Dans le Vaucluse, les enfants déjeunent au bistrot et ça réveille le village ! (84)

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par
Cécile Perrin
dans

Jeunesse, éducation et formation

Vaucluse

Initié par la commune de Beaumont-du-Ventoux, le bistrot de pays fait aussi cantine scolaire depuis la rentrée 2014. Pour le plus grand bonheur des enfants et du maire qui compte ainsi garder son école, tout en redonnant vie au village.

Dans le Vaucluse, à 40 kilomètres à l’est d’Orange, la commune de Beaumont du Ventoux se compose de 9 hameaux répartis sur six kilomètres de longueur. On y trouve une station de sports d’hiver et d’été, des établissements hôteliers et des restaurants. Mais au village d’en bas, il n’y avait ni épicerie, ni boulangerie, ni café, ni cantine pour l’école jusqu’à la rentrée 2014 et l’ouverture du bistrot de pays, la Fourchette du Ventoux. Il sert aujourd’hui 50 repas par jour, en plus des 12 élèves demi-pensionnaires. Un succès qui a changé la vie de la commune !

Garder l’école au village

En 2001, des familles du village demandent à scolariser leurs enfants dans la commune voisine de Malaucène située à 4 kilomètres qui offre le service d’une cantine. "A force de signer des dérogations, il n’y aura plus d’élèves à l’école", pense alors le maire, Bernard Charasse. Il signe donc une convention avec la commune de Malaucène pour que les enfants y déjeunent, mais restent à l’école de Beaumont-du-Ventoux. Les demi-pensionnaires y sont conduits en taxi tous les midis, ce qui représente un coût de 50 euros par jour pour la municipalité.

Dix ans pour mener le projet à bien

Dès 2003, une étude est lancée pour envisager la création d’un bistrot de pays, qui assurerait la restauration scolaire, l’épicerie de première nécessité et de produits du terroir. En 2010, la commune achète un terrain situé à proximité de l’école. Les plans sont réalisés par un architecte qui avait déjà participé à d’autres bistrots de pays. La commune y aménage une terrasse ombragée, une cuisine intégrée de 60 m².  "Il ne faut pas lésiner sur la qualité du matériel, nous avons investi 80.000 euros dans la cuisine, cela donne de l’aisance pour travailler et cela joue sur la qualité", explique le maire. D’autres facteurs sont importants comme l’isolation phonique de la salle de restauration, sans résonance. Mais d’après l’élu, le succès de l’opération repose essentiellement sur un bon gérant.

Etape décisive le choix du gérant

Pour la mise en gérance du bistrot, "l’appel d’offres et les annonces locales ont intéressé des candidats qui cherchaient un bistrot pour servir des blancs et du rosé", se souvient le maire. "Nous n’en avions pas envie, nous ne voulions pas de piliers de bar." Puis une annonce dans un magazine professionnel de la restauration est suivie de 33 réponses en 15 jours. Après une sélection et la rencontre avec 3 candidats, "on a eu la chance de très bien tomber", estime le maire.

Laisser le temps de l’installation

Un couple en cuisine est épaulé par son fils au service. "Nous avions un bail saisonnier en Ariège, mais après 20 ans dans la restauration, le projet de Beaumont-du-Ventoux était une superbe opportunité. Les gens nous ont vite intégrés et nous avons créé petit à petit une clientèle régulière", explique Grégory Montziols, qui s’occupe du service en salle. Après un bail dit "précaire" de trois ans, avec d’abord une location de 200 euros par mois qui a augmenté progressivement, la commune a signé un bail commercial de 9 ans en 2017.

Repas équilibrés et bon marché

La cuisinière apporte un soin particulier à l’équilibre des menus pour les écoliers, qui sont soumis à la mairie 15 jours à l’avance. Ainsi par exemple au menu d’un midi d’octobre : soupe à l’ail, filet de sole au four et clafoutis aux poires. Le coût s’élève à 2,90 euros par élève, pour un coût réel de 7,50 euros. "Le repas à la cantine de Malaucène revenait à 5 euros à la charge de la commune, sans compter les taxis, on est encore gagnant", se réjouit le maire.

De l’animation au village

La douzaine d’enfants présents chaque midi au bistrot a fait venir une nouvelle clientèle de personnes âgées. "Elles disent que cela les égaie !", précise le gérant. En effet, suite à différents reportages de la presse et de la télévision locale, des personnes viennent le midi de Carpentras à 20 kilomètres ou de Vaison-la-Romaine à une quinzaine de kilomètres. La Fourchette du Ventoux  accueille en moyenne 50 repas par jour, auxquels s’ajoutent les 12 enfants. Le bistrot offre aussi un dépôt de pain, la vente de journaux, l’épicerie. "Il redonne vie au village : avant, on se rencontrait seulement aux enterrements, aujourd’hui, le bistrot de pays est devenu un point de ralliement pour les 9 hameaux dispersés", se félicite le maire.

Cahier des charges précis sur les horaires d’ouverture
Les principales obligations du gérant du bistrot de pays portent sur l’ouverture tous les jours scolaires de l’année. Mais pour assurer l’animation de la commune, le cahier des charges impose une ouverture le midi et le soir, sauf le mardi soir et le mercredi, avec moins de quatre semaines de fermeture par an, deux à la Toussaint, une à Noël et quelques jours fin août. Si l’alcool est toléré sur les tables du restaurant, il n’est pas servi au comptoir en présence des enfants.

Financement largement subventionné
Le budget de l’opération s’élève à 800.000 euros, dont 500.000 euros de travaux. L’acquisition du foncier a été subventionnée à 50 % par la Région, puis 60 % des travaux ont été financés par l’Etat, la Région, le Département, la Communauté d'agglomération Ventoux-Comtat Venaissin (Cove) et la réserve parlementaire. Selon le maire, « le plus difficile a été d’obtenir l’emprunt de 120.000 euros car les banques se sont montrées frileuses, voire n’ont pas répondu du tout aux sollicitations de la commune ».
 

Commune de Beaumont du Ventoux

Nombre d'habitants :

300
Place de la Mairie
84340 Beaumont du Ventoux
mairie@beaumont-du-ventoux.fr

Bernard Charasse

Maire
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