Sonnées par l'annonce de leur fermeture à Noël, les stations de montagne entendent revenir à la charge

Tous les élus et professionnels de la montagne espéraient une ouverture pour les vacances de Noël. Ce devrait finalement être courant janvier, a fait savoir mardi Emmanuel Macron. Du côté de l'Association nationale des maires de stations de montagne, plusieurs voix ont fait entendre leur déception.  Même réaction pour Domaines skiables de France. Tous estiment n'avoir pas dit leur dernier mot.

"Les décisions seront finalisées très prochainement, mais il me semble toutefois impossible d'envisager une ouverture pour les fêtes et bien préférable de privilégier une réouverture courant janvier dans de bonnes conditions" : cette phrase d'Emmanuel Macron à propos des stations de sports d'hiver, lors de son allocution télévisée du 24 novembre sur les modalités d'un déconfinement très progressif (voir notre article du même jour), a fait l'effet d'une "douche froide" sur tous les élus et professionnels de la montagne.

Des signaux ambivalents

Tous espéraient en effet une ouverture pour les vacances de Noël, comme pouvaient le laisser supposer, par exemple, les annonces de la SNCF sur sa volonté de faire rouler tous ses trains pour les vacances de fin d'année. L'enjeu était en effet de taille dans la mesure où – même si elles sont loin de représenter l'essentiel de l'activité des stations de sports d'hiver, qui réalisent plus de la moitié de leur activité en février et en mars – les périodes de l'avant saison et des vacances de Noël représentent respectivement 13,5% et 13% de leurs 10 milliards d'euros de retombées économiques.

Pourtant, d'autres signaux étaient beaucoup plus ambivalents et laissaient ouverte la décision finale. Reçus le 23 novembre par Jean Castex, les représentants des élus et des professionnels des stations de montagne avaient surtout retenu que la réunion avait "permis d'examiner plus précisément les conditions de mise en œuvre des différents scénarios" dont "la définition d'un protocole sanitaire spécifique", selon les termes du communiqué du Premier ministre diffusé à l'issue de la réunion. Mais un autre scénario était également sur la table : celui, "en cas de fermeture, des modalités d'accompagnement économique et social des acteurs, entreprises et saisonniers".

De même, lorsque Élisabeth Borne, la ministre du Travail, invitait, le 15 novembre, les stations de montagne à recruter sans attendre leurs saisonniers habituels, c'était moins dans la perspective de l'ouverture des stations que pour protéger ces derniers (voir notre article ci-dessous du 19 novembre 2020). En effet, le fait d'être recrutés permet aux saisonniers de bénéficier du dispositif de chômage partiel en cas de fermeture de la station, ce qui ne serait pas le cas sans contrat de travail... Difficile aussi d'ignorer que des départements comme les deux Savoie et les Hautes-Alpes figurent parmi les plus touchés par la seconde vague de la pandémie et que des hôpitaux comme ceux de Chambéry – très sollicités par les accidents de sports d'hiver – sont déjà au bord de la saturation et ont dû bénéficier ces derniers jours de plusieurs évacuations de patients Covid-19.

D'autre signaux provenaient également de l'étranger, comme la décision de l'Italie de fermer plusieurs stations de ski dès le 24 octobre, après la diffusion d'images montrant des centaines de personnes faisant la queue pour acheter des forfaits. Ce n'est pas un hasard si Emmanuel Macron a indiqué, dans son allocution, que "nous nous coordonnerons sur ce point avec nos voisins européens". Une coordination qui n'aura rien d'évident, puisque la Suisse et l'Autriche ont, de leur côté, décidé d'ouvrir leurs stations.

"Cet abominable virus est en train de mettre en péril toute une économie de montagne"

Les réactions ont été quasi immédiates après l'annonce du chef de l'État. "Ça a été comme une douche froide, tout s'effondre", a regretté sur France Info Pierre Balme, administrateur de l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) et maire adjoint des Deux-Alpes. "C'est fichu pour Noël, c'est la sidération". Pour sa part, Jean-Luc Boch, le président de l'ANMSM, président de France Montagnes et maire de La Plagne Tarentaise, se dit "complètement abasourdi", tout en reconnaissant que "c'est la santé qui prime". Interrogé par France 3 Auvergne Rhône-Alpes, il explique que "cet abominable virus est en train de mettre en péril toute une économie de montagne".

Pour Charles-Ange Ginesy, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes (Isola 2000, Auron, Valberg...) et ancien président de l'ANMSM, "c'est un coup dur pour nos stations qui se tiennent prêtes à ouvrir et qui se sont préparées, depuis plusieurs jours déjà, pour accueillir les saisonniers et les vacanciers dans les meilleures conditions". Il demande donc, dans les colonnes de Nice Matin, "au président de la République de revoir sa position. Nos stations doivent respirer, il s'agit d'un enjeu économique primordial".

"La montagne se mobilise et les discussions se poursuivent"

Mêmes réactions du côté des professionnels de la montagne. Pour Alexandre Maulin, le président de Domaines skiables de France (DSF) interrogé sur France 3 Alpes, "on met en place des moyens surhumains pour assurer la sécurité sanitaire. Le gouvernement nous a dit qu'il nous donnerait une réponse sous 10 jours et le lendemain, c'est une fin de non-recevoir".

Les professionnels de la montagne estiment cependant, avec l'appui des élus, n'avoir pas dit leur dernier mot. Forts de l'exemple de l'épiscopat, qui semble avoir obtenu une révision de la jauge de 30 fidèles par messe pourtant annoncée le 24 novembre par Emmanuel Macron (la nouvelle jauge devrait être annoncée par Jean Castex lors de sa conférence de presse du 26 novembre), ils ont bien l'intention de retourner à la table des négociations pour infléchir la position du gouvernement. Dans un tweet du 25 novembre, l'ANMSM explique ainsi que "le conseil d'administration [...] s'est réuni aujourd'hui à la suite de l'intervention d'Emmanuel Macron concernant l'ouverture des stations de montagne. La montagne se mobilise et les discussions se poursuivent avec le gouvernement".

 

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