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La perspective d'une réouverture des stations de ski en février s'éloigne

Jean Castex a douché les espoirs des élus et des professionnels de la montagne sur la perspective d'une éventuelle réouverture des stations de ski le 30 janvier (ou plus précisément des remontées mécaniques qui conditionnent la pratique du ski alpin). Avant même la clause de revoyure du 20 janvier, le Premier ministre a clairement laissé entendre que la situation resterait inchangée. Une annonce qui a aussitôt suscité de vives réactions chez les intéressés, même si certains d'entre eux semblaient résignés d'avance au regard de l'évolution de la situation sanitaire.

Alors que le nombre de contaminations quotidiennes tourne toujours autour de 20.000 et que les différents variants du Sars-CoV-2 sont désormais présents sur le territoire, Jean Castex a affirmé lors de l'émission "C à vous" du 18 janvier qu'il n'est "pas question de privilégier les questions économiques sur les questions sanitaires". Une situation qu'il a résumé d'une phrase : "Aujourd'hui, malheureusement, le match n'est pas terminé".
De son côté, Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du tourisme, a également indiqué sur France Culture, le 18 janvier, qu'"on sait combien le mois de février est important, mais on doit aussi composer avec ces variants qui n'étaient pas prévus au mois de décembre et sont apparus fin décembre, début janvier".
Le choc est rude pour les stations de montagne, pour lesquelles les vacances de février constituent le principal pic de fréquentation de l'année, jusqu'à 35 à 40% du chiffre d'affaires selon les stations. Elles risquent donc de rester dans un entre-deux pour plusieurs semaines encore : elles ne sont pas fermées en tant que stations, mais la fermeture des remontées mécaniques, des écoles de ski et de diverses aménités comme les restaurants, les privent de facto de l'essentiel de leur attractivité et donc de leur activité. Elles se retrouvent ainsi dans la même situation que les hôtels parisiens depuis le mois de mars dernier : jamais fermés depuis le début de la crise sanitaire, mais privés de l'essentiel de leur clientèle en raison de la pandémie. Selon Savoie Mont-Blanc, l'office de tourisme des deux Savoie, le taux d'occupation prévisionnel pour les vacances de février est ainsi de l'ordre de 50%, mais avant d'éventuelles annulations, au lieu de 85% à la même période de 2019. 

"Soit on ouvre les stations le 30 janvier, soit l'hiver est foutu"

Nombre d'acteurs de la montagne ne sont pas véritablement surpris de la décision qui se prépare. Interrogé par France 3. Jean-Luc Boch, président de l'ANMSM (Association nationale des maires de stations de montagne) et maire de La Plagne Tarentaise, indiquait ainsi, avant même la clause de revoyure du 20 janvier, avoir "peu d'espoir". Pour Jean-Luc Boch, "le sanitaire est mis en avant au-dessus de tout. On est devenus fous dans ce pays. À ce rythme, ils vont rester dans les livres d'histoire pour avoir coulé la montagne française". Le président de l'ANMSM n'a pas manqué de rappeler que la montagne représente entre 250.000 et 300.000 emplois directs et indirects et insiste sur le fait qu'"un mois sans activité pour la montagne équivaut à quatre mois ailleurs", compte tenu de la concentration de la saison.
De son côté, Alexandre Maulin, le président de DSF (Domaines skiables de France) dénonce le "brouillard total" qui pèse sur le secteur. Il redoute "une catastrophe économique" et considère que "soit on ouvre les stations le 30 janvier, soit l'hiver est foutu". Pour sa part, Henri Giscard d'Estaing, le PDG du Club Med, avait déjà appelé le gouvernement, dans le JDD du 17 janvier, à "sauver la montagne".

Les politiques montent au front

Les politiques nationaux ont également pris position. Ainsi, Frédérique Lardet, députée (LREM) de Savoie et présidente du Grand Annecy (et ancienne vice-présidente d'Accor Hôtels), a aussitôt adressé un courrier au Premier ministre pour faire valoir que "l'ouverture des remontées mécaniques au mois de février [...] apparaît aujourd'hui comme la seule mesure garantissant la survie de cet écosystème. Après la réalisation d'un protocole sanitaire d'une cinquantaine de pages s'intéressant à chaque métier de la montagne et coordonné au niveau national [allusion au protocole validé par l'État, ndlr], celle-ci pourrait finalement se faire de façon sécurisée et responsable". De son côté, Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui concentre une bonne part de l'activité des stations de ski, a affirmé le 19 janvier, dans une interview au quotidien La Tribune (édition Auvergne-Rhône-Alpes), que, "pour l'instant, la meilleure façon d'aider la montagne est d'arrêter de fermer les stations. Je suis très inquiet [...] que l'État impose à ce secteur une fermeture aussi durable".
Sans en être le seul sujet, la question de la fermeture de facto des stations de ski a été au cœur du débat consacré à la montagne, organisé en séance publique par le Sénat le 12 janvier. Pour Cyril Pellevat, sénateur (LR) de Haute-Savoie et introducteur du débat, "il faut fixer une date de reprise, nous dire si nous allons vers une saison blanche, sachant que les territoires de montagne comptaient énormément sur cette saison hivernale pour rattraper le retard". 
Enfin, une délégation de neuf sénateurs a été reçue à l'Élysée, le 19 janvier à 19 heures, par Jean-Marie Caillaud, le conseiller "Territoires" d'Emmanuel Macron. Faisant suite à une démarche engagée au mois de décembre pour plaider la cause de la montagne, cette réunion a été l'occasion de plaider à nouveau pour l'ouverture des remontées mécaniques, mais aussi pour le renforcement des dispositifs d'aide économique. 

 

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