Sport - La Seine-Saint-Denis, exception ou miroir des pratiques sportives ?

Une vaste enquête de l'Institut régional de développement du sport d'Ile-de-France sur la pratique sportive en Seine-Saint-Denis met en exergue les particularités de ce territoire, où la population est parmi la moins sportive de France. Mais quelques-uns de ses enseignements pourraient recouvrir une réalité plus largement répandue dans le pays.

Comme dans de nombreux autres domaines, la Seine-Saint-Denis fait figure d'exception dans le sport. Avant-dernier des départements métropolitains pour le taux d'équipements sportifs par habitant (devant Paris), ce territoire atypique bénéficie désormais d'un plan de rattrapage unique et conséquent : 75 opérations sur 34 communes, pour un montant global d'environ 72 millions d'euros (voir notre article du 28 novembre 2011 ci-contre). Parmi les équipements qui viendront améliorer l'offre, figure par exemple le stade aquatique olympique, sur les communes d'Aubervilliers et Saint-Denis (lire notre article du 14 mars 2012 ci-contre). Mais cela suffira-t-il à rattraper le retard de la Seine-Saint-Denis en termes de pratique de ses habitants ? Une vaste enquête de l'Institut régional de développement du sport d'Ile-de-France (IRDS), publiée fin avril, pointe en effet les faiblesses de ce département en la matière.
"La bonne visibilité sportive du département, au travers d'équipements sportifs marquants, d'athlètes reconnus et de clubs de haut niveau, masque une moindre familiarité des Séquano-Dionysiens pour les activités physiques et sportives. En 2010, les principaux indicateurs de mesure de la pratique sportive montrent en effet que les habitants du département sont moins nombreux à s'adonner au sport (en club ou de manière autonome), le font de manière moins intensive et ont une palette d'activité moins diversifiée. L'évolution de la pratique en club depuis 10 ans souligne d'ailleurs que ces inégalités tendent à se renforcer au fil du temps", synthétise l'étude.

Un taux de pratique plus faible dans toute la population

En 2010, seuls 55% des habitants de Seine-Saint-Denis âgés de 15 ans et plus avaient donc une activité sportive régulière, contre 63% dans le reste de la région. La proportion de ceux qui ne pratiquent pas de sport s'élevait à 18%, contre 12% dans le reste de l'Ile-de-France. La pratique sportive est par ailleurs plus importante chez les hommes, les jeunes (15-34 ans), les personnes les plus diplômées et les catégories professionnelles les plus hautes. Pour les auteurs de l'étude, la population étant faiblement diplômée et plus souvent touchée par la précarité dans ce département, ces chiffres pourraient s'expliquer d'eux-mêmes. Toutefois, "même si la structure sociodémographique est prise en compte, les disparités en termes de taux de sportif et de portefeuille d'activités persistent. Ainsi, à âge, sexe, et niveau d'études équivalents, un habitant de Seine-Saint-Denis aura toujours une probabilité moins élevée d'être sportif qu'un habitant du reste de la région", pointe l'étude. En Seine-Saint-Denis, quasiment toutes les catégories de la population présentent ainsi un taux de pratique plus faible.
Le prisme économique peut encore éclairer sur un autre tropisme de la pratique sportive en Seine-Saint-Denis : les Séquano-Dionysiens sont deux fois moins nombreux que le reste des Franciliens à s'adonner aux sports nautiques, au golf ou à l'équitation, le ski et le tennis étant aussi nettement moins pratiqués. En revanche, les sports collectifs, et le football en premier lieu, et les sports de combat sont davantage pratiqués dans le département que sur le reste du territoire régional.
Autre trait spécifique à ce territoire : la pratique sportive comme moyen d'entretenir des rapports sociaux. Alors que 55% des Parisiens et 60% des habitants de la Grande Couronne citent le lien social comme motivation à la pratique sportive, ils sont 70% en Seine-Saint-Denis.

La Seine-Saint-Denis, préfiguration des futures pratiques

Quand ils pratiquent, les habitants le font, pour 57% d'entre eux, en-dehors de tout encadrement, "afin, explique l'étude, de ne pas ajouter de contraintes horaires à leur emploi du temps qui concilie déjà vie familiale et professionnelle". Les principaux freins au développement de leur pratique seraient le manque de temps, les horaires d'ouverture trop restreints et les coûts trop élevés. Logiquement, des disciplines où la pratique libre est aisée, comme la natation, la marche et le vélo, sont plébiscitées. Ce désir d'"autonomie" se traduit encore par un écart élevé entre le nombre de licences recensées par le ministère des Sports et la pratique en club déclarée par les enquêtés. On peut en déduire l'existence d'une offre importante de pratique encadrée en dehors des structures affiliées aux fédérations, mais également une pratique à travers l'adhésion à un club sans prise de licence fédérale. Une façon de bénéficier d'une pratique encadrée hors compétition à un tarif moins élevé.
Pourtant, la Seine-Saint-Denis ne semble pas avoir le monopole de cette caractéristique qui s'étend à l'ensemble des banlieues françaises. Dans une enquête rendue publique le 22 mars dernier par l'association Ville et banlieue, les maires interrogés mettaient en avant le désir des populations de banlieue de bénéficier d'un accès libre aux équipements sportifs ou à des pratiques encadrées non compétitives et hors fédération (lire notre article ci-contre du 22 mars 2012). Par ailleurs, la pratique encadrée sans prise de licence fait désormais partie des instruments d'accès à la pratique développés par les clubs partout en France, et en particulier dans les zones urbaines sensibles, en témoigne le diagnostic de la Fédération française de handball sur ses actions en faveur de la cohésion sociale (lire notre article du 25 avril 2012 ci-contre). Si elle n'est pas en tout point une exception, la Seine-Saint-Denis, pourrait, au contraire, mettre en lumière les évolutions récentes mais aussi futures de la pratique sportive, tout au moins en milieu urbain.

 

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