entreprises.

Panoramas reconquis et chantiers lancés dans les villages

Dans le village de Goulier, 80% des propriétaires ont donné leur accord à ce principe de chantier groupé et les travaux démarrent à l’automne 2014. Un plan de pâturage sera défini avec les éleveurs dans le courant de l’été, et discuté avec les propriétaires et les habitants. La procédure a été répétée dans les huit autres villages concernés. Quant aux trois sites panoramiques, à la fin 2013, ils avaient retrouvé des larges points de vue permettant de profiter de la splendeur des paysages (voir photo "après" en illustration).

Et après ? Entretien et contrôle de la végétation

L’étape suivante est celle de l’entretien et du contrôle de la végétation. Au col d’Ayens par exemple, la commune se charge désormais de l’entretien du site. Ailleurs, des plans de pâturage sont définis avec les éleveurs locaux et discutés avec les propriétaires et les habitants.
 

La coupe du bois, un héritage de la Guerre des Demoiselles
En Ariège, le déboisement et l’exploitation forestière demeurent des questions sensibles près de 200 ans après la Guerre des Demoiselles. Dans les années 1830, des Ariégeois déguisés en demoiselles se sont insurgés contre les autorités publiques et le nouveau code forestier qui réglementait la coupe du bois domanial. A l’époque, la forêt était une ressource vivrière précieuse. Cet épisode historique éclaire certaines réticences face aux projets de déboisement.

Cécile Perrin pour la rubrique Expériences des sites www.mairieconseils.net et www.localtis.info

Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises

Nombre d'habitants :

46600

Pôle d'activités de la Ferme d'Icart
09240 Montels
info@parc-pyrenees-ariegeoises.fr

André Rouch

Président

Elodie Roulier

Chargée de mission forêt et filière bois

Camille Fleury

Chargée de projet réouverture paysagère
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