Depuis 2017, la Saône-et-Loire complète l’offre libérale en recrutant des médecins généralistes (71)

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Sophie Daguin
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Santé, médico-social, vieillissement

Social

Saône-et-Loire

Mené tambour battant, le projet de centre de santé départemental en Saône-et-Loire a vu le jour en 18 mois. En janvier 2018, les premiers médecins généralistes salariés par le département recevaient leurs premiers patients. À terme, plus de 50 lieux de consultation devraient mailler le territoire en complément de la médecine libérale.

L'idée a germé en 2015 au moment où le département de Saône-et-Loire anticipait le départ à la retraite de la moitié des médecins généralistes à l'horizon 2018. À une faible densité, 110,4 médecins pour 100.000 habitants contre 132,1 au niveau national, s’ajoute le besoin d’une répartition homogène de l’offre médicale, essentielle dans le sixième plus grand département de France où les questions de mobilité sont importantes. Pourtant, un dispositif complet d’accompagnement à l’installation des médecins libéraux avait été mis en œuvre en 2013 par la collectivité départementale (voir encadré). "Après quatre années de fonctionnement, force est de constater que les incitations financières ne suffisent pas à lutter contre la désertification médicale", observe le président du département, André Accary. Ce dernier imagine alors un centre de santé départemental multi-sites salariant directement des généralistes et se déployant de façon souple dans le territoire, pour compléter l’offre en médecine libérale.

Centre de santé à l’échelle d’un département, une première

Début 2019, 5 centres de santé territoriaux et 10 antennes sont en fonctionnement. Le maillage complet du territoire prévoit l’ouverture de 45 antennes.
Le montage du projet s’est déroulé en un an et demi. De façon confidentielle, l’élu commence par sonder les acteurs locaux du système de santé : médecins en exercice et leurs syndicats, étudiants, université, organismes travaillant avec les médecins, agence régionale de santé, CPAM… Les études techniques, juridiques et financières sont menées par le directeur général des services et le directeur général adjoint aux affaires sociales. Si la direction de l’ARS donne son accord de principe dès le départ, plusieurs rencontres sont nécessaires pour aboutir. La Fédération nationale des centres de santé  apporte également son expertise, bien que le maillage d’un territoire entier par un centre de santé départemental soit une première.

Objectif initial de quatre centres territoriaux et 45 antennes pour mailler le territoire

Présenté pour la première fois aux élus départementaux en juin 2017, le projet est adopté au mois de septembre par l’assemblée. Le maillage initial prévoyait 4 centres territoriaux et 45 antennes, correspondant aux besoins en médecins mi-2017. Les centres territoriaux ouverts toute la semaine accueillent plusieurs médecins qui sont mis à disposition 20 heures par semaine dans des antennes locales. Le secrétariat médical est regroupé dans les centres territoriaux.

Très demandeuses, communes et intercommunalités mettent à disposition des locaux

Au cours de l’été 2017, le département avait lancé un appel à candidatures aux communes et intercommunalités pour la mise à disposition de locaux permettant d’installer un centre ou une antenne. "Toutes les communes intéressées ont trouvé des locaux vacants et des lignes budgétaires pour des travaux de rénovation. Le département et les communes ont chacun pris leurs responsabilités, car c’était une urgence absolue" souligne la maire de Montceau-les-Mines, Marie-Claude Jarrot, également présidente de l’association des maires de Saône-et-Loire.

Gouvernance et équilibre financier

La structure administrative (direction et secrétariats médicaux) comprend 20 équivalents temps plein. Le département encaissant les consultations, l’activité doit atteindre l'équilibre avec 30 médecins salariés. "Le tout est pensé et géré comme une entreprise, souligne le président du département. Nous avons créé un budget annexe pour bien identifier la gestion de l'activité." Le centre de santé départemental est gouverné par une commission de représentants de l’ARS, de l’Ordre des médecins, des partenaires et des élus du département, des communes et des intercommunalités, présidée par le président du département. La commission se réunit quatre à cinq fois par an.

