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Une étude pointe les risques psychosociaux des métiers de l'aide à domicile

Alors que le gouvernement travaille à un plan de valorisation des métiers de l'aide à domicile, une étude originale de la Dares sur les conditions de travail des salariées de l'aide à domicile va à l'encontre d'un certain nombre d'idées reçues. Nombre d'entre elles travaillent à temps partiel, le weekend, à horaires décalés et variables... Elles relèvent en revanche rarement des contraintes de rythme. Mais font part d'une forte charge émotionnelle dans leur travail.

La Dares (direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques) du ministère du Travail publie les résultats d'une étude originale sur les conditions de travail des salariées de l'aide à domicile (le féminin s'expliquant par le fait que les hommes, qui ne représentent que 5% de ce secteur, sont exclus du champ de l'enquête). Sont également exclues les salariées employées directement par des particuliers (environ un tiers des effectifs de l'aide à domicile) et celles qui n'ont pas de contrat de travail (estimées à 10% du total). Ce sont donc essentiellement les salariées des Saad (services d'aide et d'accompagnement à domicile) et des Spasad (services polyvalents d'aide et de soins à domicile) qui font l'objet de l'étude, quel que soit l'intitulé de leur métier : aides à domicile, aides ménagères, travailleuses familiales...

Des résultats à l'encontre de certaines idées reçues

Alors que le gouvernement travaille à un plan de valorisation des métiers de l'aide à domicile, l'étude de la Dares apporte de nombreuses informations et va à l'encontre d'un certain nombre d'idées reçues. Les salariées de l'aide à domicile présentent un profil particulier au regard des autres salariées : plus âgées (médiane de 49 ans contre 43), elles sont plus fréquemment de nationalité étrangère hors UE même si on est très loin de certains clichés (8% contre 2%) et ont moins d'ancienneté (37% ont moins de trois ans d'ancienneté contre 23%). Elles connaissent aussi des conditions de travail particulières, notamment en termes de risques psychosociaux. Ainsi, 76% d'entre elles travaillent à temps partiel (contre 20% pour les autres salariées) et seules 61% ont le choix du temps de travail (contre 85%). De même, elles sont nettement plus nombreuses à travailler le dimanche même occasionnellement (57% contre 35%) ou le samedi (68% contre 50%), ou encore à n'avoir pas les mêmes horaires tous les jours (51% contre 24%). En revanche, elles sont moins nombreuses à travailler le soir, entre 20h et minuit (14% contre 28%).

Une intensité de travail "légèrement plus basse" que les autres salariées

Côté positif, les salariées de l'aide à domicile présentent une intensité de travail "légèrement plus basse" que celle des autres salariées. L'étude explique ainsi que "la pression temporelle est moins importante pour elles, malgré le caractère plus morcelé du travail, car elles doivent moins souvent travailler très vite, et leur travail ne nécessite pas de longues périodes de concentration intense et n'est pas très 'bousculé'". Elles sont en outre moins souvent soumises à des "contraintes de rythme" (14% ont trois contraintes de rythme ou plus, contre 27% pour l'ensemble des salariées). Bien que, par définition, très en contact avec le public (94% contre 79%), les salariées de l'aide à domicile déclarent moins de tensions dans leurs rapports avec le public (6% contre 11%) et sont moins nombreuses à signaler avoir été victimes d'au moins une agression de la part du public au cours des 12 derniers mois (9% contre 16%).
En revanche, les salariées de l'aide à domicile subissent une plus forte chargé émotionnelle et déclarent davantage "cacher [leurs] émotions" ou être "en contact avec une personne en situation de détresse". Elles souffrent également d'un sentiment d'isolement, dans la mesure où elles interviennent seules et côtoient peu leurs collègues.

Un manque de moyens, mais une reconnaissance de leur rôle

Ces salariées ont également le sentiment de manquer de moyens, d'information et de formation. En outre, elles ont, davantage que les autres salariées, été amandées à faire des choses qui heurtaient leur conscience professionnelle ou leurs valeurs personnelles, au moins une fois au cours des 12 derniers mois (36% contre 30%). Enfin, elles sont un peu plus nombreuses à se sentir en insécurité en matière d'emploi (28% contre 21%) et sont "particulièrement concernées par des situations dangereuses, physiquement et psychologiquement exigeantes, les conduisant à refuser ou interrompre une tâche dans un contexte où elles sont peu encadrées et peu soutenues par un collectif de travail" (22% contre 13%).
Malgré cela, les salariées de l'aide à domicile se sentent plutôt soutenues par leur hiérarchie (un peu plus que pour les autres salariées) et reconnues dans leur travail. Elles reçoivent plus fréquemment que les autres salariées le respect et l'estime qu'elles méritent pour leur travail, notamment de la part de leur supérieur (71% contre 66%) et se sentent moins souvent traitées injustement (75% contre 83%).

 

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