Le recrutement du personnel médical n’est pas si simple

Débuté à l’automne 2017, le recrutement de la direction de la structure -un directeur et une directrice médicale- s’avère délicat. "Ce n’est pas le métier d’une direction des ressources humaines de collectivité de fonctionner comme un chasseur de tête. Nous avons fait appel à un cabinet de recrutement" témoigne le président du conseil départemental. Par ailleurs, avec l’argument "venez exercer le métier pour lequel vous avez été formé, le Département s’occupe du reste", l’élu va lui-même à la rencontre des médecins dans des congrès de médecine générale. Début 2019, plus de 30 médecins ont été recrutés, rémunérés en fonction de leur ancienneté. Sur la base de 5.000 euros mensuels pour un contrat de 35 heures hebdomadaires.

"Soulager les médecins libéraux là où ils ne sont pas assez nombreux"

La carte initialement adoptée par les élus départementaux reste évolutive en fonction des installations des médecins libéraux. "Nous ne créons pas cette structure pour être en concurrence avec les médecins, mais pour les soulager là où ils ne sont pas assez nombreux", insiste le président. Ainsi, courant 2018, le département renonce à ouvrir une antenne dans une commune et en ferme une autre, car des médecins libéraux ont décidé de s’installer. A contrario, face à une demande croissante de rendez-vous, l’antenne du Creusot se transformera en centre territorial en 2019.

En un an, 11.052 patients déclarent un médecin traitant au centre de santé

De janvier à décembre 2018, 16.221 patients sont accueillis et 23.235 consultations effectuées dans les 4 centres et 9 antennes ouverts au cours de l’année. Plus de 11.000 personnes ont déclaré un médecin référent au centre de santé départemental.

Cinq centres de santé 71 en 2019

Les centres de santé territoriaux ouverts au 1er janvier 2019 : Mâcon ; Autun ; Digoin ; Chalon-sur-Saône ; Montceau-les-Mines.

Zoom sur le centre de santé territorial de Montceau-les-Mines

"Ces dernières années, dans la commune, huit médecins sont partis à la retraite", explique la maire de Montceau-les-Mines (19.210 habitants), Marie-Claude Jarrot, qui a mis à disposition une ancienne crèche proche du centre-ville. Les travaux de rénovation d’un montant de 100.000 euros ont été pris en charge à 80 % par la ville et 20 % par le programme Leader de la région Bourgogne-Franche-Comté. En juillet 2018, un an après l’appel à candidatures, le centre de santé territorial de la commune ouvre avec deux médecins. "C’est un début pour régler le problème de la désertification médicale. Le centre de santé territorial vient en complémentarité de la maison de santé pluridisciplinaire, propriété de la ville louée à une société de médecins. Mon objectif est maintenant de déployer des antennes dans les quartiers."

Incitations financières insuffisantes…

Depuis 2013, la collectivité départementale avait mis en œuvre un dispositif original d’accompagnement personnalisé - SIM71 -, à travers son site dédié "installeunmedecin.com" pour faciliter l'installation des médecins libéraux : un guichet unique, proposant un chèque à l'installation pour financer une partie des frais d'équipement, une aide au financement de cours de français médical pour les médecins étrangers, des bourses d'études pour les étudiants. Était aussi proposée aux collectivités du département une aide pour financer le recours à un cabinet de recrutement et une subvention pour la construction ou la rénovation de locaux médicaux. Et cela, en, étroite liaison avec la plateforme d'appui aux professionnels de santé (Paps), mise en œuvre - comme dans toutes les régions - par l'agence régionale de santé (ARS) de Bourgogne-Franche-Comté. Mais, comme l’observe le président du département de Saône-et-Loire, André Accary, ce dispositif basé sur des subventions ne suffit pas à répondre aux attentes des médecins généralistes.

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André Accary

Président

Commune de Montceau-les-Mines

Nombre d'habitants :

18700
18 rue Carnot
71300 Montceau-les-Mines

Marie-Claude Jarrot

Maire
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